LE DUC, LA MARQUISE
LA MARQUISE. — Savcz-voiis, duc, qui est-ce qui est en ce moment à ma porle ?
LE DUC. — Cela me paraît assez dificile à deviner.
LA MAKQuisE. — C'est l'homme qui aspire à remplacer feu mon mari.
LE DUC. — Un prétendant ?
LA MAHQLisE. — Presquc un prétendu. {Elle va à la poî'te et prête i oreille.) Je reconnais sa voix. Il parlemente avec Lisette. Lisette lui répond ; la porte se referme.
LE DL'c — Il est parti ?
LA .MAiiQUisE. — Oui... mais il va revenir.
LE DUC. — Quand?
LA MARQUISE. — Dans cinq miuutes.
LE DUC. — Pourquoi faire ?
LA MARQUISE. — Pour me demander ma main probablement.
LE DUC. — Vous pensez donc à vous remarier, marquise ?
LA MARQUISE. — Cette surprise est d'un goût étrange, duc, et ce n'est pas de vous que je l'aurais attendue.
LE DUC. — Que ne le disiez-vous tout de suite! Je me mets sur les rangs.
LA MARQUISE. — Vous u'avcz quc cinq minutes pour cela.
LE DUC. — Cinq minutes bien employées... Marquise, je meurs du désir d'être votre époux !
LA MARQUISE. — Yous n'ètcs pas fait pour le mariage.
LE DLG. — Qu'en savez-Yous?
LA MAKQUisE. — Yous n'y avez jamais songé.
LE DUC. — Je l'avoue, mais ne disiez-vous pas qu'il y a un commencement à tout?
LA MAPxQUisE. — C'cst quc le mariage n'est pas un commencement... c'est une fin.
LE DUC. — Eh! c'est précisément une fin que je souhaite, que j'appelle de toutes mes forces... la fin de mes années de frivoUlé, de mes distractions vaines, de mes plaisirs stériles.
LA MARQUISE, ùpart, (ivec étonnemeut. — Le baron ne redescend pas...
LE DUC — Marquise, voulez-vous accomplir un acte de charité? voulez-vous retirer un malheureux de l'abîme?... Mais vous ne me répondez pas.
LA MARQUISE. — Quc VOUS étcs prcssaut ! {Les yeux sur la pendule ; à part.) Cela est singulier...
LE DUC. — Je mets mon amour au galop. Vous ne m'avez accordé que cinq minutes.
LA MARQUISE, à ]J0/'^ — Et il y en a déjà dix d'é-
coulées dix iiiinules que le baron est chez Fi-
(lelinc !
LE DUC. — Vous paraissez préoccupée.
LA MARQUISE. — Excusez-moi, je vous prie. Vous disiez..? {Ses regards sont toujours tournés vers la pendule.)
LE DUC. — Le bonheur ou le maiheur de toute ma vie est entre vos mains. Décidez de ma destinée.
LA MARQUISE, à part. — Que faut-il que je pense?
LE DUC — Soyez duchesse de Saint-Genest.
LA MARQUISE. — Duchcssc..! {A part, avec explosion.) Oh ! c'est indigne !
LE DUC — J'attends votre réponse...
LA MARQUISE, /ie's?7«»fd.— Mai'épouse... {On sonne.) Ah ! le voilà... Enfin! ce n'est pas malheureux.
LE DUC. — Qui est-ce encore?
LA MARQUISE. — Mon prétendant. {A part.) Ah ! baron 1 baron '
LE DUC — La peste soii de lui ! Vous n'allez pas le recevoir, j'espère.
LA MARQUISE. — Mais si !
LE DUC. — Devant moi?
LA MARQUISE. — Je vcux VOUS le préseiner.
LE DUC. — Prenez garde ! Je ne réponds pas des effets de mon désespoir, de ma jalousie...
LA MARQUISE. — Vous êtes jaloux. . . et vous parlez de vos dispositions pour le mariage! (A Lisette qui paraît.) C'est sans doute le baron de Liversan?
LISETTE. — Oui, madame.
LA MARQUISE." — Fais-lc entrer.
LE DUC, à part. — Le baron de Liversan ? Mais je ne connais que lui.