‹ ChanvallonChapitre 8 sur 15 · LE DUC, LA MARQUISE · texte numérisé non relu

LE DUC, LA MARQUISE

LE DUC, après un échange de profonds saints; ii part. — Lisette ne m\i pas trompé, elle est ravissante.

LA MAUQUiSE. — Mousicur le duc de Saint-Genest

23i HISTOIRE D'UN SOUFFLEUR

veut bien honorer de sa visite une pauvre recluse telle que moi?

-LE DUC. — L'honneur n'a que faire ici, ma charmante [Mouvement de la marquise), et vous vous moquez des gens le plus gracieusement possible avec voire réclusion. La belle Fideline une rec'use ! la reine de Spa !

LA MARQUISE, Cl part . — C'cst vrai, j'oubliais mon rôle . . . [Haut.) Oserai-je vous demander ce qui me vaut la faveur de vous voir ?

LE DUC. — Vous vous OU doutcz bien... Le bruit de votre renommée.

LA MARQUISE. — Daus cc cas, je rends grâce à ma renommée. Elle fait bien des choses.

LE DUC. — Savez-vous que vous dépassez tout ce qu'on m'avait dit de vous? Je veux que la peste m'étouffe «-i vous n'êtes cent fois plus piquante que la petite Brillauville ou (jne la grande Fontenay.

LA MARQUISE, à part. — Il débute familièrement. [Haut.) Qu'est-ce que c'est (jue la grande Fontenay cl la petite ?

Li: DUC. — Allons, vous voulez rire.

LA MAiiQUisE. — Fxcuscz uiou iguorancc.

LE DUC. — (juoi ! vous ne les connaissez point? Ce sont deux de nos nymphes les plus répandues.

LA MARQUISE. — Ail !

LE DUC. — On ne voit qu'elles au jardin du Palais- Royal, dans les lo,,'os de l'Opéra, partout.

LA MARQUISE. — C'csl que je ne vais pas partout, monsieur le duc.

LE DUC. — Je m'étonne moins alors de ne vous avoir jamais rencontrée. Je m'en voudrais à la mort de ne vous avoir pas rendu sur-le-champ les hommages auxquels vous avez infiniment plus de droit que tant d'autres.

LA MARQUISE. — Tant d'autres... nymphes?

LE DUC. — A votre égard le mot est en effet insuffisant.

LA MARQUISE. — Impertinent même.

LE DUC, surpris. — De la dignité ?.... C'est merveilleux, sur ma parole! Tenez, vous venez d'avoir un mouvement comme une grande dame.

LA MARQUISE. — Ah!... VOUS tlOUVCZ?

LE DUC. — Vous devez très-bien jouer la comédie, Fideline.

LA MARQUISE. — Jc suis (juclqucfois un peu gauche.

LE DUC. — On vous formera.

LA MARQUISE. — Ptieu obligée.

LE DUC. — Ah çà, ma hcllc, c'est entendu, je vous adore. Je suis féru de vos divins appas, comme

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(lisent les poêles ; je suis pris dans vos lacs et prêt à porter vos chaînes.

LA MARQUISE. — AU! mon Dieu, monsieur le duc, qu'est-ce que vous me dites là?

LE DUC. — La vérité, mon cœur.

LA MARQUISE. — Et dcpuis quand cette vérité eslellenée?

LE DUC. — A l'instant, je ne m'en défends pas. . . lout à coup, comme la plupart des vérités.

LA MARQUISE. — Cela tient du prodige! Et vous vous imaginez sans doute qu'à l'instant je vais vous croire... que tout à coup je vais être persuadée?

LE DUC. — Je l'espère du moins.

LA MARQnsE. — Eli Lien, supposons que je vous croie. Après?

LE DUC — Comment! après? [Apart.) Voilà une singulière fille.

LA MARQUISE. — Vous uc mc répoudcz pas?

LE DUC. — Venez vous asseoir là, sur ce sofa.

LA MARQUISE. Esl-cc nécessaire à votre éloquence?

LE DUC — Indispensable. {Il prend la marquise par la main et la conduit vers un sofa.)

LA MARQUISE. — Parlcz douc. [A part.) Où cela vat-il me mener? Liselle s'est trop empressée de se prêter à mon étourderic-

LE DUC, après avoir pris place à côté d'elle. — Ma chère Fideline, j'ai à Paris, du côte de la Nouvelle- France, une petite maison délicieuse, que je brûle d'envie de vous offrir. J'ai, en outre, un carrosse à glaces, qui vient de chez Martin, et qui a fait fureur à Longchamp. La petite maison ne va pas sans le carrosse. J'ai compté que vous vous accommoderiez de l'une et de l'autre,

LA MARQUISE, rcùllaut. — C'cst trop de générosité, monsieur le duc.

LE DUC. — De votre côté, rien ne vous attache à ce pays bocager; votre place est ailleurs, dans un milieu plus brillant; et du moment que vous n'avez aucun attachement sérieux...

LA MARQUISE. — Qu'en savez-vous?

LE DUC. — Cela se saurait. On m'a bien parlé du chevalier de Lillcbonne, et puis aussi du comte de Vandamme, qui vous font une espèce de cour. Vous plaît-il qucje vous débarrasse de leurs importunités?

LA MARQUISE, — A dirc vrai, ces messieurs me sont fort indifférents.

LE DUC. — A merveille! Ainsi, nous voilà parfai- Icment d'accord tons les deux, ma clièi'c Fideline.

LA MARQUISE. — Pas du tout, mousicur Ic duc.

LE DUC. — Vous avez résolu de me faire damner,

friponne. [Mouvement de la marquise.) Quelle raison pourriez-vous m'opposer?

L.v MARQUISE. — La raison est que je n'ai rien à vous donner en échange de ce que voulez bien m'olfrir.

LE DUC. — N'est-ce que cela qui vous embarrasse? Ne soyez pas inquiète. Vous ignorez toutes les richesses que vous possédez, ma déesse... [Il s'approche tendrement de la marquise.)

LA MARQUISE, à part. — Il est temps de couper court à ce badinage. [Haut.) N'importe, monsieur le duc, je refuse votre marché.

LE DUC — Un marché ! Ne vous servez donc pas de ces termes-là.

LA MARQUISE. — Le mot n'y fait rien assurément; c'csl la chose que je refuse.

LE DUC — Vous refusez...!

LA MARQUISE. — La petite maison de la Nouvelle- France et le carrosse à glaces de chez Martin... Oui, monsieur le duc.

LE DUC — Est-ce possible ?

LA MARQUISE. — Scrait-cc donc la première résistance que vous eussiez rencontrée dans votre carrière galante?

LE DUC. — Ma foi, oui.

LA MARQUISE. — Eli bien, il y a un commencement à tout.

LE DUC. — Je tombe de mon haut. Est-ce bien Fideline qui parle de la sorte?

LA MARQUISE, à ]}.'/r/. — Nousvvoilà. (Haut.) Et si je n'étais pas Fideline ?

LE DUC. — A d'autres !

LA MARQUISE, sérïeuse . — Je vous assure, monsieur le duc, que je ne suis pas Fideline.

LE DUC. — Ah bah !

LA MARQUISE. — Jc VOUS l'attcstc sur l'honneur.

LE DUC. — Eh bien, qu'est-ce que cela me fait? — Est-ce que je tiens à Fideline, moi?

LA MARQUISE. — Comment?

LE DUC. — C'est bien plus drôle ainsi.

LA MARQUISE. — Je Suis....

LE DUC. — Tu es une femme charmante, cela me suffit.

LA MARQUISE, offeusée. — Monsieur le duc, j'ai droit à votre respect.

LE DUC. — Bon! je commence à me faire à ces grands airs ! [Il lui ceint la taille avec le bras.)

LA MARQUISE, se dégageant. — Ne m'obligez pas, monsieur le duc, à appeler ma femme de chambre.

LE DUC, se mordant les lèvres; à part. — Ce Ion de dignité.... je n'y comprends rien. Voilà le problème annoncé. {Après un silence; s' approchant de la marquise.) La, la.... faisons la paix.

LA MARQUISE. — Non.

LE DUC. — Si.

LA MARQUISE, plus faiblement. — Non...

LE DUC. — Eh bien, un armistice?

LA MARQUISE. — Désamiez le premier.

LE DUC. — Suit. {Il lui tend la main, elle lui donne la sienne, qu'il retient.) L'adorable main !

LA MARQUISE. — Traliisoii I

LE DUC. — Vous VOUS trompcz..; et la preuve... (// tire une bague de sa veste.)

LA MARQUISE. — Quc voulcz-vous fairc?

LE DUC, qui n^a pas lâché la main de la marquise. — Je veux vous passer au doigt le gage de notre traité de paix.

LA MARQUISE. — Qu'esl-cc cjué c'cst quc cela?

LE DUC. — Mon bijoutier prétend que c'est un diamant de quelque prix.

LA MARQUISE. — Les fcux qu'il jcttc sont superbes.

LE DUC. — N'est-ce pas?... Souffrez alors....

LA MARQUISE. — Ncuni.

LE DUC. — Nenni ! Poiircjuoi nenni?

LA MAQUisE. — Oii ne verrait plus mes doigts.

LE DL'C. — 0 coquetterie ! Rassurez-vous...

L\ MARQUISE. — Nou, VOUS dis-jo, laisscz ccia.

LE uuG. — Sérieusement?

LA MARQUISE. — Sérieusomeut.

LE DUC. — Je n'ai jamais vu de femme comme vous.

LA MARQUISE, 611 riaut. — Il oi'est facile de vous renvoyer voire compliment... ou votre épigramme : Je n'ai jamais vu d'homme comme vous.

LE DUC. — Encore une fois...

LA MAiiQuisE. — Inutilc. [Uii sUence.)

LE DUC. — Permettez qu'à mon tour j'appelle votre femme de chambre.

LA MARQUISE. A voU'e aisc, monsieur le duc. [Le duc sonne. A part. ) Qu'est-ce que cela signilie?

SCEiNE V

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