SCÈNE III LE DUC, seul
Qui est-ce qui m'a donc poussé ici? Je ne m'en souviens plus. — Ah ! si. — Je passais tout à l'heure dans la rue, lorsque je me heurtai à deux individus qui, le nez levé, disaient: « C'est là que demeure Fideline. » Fideline ! ce nom me poursuivait justement depuis plusieurs jours; je ne pouvais aller en aucun endroit sans l'entendre prononcer. Fideline par-ci, Fideline par-là. Tous mes amis m'en rebattaient les oreilles. — Parbleu ! me suis-je dit, me voilà tout porté pour aller contempler cette beauté à la mode. Etje suis monté tranquillement. C'est horrible de simplicité. A présent, il s'agit de devenir amoureux. Cela n'est pas absolument impossible. Je ferai comme j'ai toujours fait justju'à présent: j'y mettrai beaucoup de bonne volonté. A ce jeu-là mon
cœur ne court aucun risque Et c'est là ce qui me
désespère par moments. {Sérieux.) De l'amour je
n'ai jamais connu que l'amouretle, celle monnaie banale (l'un inestimable trésor. Qui sait pendant combien de temjis encore je suis condamné au plaisir fjcile et à l'intrigue rapide!
Après tout, je suis comme tous ceux de mon épo- (|ue. Je n'ai jamais souffert par les femmes. Est-ce un bien? est-ce un mal? Je ne sais. On m'a affirmé que les larmes existaient. 11 faut bien le croire. La source s'en trouve-t-elle chez moi? ce serait à en douter. — Holà! je me surprends à philosopher... et chez Fideline ! La fantiisie est trop bouffonne. — Pu bruit C'est elle.
{La marquise a changé de tailette, elle est en rose ou en bleu.)