‹ Chapelain et nos deux premières académiesChapitre 1 sur 60 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Un mot sur ce livre. Il a été. fait à l'occasion d'un autre. En vue d'un travail en préparation, nous avons dû consulter souvent l'histoire de l'Académie française et celle de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Au cours de ces recherches dans les divers historiens, Pellisson, d'Olivet, de Boze et M. Alfred Maury, nous avons rencontré nombre d'obscurités ou de passages difficiles qui nous ont arrêté net.

Avant d'aller plus loin, nous avons voulu d'abord comprendre ce que nous ne comprenions pas, éclaircir ce qui était confus. Nous nous sommes pris ainsi à divers problèmes chronologiques, littéraires, historiques, négligés ou inaperçus jusqu'ici. Si nous n'avons pas le

Vl AVANT- PROPOS

mérite de les résoudre, au moins aurons-nous celui de les signaler.

Dans Pellisson même, nous avons relevé des lacunes, des oublis ou des erreurs. Ainsi il ne cite ni Hay du Chastelet, ni Racan, dans sa liste des premiers académiciens, et nous laisse ignorer la date précise de leur nomination. Pour un autre au contraire, Mainard, nous le trouvons dans le groupe qui fut nommé un peu après le mois de février 163Zi. Or, il est certain qu il n'en faisait pas encore partie à la fin du mois d'août de la même année.

Sur ces points, et sur bien d'autres, nous avons élevé des doutes, proposé quelquefois \ des solutions : nous n'affirmerons pas qu'elles soient toutes bonnes.

Quant à l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, nous avons audacieusement bouleversé de fond en comble les premières pages du récit de de Boze et de M. Alfred Maury. Avons-nous eu tort? Avons-nous eu raison? Le public nous le dira. Toutefois, qu'on le croie bien, ce .n'a pas été sans Jiésitation et sans scrupule que nous avons osé reprendre de Boze et résister çà et là à une si haute autorité. Mais force nous était

AVANT-PROPOS Vit

bien de crier gare et d'avertir du péril, quand les faits avancés étaient invraisemblables ou contredits par des témoignages formels.

Que nos rectifications soient toutes également justes et solides, nous n'aurons pas la naïveté de le penser. On propose certaines réponses à des difficultés réelles, sans avoir la prétention de croire que personne ne pourra mieux trouver dans la suite.

Perrault, dans ses intéressants Mémoires, raconte qu'en 166/i, concuremment avec Bourzeys et Cassagne, il présenta seize devises pour les Tapisseries du roi. Sur les seize choisies alors par Colbert, Quatorze sont de moi! s'écrie-t-il joyeusement. Nous ne prétendrons pas à pareil succès. Notre ambition sera satisfaite si, pour nos réponses, on veut bien faire ce que fit Colbert pour les devises de Perrault : en retenir la plus grande partie.

Chapelain, malgré son mauvais renom, est / devenu le centre de cette nouvelle étude. La ( place qu'il occupe dans le travail, Fauteur tant | sifflé par Boileau l'a prise, plus que nous la lui ^ l avons donnée. Sa correspondance lui assigne le premier rang dans l'histoire des années com- /

VIII AVANT-PROrOS

mençantes de nos deux premières académies : nous ne pouvions sans injustice le rejeter au second plan. L'honneur est grand, dira-t-on. C'est possible; mais, si on veut bien nous lire, pour être considérable, l'honneur ne paraîtra ni excessif, ni immérité.

L'historien n'est qu'un témoin, il constate les faits et juge les personnes : il n'a le droit de grandir ni les uns ni les autres; il n'a pas davantage celui de les diminuer.

Ghanipigny, le 15 novembre 1889.

Page 1