CHAPITRE XIX
L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. {Suite.) — Louvois, surintendant des bâtiments, octobre 1683. Il succède à Jules-Armand Colbert, comte d'Ormoy. — Louvois, chargé do la petite Académie. Exclusion de Perrault, 1683. — Récits de Perrault et de G. de Boze. Différence des deux récits. — Assemblées de la petite Académie au Louvre. — Louvois porte à huit le nombre de ses membres. — Nomination de Racine et de Boilcau, 1683. — Part active de Boileau aux travaux de l'Académie. — Histoire du roi par les médailles. — Notices dont Boilcau est l'auteur. — Pontcharlrain, secrétaire d'État, 1690. Succède à Louvois dans la direction de « la petite Académie », 1G90. —L'abbé Bignon, nommé en 1690. — Liste des membres de la petite Académie depuis ie03 jusqu'au règlement de 1701.
En 1683, Louvois succéda non à Colbert, comme on l'a dit (1), mais au fils de Colbert, à ce d'Ormoy, dont nous avons parlé un peu plus haut. A la mort de son père, « il venait de se voir enlever, au profit de Louvois, moyennant le dédommagement de 500.000 livres, la direction des bâtiments, ce qui l'avait déterminé à entrer dans l'armée (2). » Ce « futile d'Ormoy », comme l'appelle M. Clément, ce jeune homme de vingt ans à peine,
(1) A. Maury, p. ih.
(2) P. Clément, Histoire de Colbert, II, kOk.
450 CUAPELAIN
n'était guère capable d'un travail opiniâtre, « du soin de terminer le château de Versailles, de faire réparer Saint- Germain et Chambord, de surveiller l'exécution des œuvres d'art commandées aux peintres, aux graveurs, aux architectes (1). » La curieuse correspondance de Golbert à cette époque, de 1679 à 1682, témoigne de la frivolité du fils et des vains efibrLs du ministre pour faire d'un gamin de seize ans un surintendant des bâtiments (2).
Louvois aurait eu quelque peine à être un digne successeur du père; il n'eut rien à faire pour être de beaucoup supérieur au fils. « Le ministre était plein de zèle pour tout ce qui touchait au service et aux prédilections du roi. Il savait sa passion pour le faste et son désir immodéré de gloire (3). » Louvois se montra donc tout disposé à favoriser une compagnie qui pouvait si bien le servir auprès du maître. Il commença d'abord par compléter la petite Académie.
Un jour, raconte M. Maury, Tallemant, Charpentier et Quinault étaient venus à Fontainebleau. Il s'agissait de prendre les ordres du ministre au sujet des inscriptions à placer sous les tableaux de la galerie de Versailles (A). Lo-uvois profite de l'occasion, témoigne aux trois visiteurs
(1) V. Clément, Histoire de Colùert, II, /i7/i.
(2) Ibià.
. (3) A. Maury, p. 15.
(4). Ces inscriptions furent l'œuvre de Charpentier. Voy. corn-' ment Boileau, dans son Discours sur le style des Inscriptions, se moque de l'emphase du gros Charpentier. — Plus tard, elles furent remplacées par des inscriptions composées par Racine et Boileau. {(Euvres complètes de Boiloau; édit. Berriat Saint-Priï, m, 121.)
l'intérêt qu'il prend à la petite compagnie; les comble de compliments, et les engage « à pourvoir au remplacement de Perrault démissionnaire» . Charpentier et Quinauît, en venant chez Louvois, tremblaient de recevoir leur congé. Ils sont ravis d'avoir à procéder à une élection. Elle a lieu séance tenante, avec tant de précipitation et de trouble que personne ne songe à Gallois, secrétaire depuis la retraite de Perrault. A sa place, on vous choisit en toute liàte André Félibien, qui ne s'attendait guère à cet honneur. C'était un historiographe des bâtiments du roi, auteur d'un Dictionnaii'e des arts indiqué plus haut (1). « En ce moment, dit M. Maury, se trouvait précisément chez Louvois, André Félibien, qui, comme on l'a vu, avait plusieurs fois pris part à leurs réunions; ils le proposèrent au secrétaire d'Etat, qui approuva leur choix (2). » Bien différente et autrement animée est la narration de Perrault. D'abord, les détails ne sont pas les mêmes ; de plus, la scène est prise sur le vif. Vous voyez les personnages, vous les entendez, vous assistez au dialogue entre les académiciens et Louvois. Tant que le pauvre Char-' penlier parle de Perrault, le ministi'e fait obstinément le sourd; il n'entend, enfin, que lorsqu'un des interlocuteurs prononce le nom de Félibien. C'est une fine scène de comédie, dans le cabinet d'un ministre sous Louis XIV, scène plaisante et triste à la fois, où se dessine le taractère impérieux et vindicatif de Louvois, d'une part; de l'autre, le néant absolu du menu peuple, des pauvres
(1) Voy. p. /,05,
(2) A. Maury, p. 15. — De Uuzc, I, p. 5.
gens de lettres, en présence de ces potentats du jour. Nous avons là un paragraphe de plus à ajouter au livre de M. ïaine, La Fontaine cl ses fables^ ce livre si grave sous une forme légère, où l'ingénieux auteur a si bien deviné les vrais personnages cachés derrière le masque du lion, de Tours ou du léopard.
« M. de Louvois ayant été fait surintendant des bâtimens, après M. Colbert (1), raconte Perrault dans ses Mémoires^ nous allâmes, M. Charpentier, M. l'abbé Tallemant, M. Quinault et moi, à Fontainebleau, pour demander à M. de Louvois s'il souhaitoit que nous continuassions les exercices de la petite Académie des inscriptions et des médailles, que nous tenions chez M. Colbert. Nous fîmes un mémoire, et ce fut moi qui le dressai, comme tenant la plume de cette Académie. Ce mémoire marquoit à quelle intention M. Colbert Tavoit établie, qui étoit d'avoir auprès de lui des gens de lettres, pour prendre leur avis en bien des occasions où il est nécessaire d'avoir une connoissance de la manière dont en ont usé les anciens, et pour faire des descriptions des monumens et autres choses remarquables, que l'on feroit et qui mériteroient de passer dans les pays étrangers et d'être laissés à la postérité. Ce mémoire fut donné à M. de Louvois, qui le donna à lire à M. le Chancelier, son père. »
Le Tellier devait accueillir d'assez mauvaise grâce un mémoire qui parlait de Colbert et de l'une de ses institu-
(1} C'cst-ù-diro après la mort de Colbert, arrivée le 6 septembre 1083.
tlons. Ce fut là le premier mouvement du vieux chancelier; mais, peu à peu, à la lecture du rapport rédigé par Perrault, il revint de ses préventions et finit par recommander à son fils l'œuvre d'un ancien rival. « Ce mémoire, continue Perrault, fit un effet assez étrange : M. le chancelier Le Tellier s'étoit toujours moqué de cette petite Académie; elle étoit le sujet ordinaire de ses plaisanteries, et il disoit qu'il ne trouvoit pas d'argent plus mal placé que celui que M. Colbert donnoit à des faiseurs de rébus et de chansonnettes. Cependant, quand il eut lu ce mémoire, il changea de ton et dit à M. de Louvois, son fils, en le lui rendant : « Voilà un établissement « qu'il faut conserver avec grand soin; car rien ne peut « faire plus d'honneur au roi et au royaume à si peu « de frais. »
Chancelier d'ancien régime ou garde des sceaux du nouveau, comme c'est bien toujours la même chose! Ce que le simple particulier critiquait la veille et condamnait sans pitié, le ministre du lendemain l'approuve et le défend au besoin. Je soupçonne Le Tellier d'avoir fait de même : l'institution de Colbert lui parut bonne à quelque chose le jour où son fils en devint le directeur. « L'aprèsdînée de ce même jour, raconte Perrault, M. Charpentier, M. Quinault et M. l'abbé Tallemant se présentèrent à M. de Louvois. Je ne crus pas qu'il fût à propos que je m'y trouvasse, dans la crainte que M. de Louvois ne me dît quelque chose qui jne déplût et que, dans la chaleur, je ne lui fisse quelque réponse dont j'aurois été fâché dans la suite. »
Perranlt fut bien inspiré. CoUo précaution détourna quelque peu l'orage, qui, sans cela, se fût vraiseuiblablement déchaîné contre la petite troupe. Remarquons, avant d'aller plus loin, que Perrault, dans tout ce récit, se considèi'e comme membre de l'Académie des inscriptions ; qu'il se trouve à Fontainebleau avec ses trois autres confrères, et s'abstient de paraître chez Louvois par prudence, par pressentiment de quelque mauvaise affaire. Gomment se fait-il que de Boze et M. Maury, en cette grave circonstance, dans cette entrevue avec Louvois, signalent la présence, à Fontainebleau, de Charpentier, de Tallemant et de Quinault, sans rien dire de Perrault? Et cependant celui-ci les avait accompagnés; il venait de rédiger le rapport soumis au nouveau surintendant. C'est là le point important dans cette narration : selon qu'on adoptera tel ou tel récit, on sera plus ou moins d'accord sur l'époque de la retraite de Perrault. De Boze fixe la date de 1G82. D'après lui, le secrétaire de la petite Académie se retira à ce moment, et fut remplacé par Gallois. « Au commencement de l'année 1682, dit-il, M. Perrault quitta la commission des bàtimens; et, moins écouté de M. Colbert qu'il ne l'étoit auparavant, il cessa de se trouver aux assemblées de la petite Académie. M. l'abbé Gallois y parut, chargé du porte-feuille et des ordres du ministre (1). »
Avec Perrault, il n'y a, aucun doute sur l'époque et le caractère de sa retraite. Il quitta la commission des
(1) Histoire de V Académie des Jnscriptiorys et Belles-Lettres . I, l\.
ET NOS DEUX fREMIÈRES ACADÉMIES 435
bâtiments vers 1679. Pour la petite Académie, il cessa d'en faire partie, et bien malgré lui, à la fin de 1683. Louvois vient de succéder au fils de Colbert en qualité de surintendant des bâtiments. Jusque-là, Perrault est le véritable secrétaire de la petite Académie; Gallois, si nous comprenons bien, ne l'est que par intérim. Et c'est si vrai, que ni Perrault, ni de Boze, ne parlent du dernier à propos du voyage de Fontainebleau. On expliquera l'absence de Gallois ou son omission, comme on voudra; il n'en reste pas moins certain qu'à la fin de 1683, au moment de l'entrevue avec Louvois, l'ancien contrôleur des bâtiments se considère encore comme secrétaire de sa Compagnie et en fait les fonctions.
Nous voici à la partie la plus piquante du récit : véritable scène de haute comédie, qui provoque un demisourire, bien vile comprimé par je ne sais quel pénible sentiment de malaise et de gêne. Trois membres de la petite Académie, ïallemant. Charpentier et Quinault se sont rendus à l'audience fixée par Louvois. Perrault, lui, manque à l'entrevue : il a dit pourquoi. Pendant ce temps, il est resté dans sa modeste chambre d'auberge ; ou, peut-être, dans quelque allée solitaire de la belle forêt attend-il l'issue de l'entretien, tout en méditant sur l'humeur intraitable et dure de ces puissmices si bien décrites par l'ami La Fontaine.
« M. de Louvois, raconte Perrault, leur dit ces paroles . Vous avez JKsquici , Messieurs^ fait des merveilles; mais il fauty s il se peut, fah^e encore mieux à P avenir, hc roi vous va donner de la malicre, où il ne tiendra
450 CIIAPKLAIN
quà vous de faire des choses admirables. Combien êtesvous? — Nous sommes quatre^ Monseigneur^ répondit M. Charpentier. — Qui sont-ils? lui dit M. de Louvois.
— Il y a, reprit M. Charpentier, M. Perrault —
M, Perrault? dit M. de Louvois; vous vous moquez : il Tien éloit point; il avoit assez d'araires dans les bâtimens. Et les autres qui sont-ils? — Il y a, dit M. Charpentier, M. l'abbé Tallemant^ M. Quinault et moi. — Mais ne vous voilà que trois; où est le quatrième? — J'ai eu Ihonneur de vous dire., reprit M. Charpentier, quily avoit M. Perrault. — Et je vous dis, reprit M. de Louvois avec un ton de voix élevé, et qui mnrquoit qu'il ne vouloit pas être davantage contredit, qu'il n'en e'toit pas. — M. Charpentier se tut; et M. de Louvois poursuivit : Qui e'toit donc ce quatrième! — Alors l'un des trois dit : M. Félibien venoit quelquefois dans l'assemblée lire des descriptions qu'il faisoit des divers endroits des bâtimens du roi. — Voilà enfin ce quatrième que je cherchois., dit M. de Louvois. Or, çà, allez-vous-en^ Messieurs^ et travaillez de toutes vos forces.
« Voilà comme je fus exclu de la petite Académie, où j'aurois été assez aise d'être continué; mais il fallut encore souffrir cette mortification (1). »
Que dites-vous de semblable scène? de Louvois qui n'entend rien tant qu'on lui parle de Perrault? de l'embarras de nos trois académiciens qui, dans leur trouble, oublient leur secrétaire et, à sa place, prennent un in-
(1) Perrault; Mémoires, pp. 197 et suiv.
ET NOS DEUX rREMlÈRES ACADÉMIES 457
connu (1)? de ce congé enfin, donné de façon si aimable et si courtoise : « Or çà, allez- vous-en, Messieurs, et travaillez de toutes vos forces? » Comme tout cela peint bien l'esprit du temps! Comme* tout cela aussi est humain, vrai, de cette vérité éternelle dont chacun d'entre nous peut avoir à faire un jour ou l'autre la triste expérience! Inutile d'aller crier contre l'oppression de l'ancien régime; le procédé de Louvois n'a pas disparu : il s'appelle aujourd'hui une révocation.
Quoi qu'il en soit, réconfortée par ce retour de faveur, l'Académie reprit ses travaux avec un nouveau zèle. « Louvois les suivit avec autant d'ardeur que l'avait fait d'abord Colbert. Il la réunissait chez lui, soit à Paris, soit à Meudon. Puis, voulant lui donner une constitution plus arrêtée et plus officielle, il lui assigna pour local la salle des séances de l'Académie française au Louvre, où la Compagnie dut se tenir deux fois la semaine, le lundi et le samedi, de cinq heures à sept heures du soir. Louvois voulut aussi que le contrôleur des bâtiments assistât aux assemblées pour en rédiger les procès-verbaux; et comme La Chapelle avait succédé à Ch. Perrault, ce fut lui qui tint la plume; il devint de fait le cinquième académicien (2). »
Cinq membres ne pouvaient à eux seuls former une compagnie; ils ne pouvaient non plus suffire à la série des grands travaux que méditait le nouveau surintendant.
(1) Peut-être personne n'osa-t-il nommer Gallois, parce que, comme Perrault, il avait été à Colbert.
(2) A. Maury, p. 17. — La Chapelle mourut en 1694.
4o8 CHAPELAIN
Louvois choisit pour leur goût, un peu aussi pour leur faveur, sinon pour leur érudition, deux hommes 6minents : Boileau et Racine (1). La môme année 1683, fut nommé Pierre Rainssant, directeur du cabinet des antiques du roi : ce fut le huitième académicien.
A cette date, en suivant l'ordre de nomination, c'étaient : Charpentier, ïallemant, Quinault, Félibien, La Chapelle, Racine, Boileau et Rainssant. Dans ce cas, il faudrait considérer Gallois comme exclu de fait en 1683. Si La Chapelle devint le secrétaire de la Compagnie, évidemment un autre n'eut pas à continuer d'en remplir les fonctions. Mais alors quelle fut la situation du remplaçant de Perrault? M. Maury ne l'indique pas. Gallois, dit-il dans sa Table générale^ fut nommé à l'Académie en 1 682 ; mais il oublie de nous dire ce que le secrétaire devint dans la suite (2) .
Devons-nous le comprendre dans la liste de 1683? Rainssant alors n'est plus le huitième, mais le neuvième académicien. Pour nous, appuyé sur le récit de Perrault, qui ne fait point mention de Gallois, tandis que Félibien devient ce quatrième tant cherché par Louvois, nous pensons que l'ancien maître de Colbert, lui aussi, est resté en route. A-t-il été oublié? Ce n'est pas probable. Disons plutôt qu'il n'a pas été permis de s'en souvenir. Gallois cesse dès lors de faire partie de la Compagnie.
La petite troupe venait de. recevoir deux illustres
(1) Ils étaient historiographes du roi depuis le mois d'octobre 1G77.
(2) Voy. M. A. Maury, p. 17.
ET NOS DKUX PREMlÈnES ACADl-iMlES 4o9
recrues : Racine et Buileau. « Ni l'un ni l'autre tic ces grands poètes, dit à ce propos M. Maury, n'avaient fait une étude des naonuments figurés de l'antiquité, de cette langue lapidaire et numismatique, à laquelle il était nécessaire d'emprunter tant de ressources et d'expressions. Un huitième académicien, Rainssant, directeur du cabinet des antiques du roi, fut donc choisi pour éclairer la Compagnie sur tout ce qui touchait à ces connaissances (1). »
Quant à Boileau, il prit fort au sérieux son titre de membre de l'Académie des médailles. Il assistait régulièrement à toutes les séances, tandis qu'il parut rarement à l'Académie française (2). Le poète prit une part active aux travaux de sa Compagnie. Le secours qu'il lui apportait n'était pas celui d'un érudit; c'était du moins celui d'un homme de goût, doué à un rare degré du sentiment de l'art antique. Nous avons parlé de son Discours sur le style des inscriptions (3). L'histoire de Louis XIV par les médailles lui doit onze notices. On les trouve dans l'édition des œuvres complètes de Boileau, par Berriat Saint- Prix (/i). « L'académie des médailles ou petite académie, écrit l'éditeur, avait été chargée d'imaginer et de faire exécuter des médailles sur les principaux événements du règne de Louis XIV. Les projets, soit pour les types, soit pour les légendes, en étaient discutés dans ses assemblées
(1) A. Maury, p. 17,
(2) Il y fut nommé au mois d'avril 168/i, et reçu le 1" juillet 1085,
(3) Voy. p, 450.
(!i) Vol. III, 124 et suiv.
460 CDArELAIN
et les dessins faits par Noël Coypel (l). Lorsqu'il les rapportait, un des académiciens se chargeait de rédiger la description de la médaille, description qui, lorsqu'elle obtenait l'approbation de l'Académie, était transcrite sur ses registres. Toutes ces descriptions, au nombre de deux cent quatre-vingt-six, ont été réunies et publiées par ordre chronologique des faits, dans l'ouvrage intitulé : Médailles sur les principaux événements du règne de Louis-le-Gra?id, avec des explications historiques, par l'Académie royale des inscriptions et médailles, in-folio et in-/i% Paris, 1702.
« On conçoit, d'après ce titre, que les rédacteurs des descriptions ou explications ne soient point nommés dans l'ouvrage; mais ils le sont souvent dans les registres, et c'est là que nous avons découvert que Boileau est l'auteur des onze que nous donnons ici (c'est la première fois qu'elles sont jointes à ses œuvres), d'après le même ouvrage, et en indiquant la séance d'approbation. »
L'assemblée des Cinq ayant été portée à huit, on reprit avec plus d'activité la composition des médailles et des devises. « Le module des premières médailles exécutées sur les dessins adoptés par la petite académie ne parut plus sufiisant, écrit de son ton légèrement moqueur M. Maury. On voulait frapper davantage les regards, et l'on commença, en conséquence, la série des grandes médailles, qui furent désignées par le nom de Médailles de la grande histoire. »
(1) Ce n'est pas Noël Coypel, mais Antoine Coypel, son fils, qui fit ce travail.
Plus tard, Louvois finit par ne plus guère s'inquiéter de l'Acadéiiiie des inscriptions. Celle-ci prenait déjà ce titre, en attendant qu'il lui fût donné par lettres patentes, en 1718. Un nouveau trait de satire à l'adresse de Louvois va nous expliquer l'indifférence du ministre. « Elle ne pouvait plus lui servir, nous dit-on, à faire sa cour au roi (1). ))
Heureusement, un autre ministre, c'était grand temps, vint au secours de l'Académie, déjà bien languissante. Louis de Pontchartrain fut nommé contrôleur général des finances, en 1689. En 1690, il devint secrétaire d'Etat, avec le département de la marine et de la maison du roi. A ce dernier titre, il eut les académies sous sa dépendance, et celle des médailles ne releva plus du surintendant des bâtiments.
Comme Louvois, Pontchartrain s'occupa d'abord d'en compléter le nombre et de l'augmenter ensuite. Quinault était mort en 16S8, Rainssant en 1689. Personne, dans cet intervalle, n'avait songé à leur donner de successeurs. Le nouveau ministre pourvut à leur remplacement. Eusèbe Renaudot et Jacques de Tourreil, tous deux érudits distingués, furent désignés pour remplir les deux places vacantes. Tourieil était le précepteur du fils de Pontchartrain, comme jadis Gallois Tavait été quelque peu de Colbert. Le ministre donna une nouvelle preuve d'intérêt à la Compagnie : il y fit entrer ?on neveu, bibliothécaire du roi, le savant abbé Bignon, de cette illustre
(t) A. Maury, p. 19.
462 CUAPELAIN
famille des Bignon « où le goût des lettres et des sciences semblait héréditaire ».
De vrais savants, des érudits de profession, « ayant la passion de l'histoire, de l'archéologie ou des lettres anciennes », de dignes émules de Renaudot et de Tourreil, vinrent grossir la petite phalange. Ainsi fut nommé, en 169/i, à la place de La Chapelle, Simon de La Loubére, un voyageur et un érudit; en 1695, André Dacier, déjà membre de l'Académie française; et, en 1699, Etienne Pavillon, d'abord avocat général, qui avait abandonné sa charge pour les lettres et l'érudition (1).
La Compagnie grandissait ainsi lentement, et faisait peu à peu quelques progrès. Mais son existence était toujours précaire, sans caractère officiel. Bignon, aidé par les deux Pontchartraln, résolut de la tirer enfin d'une pareille situation et de la faire élever au rang d'institution de l'État. Louis de Pontchartrain était devenu chancelier en 1699, Le fils (2) avait été nommé, en 1693, secrétaire d'Etat, en survivance de son père; il eut ainsi les académies dans son département. L'abbé Bignon n'eut pas beaucoup de peine pour faire agréer à son oncle et à son cousin un projet d'organisation. « Louis XIV ; écrit M. Maury, approuva les vues que l'abbé Bignon avait suggérées au ministre et, le 16 juillet 1701, parut le nouveau règlement, qui allait devenir la constitution de l'une
(i) îl était membre de l' Académie françcaise depuis 1691. Mort â Paris le 10 janvier 1705.
(2) Jérôme Plielypcaux de Pontchartrain. 11 entra en fonctions en 1G99, lorsque son père fut nommé chancelier.
ET NOS DliUX PIIEMIÈKES ACADÉMIES 463
des graiules institutions scientifiques du royaume (1). » Dès lors, après bien des tâtonnements et des longueurs, après quarante ans d'une existence incertaine, l'Académic des Inscriptions et Belles Lettres était enfin fondée. Nous allons parler de ce règlement de 1701.
A la fin du dix-septième siècle, au moment où parut le nouveau règlement, la petite Académie se composait de neuf membres. Longtemps elle n'en avait eu que cinq. Il n'est pas hors de propos de donner ici le tableau de ses développements successifs jusqu'en 170 L Nous placerons, le plus possible, les membres par ordre de nomination.
ÉTAT DE LA PETITE ACADÉMIE Oc lOOa n lOT».
L — 1663-167/i. Chapelain.
JL — 1C63-1G72. L'abbé de Bourzeys.