LETTRE ADRESSEE A CIIAPU AU SUJET DU MONUMENT DE MM. GALIGNAM
(Nous avons trouvé ce document dans les papiers laissés par l’artiste. Il ne porte ni signature ni en-tête administratif ; nous pensons en conséfiuence <pie c’est une sorte de note officieuse <ju’on lui a fait parvenir .)
Les maquettes soumises à l’examen de la commission du monument Galignani peuvent donner lieu aux observations suivantes :
Et d’abord, nous commencerons par déclarer qu’au point de vue de
PIKCES JUSTIFICATIVES.
l’art, les {jroiipes exposés sont irréprocliables, et à cet éyard, d’aillem-s, les maîtres ont prononcé; M>I. Guillaume, llarrias, Gliaplain et IJarbet de Jouy ayant bien voulu nous faire connaître leur avis, il ne nous appartient pas, il est très loin de notre pensée de vouloir les contredire.
Nous nous placerons donc simplement avec le public pour étudier l’impression que doivent produire sur lui ces œuvres d’art.
Le premier groupe représente les deux frères, l’un assis et l’autre debout, examinant ensemble le plan de I bôpital; l’attitude des deuxfrères est très naturelle, et le laisser-aller de celui qui s’appuie sur l’épaule de l’autre indique parfaitement la vive affection qu’ils ont l’un pour l’autreet le généreux et cordial sentiment qui les unit dans une même pensée de cbarité. Tout dans ce groupe nous semble parfait, et la pose de M. William, dont la main gauebe se perd en partie dans la poebe de son vêtement, reproduit très beureusement une attitude qui lui était babituelle, ce qui fera certainement dire à notre population, pénétrée de reconnaissance pour ses bienfaiteurs : « Ob! oui, on reconnaît bien là ces bons M.Al. Galignani, au regard paternel et la main toujours à la poebe pour secourir les malbeureux. »
A notre avis, il y a dans ces paroles un véritable succès pour l’artiste qui a su faire ainsi vibrer la voix du peuple, de manière à la faire entendre de tous.
Le second groupe nous montre les deux frères assis l’un à côté de l’autre sur un banc de pierre à large dossier. M. Antoine, qui est à droite, est tourné de manière à n’être vu que de trois quarts, et par sa pose très accentuée il semble demander impérativement à son frère l’approbation du plan qu’il lui présente, et celui-ci, étendant sa main droite en l’air, paraît effrayé du sacrifice qu’on lui impose.
Ce groupe, fort bien d’ailleurs, est surtout très mouvementé, trop mouvementé peut-être, à notre avis, car par leur attitude les deux frères n’ont pas l’air d’être parfaitement d’accord. Il semblerait qu'il y a discussion entre eux, et discussion assez vive, si l’on en juge par la pose de .AI. Antoine.
Il serait fàcbeux cependant que cette pose pût être interprétée de cette façon, car cela serait jeter dans le public une défaveur sur l’un des deux frères, lesquels pourtant étaient si réellement et toujours si parfaitement unis pour faire le bien.
Comme détail, nous signalerons les quatre jambes des personnages
que l’on ne voil qu’à moitié, et qui pour celte raison ne sont pas d’un Lien heureux effet.
Mentionnons encore le dossier de pierre qui semljlerait indiquer que ce yroupe est plutôt destiné à être adossé à une grande construction qu’à être mis comme statue au milieu d’une place ou d’un jardin public.
Ouanf à l’assemblaye qui a été proposé du marbre pour le banc et du bronze pour les personnages, nous n’en serions pas partisan : d’abord parce que la différence de couleur des parties de ce monument lui retirerait son esprit d’ensemble, et ensuite parce que le marbre étant myins durable (jue le bronze, on pourrait bien éprouver (juelqne inquiétude sur le sort des personnages, si dans quelques centaines d’années le banc venait à leur manquer tout à coup.
lùi résumé, les deux groupes soumis à l’examen de la commission sont très bien réussis et parfaitement dignesde la main de l’artiste qui a bien voulu s’en charger. Le choix à faire entre les deux est difficile, et cependant, comme ce choix ne peut porter que sur une (ouvre d’art de premier mérite, ce n’est plus qu’une question d’appréciation, et pour ainsi dire de sentiment personnel.
A ce point de vue, nous n’hésiterons donc pas à faire connaître notre préférence pour le premier de ces groupes, dont l’expression calme et tranquille des personnages fait rêverait bonheurque l’on a de pouvoir secourir les malheureux, et, à notre avis, c’est bien là le sentiment de charité que doit inspirer la vue du monument des frères Galignani.
1" octobre 188V.
PHKFECTURE DE DÉPAIITEMEM DE LA SEl.NE
Paris, le 20 janvier 1887.
Monsieur,
•l’ai l’honneur de vous informer que la commission des 15eaux-.\rts a, dans sa séance du 17 janvier présent mois, prononcé l’acceptation
PIECES JUSTIFICATIVES
de 1 os(juisse du liciiit rcliel(]uc vous avez exécutée pour lu décoration d’un des frontons de la façade principale de la Sorbonne.
La commission a toutefois été d’avis qu’il convenait de vous inviter à donner un peu plus d air à l’ensemble de votre composition, dont les personnages sont un peu trop serrés, et de simplifier les accessoires, et notamment le fauteuil de la fi{fure principale.
Veuillez, agréer, etc.
L’inspecteur (jénéral des ponts et chaussées, Directeur des travaux de Paris,
Alphand.
MIMSTÈKE DE L’ EXSTIU'CTIOK l‘U15LIOL'E, DES CELTES ET DES BEALX-ARTS
Palais-Itoyal, 10 janvier 1888.
MüXSIELR,
J’ai l’honneur de vous annoncer que M. le Ministre de l’instruction publique, des cultes et des Beaux-Arts vous charge d’exécuter un buste en marbre de M. Sadi Carnot, président de la Bépublique, et vous alloue pour cette commande une somme de trois mille francs.
Lorsque le modèle sera terminé, je vous demanderai de le mettre pendant une quinzaine de jours à la disposition de la manufacture nationale de Sèvres, pour qu’elle puisse en faire une réduction, le buste devant être exécuté en biscuit de Sèvres.
Le modèle vous sera ensuite rendu, et en même temps un bloc de marbre statuaire vous sera remis.
Agréez, 3Ioiisieur, etc.
Le Conseiller (C Etat,
Directeur des Beaux-Arts, Castagxauy.
CHAPU