ANTIQUITÉS ET MONUMENTS
D’autres églises romanes méritent plus qu’une simple mention :
1° L’église de Saint- Amand-de-Boixe , autrefois abbatiale, fut terminée en 1170 ; l’abside fut refaite en partie au xve siècle. La nef, avec bas côtés, est coupée par un transsept et précédée d’une belle façade ornée d’arcatures. Une seconde façade fort remarquable, décorée de statues, termine le transsept au nord ; au centre se trouve une coupole. Sous le chœur s’étend une crypte du xe ou du xie siècle.
2° L’église de Lesterps, ancienne abbatiale, n’a conservé qu’un beau porche ou narthex, surmonté d’un clocher inachevé de 42 mètres, et une belle nef, avec bas côtés. Sur le narthex, au premier étage du clocher se trouve une belle salle voûtée en coupole.
3° L’église de Roullet , ancienne abbatiale, est dépourvue de bas côtés et de transsept. La nef a trois coupoles ; sur une quatrième, qui est à pans coupés, s’élève un clocher à flèche conique, haut de 33 mètres.
4° L’église de Puypéroux , ancienne abbatiale, située dans la commune d’Aignes, n’a qu’une nef non \oûlée, un transsept voûté au centre par une coupole octogonale, et une abside curieuse, formée de cinq absidioles.
5° L ’ église de Saint-Michel d’Entr aigues est un curieux édifice de forme octogonale, couvert par une vaste coupole et flanqué de huit absides, dont l’une s'aplatit pour recevoir le portail. Sur le tympan de ce portail est sculpté saint Michel terrassant, le dragon.
6° L ’ église abbatiale, en ruines, de Châtres (commune de Saint- Brice), bien que non classée parmi les monuments historiques, est une des plus intéressantes de l’Angoumois. Sa nef est surmontée de trois coupoles; la façade, magnifique, se compose d’un portail fort large, reposant sur huit colonnes et entouré de deux arcatures, et de deux étages d’arcades.
Parmi les autres églises romanes du département, nous citerons : 1° dans l’arrondissement d’Angoulême, les églises de Blanzac, de Charmant, de la Couronne (église paroissiale et partie de 1 ’ église abbatiale), de Dirac, de Saint- Estèphe, de Dinars, de Magnac, de Marthon, de Montbron, de Mouthiers, de Pérignac, de Plassac, de Rougnac, de Torsac, de Vouthon et d’Yvrac ; — 2° dans l’arrondissement de Barbezieux, les églises d ’ Aubeterre, de Montmoreau, de Passirac, de Rioux-Martin , la chapelle (creusée dans le roc) d’Aubeterre et la chapelle (forme curieuse) du château de Montmoreau ; — 3° dans l’arrondissement de Cognac, les cryptes de Jarnac et de Richemont, les églises de Bassac, de Bourg-Charente, de Châteauneuf, de Cherves, de Cognac, de Gensac, de Genté, de Jarnac, de Saint-Même, de Sicogne ; — 4° dans l’arrondissement de Confolens, les églises Saint-Barthélemy, à Confolens, de Saint-Germain, de Celfrouin, et de la Péruse ; — 5° dans l’arrondissement de Ruffec les églises de Courcome, de Ruffec et de Ventouse.
Toutes ces églises, par leurs belles dispositions aussi bien que par leur
nombre, prouvent que le style roman a brillé dans la Charente d un éclat exceptionnel. Elles n’ont généralement qu’une nef; la cathédrale d’Angoulême est elle-même dépourvue, de nefs latérales ; la coupole, très-souvent employée comme voûte, surtout au centre des églises et sous les clochers, donne aux édifices un caractère tout particulier. Les façades, les plus belles qui nous restent des xie et xne siècles, sont décorées de riches arcatures où s’abritent quelquefois des statues ; les clochers, dont la position varie, sont carrés, couronnés de pyramides coniques en pierres taillées en écailles.
Abbaye de la Couronne.
Deux lanternes des morts (colonnes élevées au xne siècle dans les cimetières et éclairées pendant la nuit) existent à Celfrouin et à Pranzac.
Le style ogival a eu de la peine à s'introduire dans un pays où le roman régnait avec tant de puissance ; il s’est borné le plus souvent à réparer ou à agrandir des édifices plus anciens. Pendant la guerre de Cent ans, plusieurs églises romanes furent fortifiées. On cite cependant : 1° pour le xme siècle, l’église des Cordeliers, à Angoulême, V église de la Rochefoucauld (clocher avec flèche en pierre) et environ 10 autres églises peu remarquables; 2° pour le xive siècle, des additions ou remaniements dans divers édifices; 3° pour les xvc et xvic siècles, la plus
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Hôtel de ville d’Anguulème.
grande partie de l’église abbatiale de la Couronne , dont les ruines sont fort belles, les églises de Saint-Claud et de Salles.
Les églises de Benest et de Pranzac sont de la Renaissance.
Les châteaux féodaux sont assez nombreux dans la Charente ; de ceux qui furent élevés du ixe au xie siècle, il ne reste que des mottes entourées d’un fossé et des substructions peu importantes (Bordenac, Chasseneuil, Lesterps, Merpins, Richemont, Villejoubert, etc.,). Des donjons rectangulaires des xne et xme siècles existent à Chabatiais, à Marthon, à Montbron, à Montignac, à Voutlion ; Angoulême (le Châtelet, la tour de l’ Hôtel-de-Ville), Blanzac, Dirac, Confolens, Garat, conservent des débris importants des xme et xive siècles ; les châteaux d’Aunac, de Barbezieux, de Saint-Germain, de Verteuil et d’Yviers sont de beaux édifices du xve siècle ; à la Renaissance appartiennent les châteaux de Barbezières, de Châmpagne-Mouton, de Marthon (xvie et xvne siècles), de Montbron, de Saint-Projet, de Ruelle, de Vilhonneur.
Le château de la Rochefoucauld mérite une mention spéciale. Il date de plusieurs époques. Le donjon (33 mètres de hauteur) carré, flanqué de contre-forts, date des xne et xive siècles. Les tours d’enceinte sont des xme et xive siècles ; la chapelle et les magnifiques bâtiments d’habitation appartiennent à la Renaissance et furent élevés par l’architecte Antoine Fontant.
Époque moderne. Ces dernières années ont vu s’élever dans Angoulême deux édifices remarquables ; l’hôtel de ville et l’église Saint- Martial.
L’ancien château d’Angoulême , ancienne résidence des Lusignan , comtes d’Angoulême , et des princes apanagistes qui leur succédèrent, a été démoli. Il n’existe plus aujourd’hui que deux tours de ce vénérable monument : la grande tour polygone, bâtie par Hugues IV, qui mourut en 1303, et la grosse tour ronde, dite de Marguerite, parce que la sœur de François Ie*' y naquit en 1492 ; commencée par Jean le Bon, comte d’Angoulême, elle fut continuée par Louise de Savoie. Tout le reste a fait place à un hôtel de ville construit dans le style du xive siècle, et dont la première pierre a été posée le 13 août 1858. Ce bel édifice est achevé et les dépenses dépassent, dit-on, un million. C’est un véritable monument d’une magnifique ordonnance et d’un grand luxe d’ornementation : sculptures, peintures, vitreries, serrurerie d’art, rien n’a été épargné. Le corps de logis principal, qui s’élève sur la place de l’Hôtel de Ville, est surmonté d’un beffroi élégant qui contient le bourdon municipal. La cour intérieure est entourée d’un cloître fermé, de style ogival, fort remarquable; la façade du sud, avec ses fenêtres à meneaux, est un chef-d’œuvre. On vante aussi plusieurs escaliers. L’archilecle a su fort habilement englober les restes du vieux château dans ces constructions, qu’il est question d’isoler complètement entre la place, le marché, le parc, la rue de Plaisance et celle de l’Arsenal. Le corps de logis principal renferme les cabinets du maire et des adjoints, les salons, salle du conseil, salle des mariages, etc. L’aile gauche, parallèle à la rue de l’Arsenal, est affectée à l’état civil,
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aux archives, corps de garde, etc.; celle de droite, aux bureaux de la mairie, police, etc. Enfin le corps de logis du fond, ouvrant sur la rue de Plaisance, est consacré à la bibliothèque et au musée municipal que le maire actuel a l’intention de créer.
Cet édifice a été élevé par un habile architecte, M. Abadie, qui a beaucoup contribué à la renaissance de l’art du moyen âge dans le pays.
L'église Saint-Martial, consacrée le 21 juillet 1853, fait le plus grand honneur à son architecte, M. Abadie. Non-seulement elle a été bâtie en quinze mois, mais elle n’a coûté que 220,000 francs, et cependant
Le château d’Angoulème en 1855.
elle a 58 mètres de longueur hors œuvre, 18 mètres de largeur; sa grande nef a 15 mètres 60 centimètres de hauteur ; son clocher s’élève à 50 mètres au-dessus du sol. C’est une église romane terminée par une abside dont les fenêtres, légèrement allongées, sont décorées de vitraux. L’intérieur, qui produit un effet satisfaisant, n’a pour ornement que les joints passés au feu des assises des pierres de taille.
Les travaux d’art nécessités par le chemin de fer sont peu nombreux dans la Charente. 11 faut cependant citer le viaduc des Couteaubières (12 arches, 303 mètres de long) et le tunnel de Livernant (1471 mètres), sur la ligne de Paris à Bordeaux.