PÉRIODE CELTIQUE OU GAULOISE
Les peuples primitifs de l’Europe vivaient dans les grottes, et se servaient, pour les usages divers de la vie, d’instruments taillés dans la pierre et principalement dans le silex. Cette époque de l’enfance du genre humain est appelée par les archéologues modernes Page de la pierre. A cet âge succédèrent, selon ces mêmes savants, Vdge du bronze, caractérisé par l’emploi d’instruments de bronze , puis Vdge du fer.
Dans le sol de la France, surtout dans les cavernes on trouve de nombreux restes de l’âge de pierre, et surtout des haches en silex. Les instruments en fer et en bronze sont encore bien moins rares, car ces deux métaux
n’ont jamais cessé d’être en usage dès que l’homme a su les façonner.
Les Gaulois bien que connaissant l’usage du fer et du bronze, ne paraissent pas avoir pratiqué l’art de la maçonnerie, c’està-dire ils n’ont ni taillé les pierres à bâtir, n relié les pierres avec du mortier ; les remparts de leurs villes n’étaient composés que d’assises en pierres sèches, interrompues par des troncs d’arbres. César, dans ses Commentaires , décrit ce mode de construction.
Avant laconquête romaine, les Gaulois n’avaient d’autres habitations que des cabanes en torchis (terre mêlée 'de paille) et en bois, souvent enduites de pisé; d’autres temples, que des emplacements entourés de pierres, sur les landes et dans les forêts. Pour monuments commémoratifs, ils avaient d’é-
Fig. 1. — Menhir.
normes blocs de pierre, plantés dans lesol ( menhirs , fig. 1) ouassis horizontalement sur d'autres blocs (dolmens, fig. 2 ; allées couvertes, fig. 3), dis¬
posés en enceintes ( cromlechs ) ou isolés. Ces monuments, dus aux Gaulois, et qui se trouvent en grande quantité en Angleterre, en Asie et dans
les Étais ^ ^ • giiHerun
belles ou vaient de
tumuli Fig. 2. — Dolmen. sépulture,
(au sin- non -seu¬
lement chez les Gaulois, mais chez beaucoup d’anciens peuples. Un grand nombre d’allées couvertes et de dolmens, aujourd’hui à découvert, se trouvaient autrefois ensevelis sous ces tombelles et servaient de monuments funéraires.
Période romaine. (Du Ier au ve siècle).
Les colonnes à proportions uniformes, munies d’une base et d’un chapiteau, et réunies entre elles par des entablements, tel fut l’élément principal de leur architecture que les Romains empruntèrent aux Grecs et qu’ils introduisirent en Gaule. Ils y ajoutèrent l’arc et la voûte, quJils avaient inventés. Les proportions et les formes données aux colonnes, aux bases et aux entablements pouvaient subir cinq variations qui constituaient les cinq ordres: toscan, dorique , ionique, corinthien , composite. Ce dernier ordre, omis à dessein dans la fig. 4, car il n’est qu’un mélange des ordres ionique et corinthien, a toujours été peu employé, et il est, ainsi que l’ordre toscan, d'invention romaine. L’ordre corinthien était le plus usité en Gaule pendant la période romaine, à cause de sa richesse ; mais son chapiteau subit vers le me siècle de notables alté-
rations. L’architecture romaine, considérée clans les monuments élevés dans les Gaules, s’appelle aussi gallo-romaine.
Du Ier au ve siècle, il nous reste aujourd’hui peu de monuments debout ; ce sont surtout des débris de théâtres, d’ amphithéâtres, de temples ronds ou rectangulaires, d’arcs de triomphe, de villas, de bains, de fortifications élevées aux ive et ve siècles, etc. Mais les substruetions ou traces de murs ne dépassant pas le niveau du sol, sont très-communes. Les camps romains, formés de levées de terre, se rencontrent assez souvent.
Tous les monuments romains n'étaient pas décorés de colonnes; mais,
' Ordre toscan.
Fig. 4.
Ordre Ordre
dorique. ionique.
à défaut d’ornemenls, leur maçonnerie, formée de petites pierres cubiques ou petit appareil et de chaînes de briques, les fait facilement reconnaître. Cependant les monuments les plus somptueux et ceux qui devaient être décorés de colonnes, étaient bâtis en grandes pierres ( grand appareil). Les chaînes de briques indiquent la décadence romaine, et l’on a construit en petit appareil avec chaînes de briques jusqu’au xie siècle.
PÉRIODE ROMANE. (Du VIe ÜU XIIe siècle ).
Sous les Francs, les Gallo-Romains ne surent pas conserver pures les traditions de l’art romain ; ils ne possédaient pas, d’ailleurs, de moyens
suffisants d’exécution. Ils détruisirent les proportions depuis longtemps consacrées, mais déjà presque abandonnées dans les derniers temps de l’empire. Supprimant même le piédestal et l’entablement, à l’exemple des constructeurs du Bas-Empire et même des gallo-romains du
ivn siècle, ils mirent l’arc sur la colonne, dont la forme varia dèslors à l’infini. Ils
reproduisirent néanmoins , mais grossièrement, dans les détails, les monuments anti-
Fig. b. — Chapiteau roman .
Fig. 7. — Fenêtre romane.
Fig. G. — Chapiteau ogival.
ques qu’ils avaient sous les yeux. C’est en quelque sorte le premier âge (du vie au xie siècle) du genre ou slijle appelé roman, parce qu’il était une corruption de l’art romain. Les édifices antérieurs au xie siècle, appelés aussi mérovingiens et carlovingiens, sont aujourd'hui très-rares. La plupart sont maçonnés, comme les monuments romains, en petit appareil avec chaînes de briques.
Le style roman, d’abord très-grossier, se perfectionna avec les éléments qu il avait conservés de 1 art romain, tout en s’éloignant des principes de 1 antiquité. Dans 1 Angoumois et dans les pays circonvoisins, il contiacta un caractère particulier par l’adoption de la coupole et de divers
ajustements d'importation byzantine. De là le nom de romano-byzantin, donné quelquefois au style roman de la seconde période.
Dès la fin du xie siècle la sculpture d’ornement présente des formes élégantes et riches. Les colonnes se décorent de chapiteaux à enroulements, ou à personnages (fig. 5); les chapiteaux à personnages ou offrant des animaux, sont très-communs et appelés chapiteaux historiés)-, ils se multiplièrent autour des piliers et sur les jambages des portes et des fenêtres; les fenêtres se groupèrent souvent deux à deux (fig. 7); les arcs reçurent des ornements (fig. 8 et 9) ; les voûtes en berceau, employées simultanément avec les coupoles, furent remplacées vers la fin du xne siècle, par des voûtes à membrures croisées ou voûtes d’ogives.
L’emploi systématique de l’arc aigu, les voûtes d’ogive équilibrées par des arcs-boutants, une plus grande élégance de formes, une recherche plus soignée dans les détails, donnèrent à l’architecture une apparence toute nouvelle qui ne rappelait plus l’art antique. De là le style ditoiyrval, appelé aussi improprement style gothique.
PÉRIODE OGIVALE OU GOTHIQUE ( du XIIIe au XVI * SÏecle).
Aux xi° et xii° siècles, selon la manière dont France avait résolu le problème de la construction des voûtes, il s’était formé différentes régions architecturales, appelées aujourd'hui école Le style roman présentait donc de nombreuses variétés ; il brilla
Fig. 10 — Fenêtre ogivale.
chaque province de la surtout dans l’Auvergne, le Poitou, le Limousin , la Saintonge et l’Angoumois.
A la fin du xn® siècle, dans le domaine royal, les ar-
Fig. 11. — Pyramides ogivales. 1
Fenêtre
ogivale.
chitectes firent faire des progrès merveilleusement rapides à l'architecture; c’est à eux surtout qu’est due 1 architecture ogivale, qui dès le xme siècle, était adoptée en France, en Allemagne et en Angleterre.
Quelques-unes de nos provinces du Midi et de l’Est n’employèrent toutefois le nouveau style qu’au xive siècle; la Provence le connut à peine. Le style ogival, même complètement affranchi des traditions romanes
Fig. 13 — Fenêtre dans le style ogival secondaire.
Fig. 14 — Fenêtre dans le style ogival flamboyant.
subit de rapides transformations, mais en déclinant. Ces transformations sont le plus généralement comprises dans trois périodes principales
1 0 Style ogival primitif ou à lancettes ou style du xme siècle). — L’emploi exclusif de l’arc aigu, des voûtes d’ogives, des formes pyrami dales pour les amortissements (fig. 11), des longues fenêtres appelées lancettes, isolées (fig. 10) ou groupées (fig.
12), des orne-
Fig. 16 — Rose du xve siècle.
ments imités des végétaux , la simplicité et la légèreté, caractérisent cette époque, la plus belle de tout le moyen âge. Les colonnes, devenues longues et minces, ne sont plus que des colonnet tes, leurs chapiteaux ne portent plus de personnages ou de sujets allégoriques, mais
seulement des feuilles frisées sans découpures appelées crochets ; au lieu d’avoir la forme carrée, la partie supérieure des chapiteaux ou tailloir , qui porte très-souvent les arcs, est octogonale ou ronde .
Les petites ouvertures prennent des formes diverses, toujours trèsélégantes; les œils-de-bœuf sont remplis par des membrures festonnées.
2° Style ogival secondaire ou rayonnant ou style du xive siècle. — Le xive siècle se distingue surtout du xme par une plus grande recherche, et par la largeur des fenêtres, que divisent de nombreuses et grêles colonnes ou meneaux ; celles-ci vont soutenir, sous le cintre de la baie, un réseau formé de rosaces ou de dessins géométriques percés à jour (fig. 13). Ces formes géométriques, souvent disposées autour d'un centre commun, ont fait donner au style du xive siècle le nom de rayonnant. Les chapiteaux présentent souvent la forme indiquée dans la fig. 6: les crochets sont remplacés par des plantes grimpantes dont le dessin s’amaigrit de plus en plus jusqu’au xvie siècle.
3° Style ogival tertiaire ou flamboyant ou style du xve siècle et en partie du xvie). — L’art tombe en décadence, par la maigreur des
sens ; à la clef pend
formes et la minutie des détails.
La légèreté de certainesparties n’empêche pas les masses d’être lourdes et peu gracieuses ; la profusion des ornements nuit à l’ensemble. Les voûtes, auparavant simples et majestueuses , se couvrent de nervures secondaires se croisant en tous
quelquefois une masse de pierre, délicatement sculptée, appelée clé pendante. Les colonnes perdent leurs chapiteaux ; elles seconfondent, grâce à leur maigreur, avec les simples moulures, profilées qu’elles sont en arêtes prismatiques; les moulures, précédemment arrondies et fortement accentuées, deviennent anguleuses ; les meneaux des fenêtres se contournent en forme de flammes (fig. 14), d’où le nom de flamboyant donné au style ogival tertiaire. L’ogive ou le cintre perd la pureté de sa forme ; dans les fenêtres souvent, et dans les portes presque toujours, Tare se relève subitement dans sa partie supérieure, pour former une accolade. Cette accolade surmonte le plus souvent un arc en anse de panier (fig. 13), d’autres fois une ogive.
Le style ogival des xve et xvie siècles a laissé beaucoup d édifices et a restauré ceux que les guerres du xive siècle avaient ruinés ou mutilés. Il a persisté dans nos campagnes jusqu’au règne de Louis XIV, surtout en Bretagne, en Vendée, dans les Pyrénées.
Fig. 15. — Porte du style ogival flamboyant.
PÉRIODE DE LA RENAISSANCE. (XVIe siècle).
Les formes de l’architecture antique, remises tout à coup en honneur à la suite des guerres d’Italie, s’assouplissent d’abord aux caprices de l’art ogival et forment, mêlées avec lui le style gracieux de la Ré-
naissance. Dès la fin du xvie siècle, l’imitation des monuments romains, devenue exclusive, constitue, pour l’architecture, la période moderne.
Églises durant le moyen âge.
La plupart des églises du moyen âge avaient ordinairement la forme d’une croix ; le bras, ou corps de bâtiment transversal, se nomme transsept. Elles étaient divisées, à l’intérieur, par deux rangs de piliers, en nef et bas-côtés. Le chœur présentait une variété extrême de dispositions : tantôt il était arrondi, tantôt à pans coupés ; tantôt il formait la clôture du fond de l’édifice, tantôt il était entouré d’une galerie sur laquelle s’ouvraient des chapelles.
Les petites églises n’avaient souvent qu’une nef, terminée par un renfoncement appelé abside, ou par un mur droit. Mais les églises les plus vastes eurent quelquefois quatre bas-côtés, c’est-à-dire quatre rangs de piliers à la nef, et un double transsept.
Presque toutes les églises ou chapelles isolées du moyen âge sont orientées, c’est-à-dire que le chœur est tourné vers l’orient, en inclinant un peu vers le sud. De cette manière, la façade principale est à l’ouest, et les côtés regardent le nord et le midi.
Il y avait au moyen âge des églises
^ ^ cathédrales (la principale église d’un F*9- 18. — Clo-
forts du xne siècle, diocèse), des églises collegiales , des- gjècle.
servies par un collège ou chapitre de chanoines, des églises abbatiales ou simplement conventuelles, appartenant à des ordres religieux, et des églises paroissiales comme aujourd’hui.
Les portes des églises étaient toujours en arcade, mais leur ouverture était souvent carrée ; le tympan, ou espace plein laissé entre l’ouverture et l’arcade, était rempli par des bas-reliefs représentant ordinairement le jugement dernier, le Christ au milieu des Évangélistes,. ou le Patron de l’église. Dans les grands édifices, les jambages étaient décorés de grandes statues : si la porte était large, un trumeau ou pilier, orné lui-même d’une statue, la divisait en deux parties. Les fenêtres, toujours en arcade sans tympan, étaient quelquefois remplacées, dès le xne siècle, par des ouvertures circulaires ou roses plus ou moins vastes. Dans les grandes églises, une grande ro$e à compartiments ornait le centre des façades : la rose de la figure IG, à compartiments flamboyants, est du
XVe siècle. Les murs, accablés par le poids des voûtes, étaient soutenus, à l’extérieur, par des contreforts (fig. 17, xne siècle; fig. lt, xme siècle). Lorsque les contreforts ne pouvaient s’appuyer directement au mur qu’ils devaient soutenir, ils étaient reliés à ce mur par un grand arc en quart de cercle, appelé arc-boutant.
Les clochers, souvent au nombre de plus de trois sur une môme église, étaient couronnés par de belles pyramides ou flèches en pierre (fig. 18, xme siècle) ou en charpente, accompagnés de clochetons.
A l’intérieur, les églises étaient divisées en trois étages : les bas côtés; une galerie ou triforium sur ces bas côtés, donnant sur la nef principale; les grandes fenêtres et la voûte de la grande nef. L’autel occupait le milieu du chœur; dans les églises cathédrales, conventuelles et collégiales, une enceinte de stalles en bois fermait le chœur et s'étendait jusqu’à la nef. Les murs étaient couverts de peintures; les fenêtres furent fermées, dès le xne siècle, par des vitraux peints, aux couleurs les plus brillantes et les plus harmonieuses représentant, aux xme et xive siècles, des sujets dans des médaillons sur un fond d’ornement.
Le xme siècle , la plus belle époque de l’art au moyen âge, nous a laissé les plus belles cathédrales. Celles d’Amiens, de Chartres, de Reims, de Paris (commencée en 1 163) et de Bourges sont connues du monde entier.
Édifices civils.
Il nous reste principalement du moyen âge : 1° Des bâtiments monastiques , dont les principaux étaient disposés autour d’un cloître ou galerie à arcades entourant une cour carrée ; 2° des hôtels-Dieu ; 3° des hôtels de ville , souvent fort vastes et dominés par une tour ou beffroi, contenant la cloche municipale; 4° des évêchés; 5° des maisons, ordinairement percées d’arcades au rez de chaussée. Les édifices civils étaient souvent dépourvus de voûtes; des planchers séparaient leurs divers étages, et les fenêtres prenaient souvent la forme carrée. Au xive siècle, les fenêtres carrées furent partagées en quatre parties par deux meneaux se coupant en forme de croix. Ces fenêtres, les seules que l’on puisse appeler des croisées, furent très-usitées dans les édifices civils et les châteaux, aux xve et xvie siècles.
Les villes bâties au xme siècle (il y en a beaucoup en Guyenne et en Gascogne appelées bastides et fondées la plupart sous la domination anglaise) sont très -régulières, coupées par des rues perpendiculaires formant au centre une place carrée entourée d’arcades, sous lesquelles on circulait à couvert.
Architecture militaire.
Les châteaux, au moyen âge, dès que la décadence des Carlovingiens eut rendu les seigneurs presque indépendants, furent tous des forteresses, la plupart, en bois, du ixe au xie siècle, sauf quel-
ques donjons en maçonnerie, puis complètement en pierre dès la fin du xie siècle’ Entourés de fossés, flanqués de tours, ils étaient dominés par une tour principale ou donjon(üg.\ 9 : vue d’un château féodal) souvent cylindrique dès le XIIe siècle. Les portes , flanquées de deux tours ou surmontées d’une haute tour carrée, étaient accessibles par des ponts-levis (tabliers de bois
qu’on pouvait relever; fig. 20), et défendues à l’intérieur par des herses ou grilles qui retombaient sur les assaillants et barraient le passage. Les bâtiments, dont le plus beau était la salle commune appelée salle
d’honneur, é-
Fig. 19. — Château féodal. taient disposés
dans la dernière enceinte du château, dans le donjon, qui était souvent la demeure du châtelain. Sous l’une des tours ou à la base du donjon se
trouvait quelquefois un cachot voûté, accessible seulement par un orifice supé rieur, et appelé les oubliettes.
Les remparts étaient couronnés de dentelures ou créneaux (fig. 21 , A) ; ceux-ci étaient portés, dès le xive siècle, par des consoles entre lesquelles se trouvaient des ouvertures appelées mâchicoulis (fig. 21,
Ponts-levis.
B) , qui servaient à lancer des projectiles aux pieds des murs.
La découverte de l’artillerie et les progrès del’autorité royale déterminèrent peu à peu les seigneurs à délaisser les châteaux fortifiés.
Dès la Renaissance, les résidencesseigneuriales , abandonnant les hauteurs , ne conservant les tours que par
Fig. 20.
tradition ou les changeant en pavillons élégants, devinrent ce qu’elles sont encore aujourd’hui, de petits palais ou de vastes maisons, où les tours, les créneaux et les mâchicoulis n’étaient qu’un ornement.
ARCHEOLOGIE
Les villes, au moyen âge, surtout aux xme xiv* et xve siècles étaient toutes fortifiées. Elles n’avaient généralement qu’une enceinte flanquée
de tours carrées, rondes ou demi-
vention de l’artillerie, au XIVe siè- Fig. 21. — Créneaux, mâchicoulis, cle, les tours d’a¬
bord , puis les remparts s’abaissèrent et acquirent plus d’épaisseur; peu à peu s’opérèrent les transformations qui ont fait remplacer les remparls par des levées de terre revêtues ou non de maçonnerie , les tours par des bastions , et les châteaux par des forts
ou citadelles en forme d’étoiles. Dès le xvie siècle , beaucoup de villes cessèrent de compter comme places de guerre. Plusieurs ne reçurent de nouvelles fortifications ou ne firent usage des anciennes que pour re pousser des attaques d’aventuriers qui étaient dépourvus d'artillerie
Au moyen âge, non-seulement les châteaux et les villes, mais encore certains établissements étaient fortifiés. Les monastères, que leurs richesses exposaient au pillage, les hôtels de ville et des maisons particulières étaient
surmontés de tours- de défense crénelées.
Les églises elles-mêmes pouvaient devenir au besoin des lieux de refuge et se mettaient en état de soutenir des sièges.
Dans certains pays et à certaines époques, leurs fenêtres
Fig. 22 - Porte fortifiée. étaient fort pe¬
tites, leurs angles, flanqués de tourelles, et leurs clochers, au lieu de se terminer en pyramides, se couronnaient de créneaux et de mâchicoulis, comme les donjons.
Le département de la Charente renferme encore un très-grand nombre d’édifices anciens et intéressants, et il est peut-être le plus riche de la France entière en monuments antérieurs au xme siècle.
Période antique. — Le seul menhir qui soit resté debout se trouve près du Repaire; sa hauteur est de 2 mètres 65 cent. Le nombre des dolmens, d’après de récents travaux, s’élèverait à 25 environ ; sous ce rapport, la Charente occupe le 12e rang parmi les départements français. Les dolmens sont presque tous situés dans les arrondissements de Cognac, d’Angoulême et de Confolens : le plus remarquable est celui de Saint- Fort : sa table a 7 m. 50 de longueur sur 4 m. de largeur. Celui de Saint-Germain-sur-Vienne, supporté par cinq colonnes romanes et abritant un autel, a servi de sanctuaire, au moyen âge. Après ces dolmens, on peut citer ceux de Saint-Brice, de Mainxe, et les deux dolmens de la Pérotte.
Les tumuli sont aussi nombreux que les dolmens : il en existe huit sur le territoire de Bouex, et deux assez grands près de Mansle.
h’ architecture romaine a laissé au-dessus du sol des vestiges de peu d’importance. Chassenon, Lancienne Cassirîomagus , a conservé des substructions du temple rond de Montélu ( Mons Lunæ ), de deux petits temples et d’un palais. De nombreux tombeaux ou cercueils de pierre y ont été découverts. Des restes d’édifices se voient encore au Châtelard, à Sireuil, à la Berche ; les camps antiques sont mieux conservés, et l’on cite parmi les plus remarquables ceux de Merpins (au confluent de la Charente et du Né), de Vœuil (commune de Mouthiers), de Sainte-Sévère , de Paizay-Naudoin et de Challignac. Ce dernier, circulaire, long de 446 mètres est entouré d’un retranchement de 10 mètres de hauteur. Parmi les camps de la Charente attribués aux Romains, quelques-uns ne sont probablement que des enceintes féodales du ixe au xne siècle.
Les voies romaines, assez nombreuses, qui reliaient les camps et les villes, ont laissé en beaucoup d’endroits des traces bien visibles. La voie de Saintes à Limoges traverse le département en passant au sud de Saint-Amand-de-Boixe et à Chassenon, de même celle de Saintes à Périgueux, qui passait entre Segonzac et Châteauneuf. D'autres voies reliaient Angoulême à Cognac, à RufTec, à Saint-Junien ; Ruffec se trouve, en outre, sur la voie de Charroux à Saintes.
Moyen âge et Renaissance. — La grotte de Saint-Cybard et la crypte de la cathédrale, à Angoulême, la crypte de la Penne, près d’Angoulême, sont attribuées avec quelque vraisemblance à la période antérieure au xie siècle. Mais ce qui rend surtout la Charente importante au point de vue archéologique, c’est le nombre des églises intéressantes des xie et xne siècles qu’elle a conservées. On en compte encore 82
(t) Les noms de lieux imprimés en italique indiquent des monuments historiques, c’est-à-dire susceptibles d’être entretenus aux frais de l’Etat.
ANTIQUITES ET MONUMENTS
Cathédrale d’Angoulème restaurée,
environ dans l’arrondissement d’Angoulême, 44 dans l’arrondissment de Barbezieux, 40 dans l’arrondissement de Cognac, 30 dans celui de Confolens, et 16 dans celui de Ruffec. Le nombre total des églises romanes est donc de 212.
La Cathédrale actuelle d’Angoulême, dont la façade est la plus belle de toutes celles que nous a léguées le style roman, fut rebâtie, en 1120 , par Gérard II, évêque et légat apostolique, et en partie aux frais d’un chanoine fort riche, nommé Archambaud. Des premières années du xive siècle jusqu’au milieu du xvie, elle subit de nombreuses réparations ou additions. En 1562, les protestants la pillèrent; en 1568, ils en incendièrent le clocher. En tombant, ce clocher écrasa l’église Saint- Jean et la jolie chapelle de Saint-Gelais , un des chefs-d’œuvre de la Renaissance, dont les débris ont été démolis il y a quelques années. Ces désastres se réparèrent lentement. Ce fut seulement en 1634 que, grâce surtout aux libéralités du doyen Jean Mesneau, la cathédrale put être inaugurée de nouveau par Antoine de la Rochefoucauld, évêque d’Angoulême. Elle a été tout récemment confiée à un habile architecte, M. Abadie, avec un crédit d’environ 500,000 francs pour la restaurer. D’importants travaux ont déjà été exécutés. Le clocher a été refait, ainsi que quelques-unes des sculptures de la façade. Les remaniements intérieurs seront également bientôt terminés.
La façade de Saint-Pierre a 19 mètres 33 centimètres de largeur ; elle est en partie couverte de sculptures, de médaillons et de statues. Audessus de la fenêtre qui surmonte le portail principal , on remarque la statue du Père Eternel couronnée de flammes et entourée des quatre Évangélistes sous leurs formes symboliques. Deux petits clochers récemment construits flanquent le pignon qui termine la façade.
La restauration actuelle restitue à la cathédrale d’Angoulême son caractère primitif, en la délivrant de tous les appendices que des siècles, dont le goût s’était corrompu, y avaient successivement déposés.
« La nef unique, dit M. Gastaigne, est surmontée de trois coupoles, et les arcs qui les séparent ont une légère tendance ogivale. Le chœur est terminé par une abside semi-circulaire, et l’espace compris entre le chœur et la nef est éclairé par une haute lanterne, dominant sur le toit et percée de douze fenêtres en plein cintre. Les deux bras de la croix étaient plus allongés qu’ils ne le sont aujourd’hui, et à l’extrémité de chacun d’eux s’élevait une coupole. Celle de gauche était surmontée de la tour carrée qui subsiste encore actuellement, et celle de droite d’une autre tour beaucoup plus élevée que la première, et couronnée d’une pyramide quadrangulaire, accompagnée elle-même de quatre petits clochetons. En 1781, on a fait une sacristie de la base de cette tour, incendiée en 1568 par les protestants. Les bas-côtés du chœur n’entraient point dans ce premier plan, auquel ils paraissent n’avoir été ajoutés que vers le xivc siècle. » La restauration complète de la cathédrale exige nécessairement leur destruction; celui de gauche a déjà disparu. Les stalles du chœur datent de 1579.