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CHAPITRE \'I

jusqu'aux sources de la Lippe, saccageant, ruinant tout sur leur passage, aussi bien les habitations particulières que les grossiers essais de retranchements élevés à la hâte et abandonnés par les fuyards. Au terme de cette course dévastatrice, Charles trouva comme toujours les anciens des tribus' implorant grâce, offrant le sol même de la patrie comme gage de leur soumission, et promettant d'accepter l'enseignement du christianisme.

Ces promesses de conversion n'étaient plus, comme au début de la guerre, un vain leurre. Un travail étonnant s'opérait alors dans ce sens au sein de cette race endurcie. Les abbayes de Fulda et de Herzfeld, fondations carolingiennes, avaient cnfm réussi à exercer leur influence au delà des marches saxonnes. Grâce à ces foyers de propagande et de rayonnement évangélique , les farouches disciples de Woden s'étaient trouvés peu à peu enveloppés malgré eux d'une atmosphère chrétienne. La foi nouvelle avait trouvé môme des apôtres parmi les Saxons, surtout parmi les adolescents, que Charlemagne emmenait en otage et dont il confiait l'éducation aux écoles monastiques de la Germanie. Rendus à la liberté, ces néophytes fervents devenaient à leur tour missionnaires au milieu de leurs parents et de leurs compatriotes. Comment le fanatisme païen aurait-il pu étouffer assez les sentiments de la nature pour fermer complètement les oreilles et les cœurs à cet apostolat fraternel? Aussi les progrès en étaient- ils sensibles déjà quatre ans après la première invasion de Charlemagne. Une foule immense de Saxons, hommes, femmes et enfants, suffisamment instruits, reçurent le baptême sur-le-champ dans les eaux du fleuve, en présence de l'armée et de la main des prélats de la maison royale '. Cette émouvante cérémonie inaugurait une période nouvelle de la guerre : la conquête morale du pays était commencée.

1 Senalus.

2 Poet. Saxon, de Gesl. Caroli Magni , ap. D. Bouquet , l. V.

Les défenses d'Heresburg furent relevées; une autre citadelle fut bâtie près de la Lippe, et, dès avant Noël, Charles avait repris ses quartiers d'hiver dans sa résidence préférée d'Héristal.

Aux premiers jours de printemps, le vainqueur, heureux du résultat de la campagne précédente, reprit avec ardeur le travail d'assimilation de la Saxe à la France. Ayant célébré, chemin faisant, la fête de Pâques à Nimègue, il se rendit encore sur les bords de la Lippe, à Paderborn. C'est là qu'il convoqua son Champ de mai, où, en signe des relations amicales qu'il s'agissait d'établir entre les deux nations , les représentants des tribus saxonnes furent admis avec les leudes franks. « Les anciens et le peuple se remirent en telle sorte à la puissance du roi, qu'ils consentirent à perdre leur liberté individuelle et leur patrie, si jamais ils violaient leurs serments ^ » Une multitude de catéchumènes plus ou moins sincères demandèrent encore et obtinrent le baptême. Il semblait, à voir cet empressement, que l'œuvre de l'épée fût terminée.

Mais il manquait un témoin à cette scène et un adhérent dans cette foule d'Edelings convertis, qui se déclaraient touchés et éclairés par la grâce d'en haut. Cet absent était justement le chef audacieux des bandes westplialiennes, qui avait provoqué la dernière insurrection et rallié à lui les contingents de toutes les tribus. Instigateur le plus obstiné des résistances nationales au christianisme et à la domination franke, il s'était senti, dit la chronique, « chargé de trop de forfaits^, » il avait aussi sans doute gardé au cœur trop de haine et de trop ardents désirs de vengeance, poui" apporter à Charlemagne l'hommage trompeur et d'ailleurs probablement inutile de sa soumission. Suivi de ses plus hardis compagnons, il avait été chercher un refuge et préparer sa

I Annal. Mcllcns. aiin. 777, ap. D. Bouquet, I. V, \). 343. i Eginh. Annal., ann. 777.

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