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CHAPITRE I

les prélats défenseurs des lois divines, l'évèque de Vienne Desiderius (saint Didier) assassiné parles sicaires de la vieille reine, saint Colomban arraché à sa retraite de Luxeuil et traîné en exil, tous ces scandales, tous ces crimes, rendaient de ce côté la rupture éclatante et irrévocable.

Cependant le parti aristocratique, tout-puissant en Austrasie, étendait ses ramifications au dehors, et grandissait chaque jour en importance , fortifié des sympathies et de la confiance que sa rivale faisait perdre à la royauté. La guerre, depuis longtemps inévitable entre les deux rois de la France orientale représentant deux courants d'idées si opposés, finit par s'allumer, au printemps de 612. Elle eut des résultats prompts et terribles. La seconde bataille de Tolbiac, funeste, comme la première, aux hommes des bords du Rhin, livra de nouveau l'héritage de Sigebert aux vengeances de sa veuve. Théodebert et son fils unique, tombés aux mains de l'ennemi, furent massacrés. L'aïeule para de cette couronne , souillée du sang fraternel , le front de Théoderic; puis elle fondit elle-même sur sa conquête, comme un vautour sur sa proie.

Or, parmi les chefs des leudes les plus influents à la cour de Metz, et, par conséquent, les plus menacés par la réaction du césarisme bourguignon, on distinguait Arnulf et Pépin l'Ancien , tous deux encore hommes nouveaux et dont l'union date vraisemblablement de cette époque.

La grande figure de saint Arnulf, d'abord comte puis évêque de la cité de Metz , domine , dans sa majesté sereine , une époque de crises et de bouleversements inouïs. Ce trisaïeul paternel du roi Pépin, qui fut le premier et qui resta le modèle des hommes d'Etat de sa race, devait inaugurer une politique de principes sans précédent dans l'histoire des Franks. C'est sous l'influence de ses maximes et de ses actes, inspirant, à des degrés divers, la conduite des plus illustres héritiers de son sang et de son autorité , depuis Pépin d'Héristal jusqu'à Charlemagne, qu'en l'espace d'un siècle et

demi la notion du pouvoir allait se transformer chez les barbares jusqu'à se confondre avec l'idée du sacerdoce chrétien et à rappeler, par les rites et les engagements du sacre royal, le rôle d'évêque extérieur, dévolu aux anciens empereurs cathohques.

Arnulf était issu d'une famille riche et puissante, dont l'origine, enveloppée d'obscurités, a fourni aux historiens matière à de longues controverses. Le haut patronage exercé héréditairement par cette famille sur les leudes du bassin de la Moselle, et le concours qu'Arnulf lui-même donna aux revendications de l'aristocratie guerrière contre la centralisation monarchique, semblent le rattacher d'une manière incontestable à la race conquérante. Néanmoins l'avis contraire a été émis et n'est pas loin d'avoir prévalu en France. Une opinion , qui compte même de zélés partisans parmi les érudits d'Allemagne, si jaloux cependant de faire honneur au germanisme des grandeurs de notre civilisation carolingienne, attribue à saint Arnulf et, par conséquent, à son descendant Charlemagne, des aïeux gallo-romains'. Autol'isée sans doute, à certains égards, par le rôle politique de saint Arnulf, dont les principes furent toujours supérieurs et bien souvent opposés aux traditions d'outre -Rhin, cette théorie invoque particulièrement en sa faveur le témoignage d'un document quasi-officiel du règne de Charles le Chauve. C'est une généalogie de la dynastie impériale, qui présente ainsi le tableau de la filiation de ses auteurs. Elle place à la tête un patricien du v" siècle, appartenant à une maison sénatoriale du midi de la Gaule , celle de Ferreoli , dont les lettres de Sidoine Apollinaire attestent l'illustration. Dans le système moderne qui a pris cette généalogie pour base, en la complétant à l'aide d'inductions plus ou moins ingénieuses, ce personnage, appelé Tonantius Ferreolus, aurait eu un

' Léo , Karl der Grosze , seiner Abstammung nach tin Romane. Voy. l'arbre généalogique dressé à cet effet par Léo, ap. Warnkœnig et Gérard, Hist. des Carolingiens , l. I , p. 113.

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