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CHAPITRE I

en trois royaumes distincts. Des dénominations géographiques nouvelles , substituées aux anciens vocables des tribus conquérantes, commencèrent même alors à désigner leur division territoriale et leur antagonisme politique. A gauche de la Meuse, la Neustrie comprenait les cantons sahens, ôij le fonds gallo-romain, plus considérable, tendait à absorber complètement l'élément étranger ; à droite du fleuve et jusqu'au Rhin, TAustrasie, confédération des Ripuaires, trèspeu mêlée de population latine, retrempait son esprit guerrier et aventureux dans le perpétuel contact des peuplades germaniques. Les querelles dynastiques des derniers temps n'avaient été que l'occasion du conflit allumé entre les deux États : c'était , au fond , l'explosion de la haine de deux races, de deux sociétés incapables de se comprendre et de se tolérer.

L'ancien pays des Rurgondes , devenu, sous le gouvernement des fils de Clovis, le royaume frank do Rourgogne [Burgundia) , se trouvait aussi entraîné dans la lutte, mais par accident et sans y apporter aucun intérêt propre qui en modifiât le caractère. Pendant que la Neustrie combattait pour l'établissement d'une monarchie administrative, servie, suivant le type impérial , par un corps de fonctionnaires amovibles, et que, d'un autre côté, l'Austrasie représentait la prétention de l'aristocratie terrienne à posséder héréditairement toutes les magistratures et à ne reconnaître dans le roi que son chef militaire , la Rourgogne , déchirée par des factions jalouses, s'agitait dans l'anarchie. Ni l'idéal de l'indépendance barbare, ni celui de la régularité romaine n'y inspiraient un parti capable de maîtriser les autres. Elle avait flotté longtemps de l'une à l'autre alliance avec son roi Gonthramn , jusqu'au jour où celui-ci mourant (593) l'avait rattachée à l'Austrasie en la léguant à son neveu Childebert.

Dès lors, et durant près de vingt ans, tandis que la Neustrie seule obéissait au fils de Frédégonde, tout le reste de la Gaule franke demeura au pouvoir des enfants de sa

rivale. Des deux fils de Childebert, l'aîné, Thëodebert, régnait en Austrasie, le second, Théoderic^ en Bourgogne. Mais, heureusement pour Clotaire II, Tinfluence de Brunchilde ne se maintint pas dans les deux royaumes de l'Est. Chassée d'Austrasie par la faction des grands, elle eut le dépit de voir Théodebert subir l'ascendant de cette coalition ennemie, et de ne pouvoir associer que le roi de Bourgogne aux excès et à l'impopularité de ses plans de gouvernement despotique.

Vieillie dans les discordes civiles, la veuve de Sigebert n'était plus, en effet, la femme aux nobles desseins et aux passions généreuses, dont le génie organisateur avait fait, quinze ans auparavant, l'admiration et l'espoir de l'Occident civilisé. Les coups de la fortune avaient aigri son caractère et vicié jusqu'aux meilleures tendances de son esprit. Sa fermeté avait dégénéré en violence, et le goiit de l'ordre avait fait place, dans son âme exaspérée et défiante, à un aveugle besoin de compression. Il était aisé de voir que dans l'abaissement de l'aristocratie, objet constant de ses efforts, ce qu'elle cherchait c'était bien plutôt une satisfaction personnelle d'orgueil et d'ambition, une revanche de ses propres échecs, que l'intérêt de la nation elle-même. Aussi, pour arriver à ce but, ne craignait- elle pas d'écraser sous le poids d'une impitoyable fiscalité ses alliés naturels, les tributaires et les simples hommes fibres, à qui sa chute devait apparaître comme une délivrance.

Mais l'Eglise surtout, son auxiliaire dans les travaux de sa première régence, avait cruellement subi le contre-coup de la décadence morale de Brunehilde. Le jeune roi Théoderic, condamné par la domination jalouse de son aïeule à croupir dans les liens de la polygamie, la persécution déchaînée contre

• Theodericus , plus communément nommé dans nos histoires Thierry. Nous ne voyons aucune raison spéciale d'allérer ici deux syllabes étymologiques qu'on a l'habitude de respecter dans les autres noms franks de la même époque , tels que Théodebert et Chilpcrir..

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