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CHAPITRE XII

comtes dont la circonscripLion administrative était la civitas, qui fut aussi la base de la division diocésaine. Les nouveaux maîtres du sol conservèrent cet état de choses, qui offrait d'ailleurs beaucoup d'analogie avec leurs habitudes germaniques; car, au delà du Rhin, le territoire était également partagé en cantons oiigaus, dont le chef, appelé ^ra/, avait, autant que les différences de civihsalion permettent un tel rapprochement , des attributions semblables à celles du cornes romain. C'est ainsi qu'à l'époque carolingienne on voit les Fatals de la monarchie franke divisés en districts administratifs, dont le premier magistrat, placé au même rang que l'évèque dans la hiérarchie civile, est nommé indifféremment comte ou graf et, sur les frontières, comte de marche ou ^nar/c-r/ra/* (marquis), centralisant les pouvoirs administratifs, militaires et judiciaires, dans toute l'étendue du comté. Le comte était le mandataire général et direct de l'empereur. Charlemagne, en effet, supprima les ducs ou gouverneurs supérieurs de provinces qui avaient eu sur les comtes de leur ressort une juridiction de même ordre que celle des archevêques sur leurs suffragants. Outre son vicaire ou suppléant, le comte avait sous lui des officiers subalternes nommés centeniers et dizainiers, titres correspondant à des divisions territoriales du comté : la centaine et la dizaine. Ils étaient ses heutenants à la guerre, et pendant la paix présidaient les tribunaux inférieurs, percevaient les revenus du fisc et veillaient en toute chose à l'exécution des ordres de l'empereur.

On a peine à comprendre comment , en un temps de conquêtes et d'activité législative comme le règne de Charlemagne, le zèle de ces agents pouvait suffire à toutes les fonctions que nous allons rapidement passer en revue.

Presque chaque année, au commencement du printemps, le comte recevait une circulaire conçue à peu près en ces termes : « Au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, Charles, Auguste sérénissime, couronné de Dieu, grand et

pacifique empereur, et aussi, par la miséricorde divine, roi des Franks et des LangoJ3ards, à N... Sache que nous avons fixé, cette année, notre assemblée générale au pays de..., en un endroit appelé... En conséquence, nous t'ordonnons de t'y rendre, accompagné de tous tes hommes bien armés et équipés, prêt à marcher oii il nous plaira de l'envoyer, et complètement approvisionné pour la guerre, en armes, ustensiles, vivres et vêtements... Nous ordonnons que tu apportes dans tes chariots des outils de toute espèce , tels que coins et doloires, haches, pioches, pelles, etc.. Il faudra avoir des vivres pour une durée de trois mois après l'assemblée, des munitions et des vêtements pour six. Nous te recommandons expressément, pour que tu le fasses observer aux autres, de te rendre en bon ordre au heu désigné , par le chemin le plus court , sans rien prendre aux habitants que l'herbe, le bois et l'eau dont tu auras besoin... Et prends garde d'y mettre aucune négligence, si tu veux conserver nos bonnes grâces ^ »

A la réception du ban royal , le comte devait s'occuper de lever le contingent de sa circonscription. Etait soumis, au moins dans une certaine mesure, au service militaire tout laïque libre et propriétaire. L'étendue de la propriété foncière était la base de fobligation. C'était la terre cultivée qui devait son défenseur à la patrie. Cette base, du reste variable suivant les besoins , fut ordinairement de quatre vianses ^ Le propriétaire ou bénéficier de quatre manses partait de sa personne. Celui qui avait plus, outre son propre service , devait fournir à l'armée autant de soldats de son vasselage, équipés et entretenus à ses frais, qu'il possédait de fois les quatre manses réglementaires. Quant à ceux qui étaient moins riches, ils se réunissaient entre eux jusqu'à concurrence de quatre manses de propriété foncière, et con-

f Encyclica de Placito gencrali habendo. (Pertz, t. 111, p. 143.)

^ Lehucrou, Hist. des inslitutions carolingiennes , liv. Il, ch. vr, p. 432.

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