CHAPITRE XII
et les magnifiques abbayes , et je vous tiendrai toujours pour gens considérables à mes yeux. » Tournant ensuite un visage irrité vers les élèves négligents : « Quant à vous, fils des principaux de la nation, vous, enfants délicats et gracieux, vous avez négligé mes ordres et le soin de votre avancement, pour vous abandonner aux jeux et à la mollesse. Mais, par le Roi des cieux, que d'autres vous admirent; je ne fais, moi, nul cas de votre naissance et de votre beauté. Sachez et retenez bien que , si vous ne vous hâtez de réparer votre négligence passée, vous n'obtiendrez jamais rien de Charles '. »
Au souci que l'empereur avait de l'instruction de la jeunesse laïque, on voit quel progrès dut faire, sous son règne, le recrutement du personnel administratif.
Avant d'expliquer la hiérarchie de ce personnel dans les provinces , il reste à faire connaître les principaux emplois secondaires de la cour.
Le chaynbellan était le premier des officiers palatins après le comte du palais. Il était même, préférablement à celui-ci, membre de l'assemblée nationale ^ Chargé à l'ordinaire de la garde-robe et du mobilier du roi , on l'enlevait souvent à ses pacifiques fonctions pour lui confier d'importantes missions diplomatiques ou mihtaires. Ainsi le chambellan Adelgis avait commandé en chef, en 782, dans la Saxe, à la désastreuse affaire de Sunthal, où son imprudence causa la perte de l'armée. Neuf ans plus tard , un autre titulaire de la même charge s'illustrait, comme lieutenant de Charlemagne, dans la première expédition de Pannonie.
1 Monach. Sangall., de Geslis Caroli Magni, lib. I.
2 Adalhard, de Ordine palatii.
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A un rang peu inférieur, venaient le sénéchal (maître d'hôtel du roi), le bouteiller (échanson et surveillant des caves), le connétable (intendant des écuries et de la vénerie). La considération spéciale qui s'attachait, chez les peuples germaniques, à la domesticité personnelle, explique seule l'attrait de ces fonctions , en apparence si modestes, pour les plus grands personnages et l'inlluencc réelle dont elles les investissaient. Bien que le sénéchal ne fi!it que le premier des cuisiniers (princeps coquorum), on voit le sénéchal Eggihard nommé avant Roland dans la liste des principales victimes du désastre de Roncevaux'. Les chroniques donnent même le titre de duc au sénéchal Audulf , vainqueur des Bretons en 78G. Le bouteiller Evrard, de concert avec deux évoques, remplit en 781 une ambassade importante, au nom du roi Charles et du pape Adrien, auprès de Tassilon de Bavière. Le noble Aquitain Wittiza, qui devint plus tard saint Benoît d'Aniane, avait d'abord été bouteiller de Charlemagne. On rencontre deux connétables à la tête des armées : Geilon , qui partagea avec Adelgis la responsabilité de la défaite de Sunthal et y périt comme lui, et le comte Burkard, que nous verrons, en 807, remporter une victoire navale sur les pirates, dans les eaux de la Corse et de la Sardaigne.
Au-dessous de ces chefs considérables des services domestiques , se rangeait une foule de subalternes de tous degrés, quelques-uns même de condition servile, désignés sous le nom de ministeriales palalini, et qui, dans le récit des guerres de Charlemagne, se trouvent confondus, sans aucune mention individuelle , parmi les obscurs combattants.
Le comte du palais était, on l'a dit, le chef des fonctionnaires du même titre qui commandaient dans les provinces. Lors de l'invasion franke, la Gaule romaine avait déjà des
1 Eginh. Annal., ann. 778.