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CHAPITRE XTV

Charles , bien que souffrant de rhumatismes qui le faisaient boiter, essaya encore de tromper et de dompter ses douleurs en se livrant aux exercices violents de la chasse. Il n'interrompait ces fatigantes distractions que pour s'appliquer avec une ardeur juvénile aux travaux littéraires les plus ardus. C'est à cette époque qu'il corrigea avec des Grecs et des Syriens, et dans les idiomes de la rédaction primitive , le texte complet des Évangiles ', souvent altéré par les copistes des couvents.

Enfin, dans la seconde quinzaine de janvier 814, il fut pris un jour, au sortir du bain, d'une fièvre violente qui l'obligea à garder le lit. Tout le monde comprit que la fin de cette glorieuse carrière était arrivée. Depuis plus d'un an déjà, la prévision de cette catastrophe remplissait d'anxiété l'Europe entière. Dans cette préoccupation générale, on commentait, comme de funestes présages, tous les accidents et jusqu'aux phénomènes extraordinaires de la nature. Eginhard raconte, comme un signe de la mort prochaine de son maître, que, dès la campagne de 810 contre les Danois, un météore lumineux ayant fendu la nue de droite à gauche, par un temps serein, le cheval de l'empereur s'abattit d'épouvante, et Charles fut précipité à terre sans pouvoir se relever qu'avec l'aide de ses gens. Il observe également que, pendant les trois années qui suivirent, il y eut de fréquentes éclipses de soleil et de lune. Mais c'est surtout en 813 que se multiplièrent les sinistres indices du bouleversement qui allait se produire dans le monde. Le palais impérial d'Aix-la-Chapelle fut plusieurs fois ébranlé par des tremblements de terre ; la foudre tomba sur la basilique de Notre-Dame; la façade de cette basilique était décorée d'une inscription commémorative de sa fondation; on vit alors pâlir et s'effacer graduellement les lettres peintes en rouge du nom de Charles. Enfin il n'y eut pas jusqu'à l'incendie du pont de Mayence, une des œuvres les plus gigantesques de Charle-

1 Thegan. de Geslis Ludovici PU, cap. vu.

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magne, que la foule n'interprétât comme un avant-coureur d'un deuil national imminent'.

En effet, des complications graves s'ajoutèrent dès le début à la fièvre. Une pleurésie se déclara, et le septième jour de sa maladie, le 28 janvier, à neuf heures du matin, après avoir reçu la communion, Gharlemagne, âgé de près de soixantedouze ans, rendit son âme à Dieu, qui lui avait confié sur la terre la plus grande mission qu'aucun chef d'Etat ait jamais accomplie.

On l'inhuma, le jour même de sa mort, dans la basilique d'Aix. Son tombeau, rempli d'or et de parfums précieux, reçut le corps embaumé et paré des ornements impériaux. Dans l'enfoncement de la voûte sépulcrale , on l'assit sur un siéere d'or ; le front haut et ceint d'un diadème d'or où était enchâssé un fragment de la vraie croix, l'épée d'or au côté, et tenant en main , appuyé sur ses genoux , un évangéliaire d'or. On couvrit sa face d'un suaire , on laissa sur sa chair le cilice qu'il avait coutume déporter, et, par-dessus ses vêtements, on lui passa sa besace d'or de pèlerin qu'il mettait quand il allait à Rome. Un sceptre d'or et un bouclier d'or, bénits par le pape Léon, furent placés devant lui, et audessus du sépulcre scellé fut dressée une arcade d'or, sur laquelle était son image avec cette inscription :

sous CETTE PIERRE GÎT LE CORPS DE CHARLES

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