CHAPITRE XIV
vastes États, le testament de 80G se trouvait désormais sans application, et il l'avait remplacé par un autre (811), réglant le partage de son trésor et des précieux objets mobiliers accumulés dans son palais. De ces richesses , les deux tiers, divisés en vingt et un lots égaux et placés provisoirement sous scellés , étaient destinés à être répartis entre les dix- neuf métropoles ecclésiastiques comprises dans le territoire de l'empire, et les deux églises de Rome et de Ravenne, dont se composaient les Etats du pape. Sur le reste, réservé pour les besoins journaliers de la maison de l'empereur, un quart devait encore à sa mort être ajouté à la masse destinée aux églises ; le second quart formait tout le patrimoine mobilier à partager entre ses enfants et ses petits-enfants; le troisième était la part des pauvres, et le quatrième celle des serviteurs et servantes du palais'.
Le Champ de mai de l'année 813 fut, comme on l'a déjà dit, une sorte de synode national, où l'empereur s'occupa d'organiser cinq conciles provinciaux pour la réforme de la discipline ecclésiastique -. L'assemblée la plus solennelle de cette année-là fut celle d'automne. Charlemagne, entré dans sa soixante-douzième année, de plus en plus accablé de maladies, appela auprès de lui, dans le courant de l'été, son fils Louis pour le préparer à la lourde tâche qu'il allait bientôt lui laisser. « 11 lui donna longuement toutes les instructions dont il jugea qu'il avait besoin, et lui enseigna comment il fallait s'y prendre pour établir et pour maintenir l'ordre dans un royaume ^ » Ensuite « il convoqua à Aix-la-Chapelle une réunion solennelle d'évêques, d'abbés, de comtes et de vicomtes. Il les exhorta à être fidèles à son fils; puis il demanda à tous les assistants, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, s'ils consentaient à ce qu'il désignât ce fils pour succéder à sa puissance impériale.
1 Eginh. Vila Karoli Magni , cap. xxxiii.
2 Eginh. Annal., ann. 813.
3 Astronom. Vila Ludovici PU, cap. xx.
Ils répondirent d'une voix unanime que tel était Tordre de Dieu. En conséquence, le dimanche suivant, Chaiiemagne, revêtu des ornements impériaux, la couronne en tète et environné d'une pompe éclatante, se rendit à la basilique. Il déposa sa couronne sur le maître- autel, et, après avoir longtemps prié avec son fils, il lui adressa la parole en présence de toute la multitude des pontifes et des grands. 11 l'exhorta à craindre et à aimer Dieu par- dessus tout, à observer scrupuleusement ses lois, à bien gouverner l'Eglise et à la protéger contre les méchants. Il lui recommanda de témoigner une miséricorde inépuisable à ses sœurs et à ses jeunes frères, à ses neveux et à tous ses proches, d'honorer les prêtres comme ses pères, d'aimer ses sujets comme ses enfants, de forcer les superbes et les pervers à marcher dans les voies du salut, enfin d'être le consolateur des religieux et des pauvres. Après avoir prononcé ces paroles et encore bien d'autres, il demanda à son fils s'il était disposé à suivre ses préceptes. Louis répondit qu'il y voulait obéir avec l'aide de Dieu. Alors Charlemagne lui ordonna de prendre la couronne qui se trouvait sur l'autel et de la placer sur sa tête ; ce qu'il fit... Après quoi, ayant ouï la messe, ils retournèrent au palais, le père appuyé sur son fils '. »
Louis, nommé empereur^, c'est-à-dire désigné et recommandé en quelque sorte au saint -siège pour recevoir l'investiture de cette dignité, devait attendre trois ans son couronnement officiel comme chef politique de la chrétienté. La désignation de son père, ratifiée par le suffrage des grands , en lui assurant la souveraineté de la monarchie franke, ne changea même rien à la nature et à l'étendue de ses pouvoirs actuels. Avant la fin de novembre, le vieil empereur le renvoya dans son royaume d'Aquitaine.
1 Tliegan. de Geslis Liidovici Pu, cap. vi.
2 Imperator interrogans omnos a maximo iisque ad minimum, si eis placuissel ut nomcn suum, id est imperaloris . filio suo Lucicwico Iradidisset, illi omnes respouderunt, etc. (Thegan., ibid.)