CHAPITRE II
le siège devant la Ville éternelle. Ainsi aux prises avec l'ambition langobarde et non encore débarrassé des intrigues byzantines, le pape réussit heureusement à combattre l'une par l'autre ces deux forces ennemies. Il favorisa le rétablissement d'un exarque grec à Ravenne, cité plus hostile à ses nouveaux maîtres qu'aux anciens, et cette diversion permit à la confédération du Centre de se constituer. Car, restaurée momentanément dans l'exarchat et la Pentapole, — dont les territoires répondaient à peu près à ce qu'on a appelé depuis la Romagne, le duché d'Urbin et la Marche d'Ancône, — l'autorité impériale avait pour jamais cessé à l'ouest de l'Apennin. A dater de la révolution de 72G, la souveraineté pontificale fut complète et définitive dans le duché de Rome, encore que Grégoire II et son successeur ne se soient considérés, durant quinze ans au moins, que comme les suppléants de l'empereur hérétique, prêts à retourner à son obéissance s'il cessait de persécuter l'Eglise. Les autres petits Etats, également démembrés de l'empire et qui se placèrent dès cette même époque sous la suzeraineté du saint-siége, étaient le duché de Naples, la Vénétie, gouvernée aussi par un duc (le doge des siècles suivants) , et la Sicile, administrée par un patrice.
Si faibles que dussent être au début les liens d'une telle association, le temps ne fit que la fortifier, et tel était déjà, au bout de douze ans, son prestige, qu'il gagnait à la cause fédérale deux vassaux mêmes de la couronne langobarde, les ducs de Spolète et de Bénévent (739). Mais la révélation de cette puissance attractive fut pleine de périls. Liutprand s'étant avancé en armes pour châtier ses sujets rebelles, les milices populaires de la confédération ne furent pas en état de lui tenir tête, et le duc de Spolète, Thrasimund, ne put que courir à Rome chercher l'asile assuré à tout chrétien auprès du tombeau des saints apôtres. Grégoire III gouvernait alors l'ÉgUse et la république romaine. Sommé par Liutprand de lui livrer Thrasimund, il refusa de violer le
droit d'asile. L'incident fournissait au roi une occasion propice de reprendre ses projets de conquête. Il envahit aussitôt l'Etat pontifical, en prit quatre villes et parut bientôt devant les murs de Rome.
Cette fois, les assiégés n'avaient pas d'aide à attendre des Grecs, car Léon l'Isaurien était alors en guerre ouverte avec le saint -siège et ses partisans. Il avait, peu auparavant, équipé une flotte pour aller ravager les provinces italiennes, en i)unition de leur résistance aux édits iconoclastes. Une tempête ayant fait échouer cette expédition, l'empereur s'était vengé d'une autre manière moins éclatante , mais plus fructueuse, en saisissant, en Sicile et en Calabre, les patrimoines de l'Eglise.
Dans une telle extrémité, Grégoire, qui, selon l'expression de Baronius, « semait dans les larmes ce que ses successeurs allaient bientôt moissonner dans l'allégresse, » prit un parti solennel. Acceptant avec toutes ses conséquences le nouvel ordre de choses établi par la révolution de 726 , il invoqua en faveur de la république romaine. Etat libre, l'appui de la plus chrétienne des nations européennes, celle des Franks. Certes une telle conduite, qui allait changer les destinées politiques d'une moitié de l'Italie, n'a pas besoin d'être justifiée au point de vue du droit public. Pourvoir au salut de la patrie est le premier office de la souveraineté, et, surtout à l'heure du péril, ce qui fait le pouvoir légitime, c'est la confiance du peuple et l'intérêt de l'Etat. Or jamais chef d'un gouvernement ne remplit mieux toutes ces conditions de sa charge que Grégoire III, négociant avec Charles- Martel une alliance dont la base était la reconnaissance et la sauvegarde de la liberté fédérale des cités soustraites au joug byzantin. Que le pape ait offert ou non au héros austrasien le titre de consul, les interprétations diverses sur ce point d'un texte obscur ne méritent pas l'importance que quelquesuns y ont attachée : tant le vrai caractère de l'alliance projetée alors est aisé à déduire du traité qui la réahsa, douze