‹ CharlemagneChapitre 46 sur 236 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

schismatiques l'occasion de faire une nouvelle injure à la papauté, en abolissant la représentation sensible des objets du culte, que l'Eglise latine employait avec tant de succès pour fixer dans les esprits la tradition de la foi. Ainsi s'expliquent le rapide développement de la secte des briseurs d'images et ses tentatives violentes pour s'imposer à la capitale de la catholicité.

Toute l'Italie impériale, blessée non -seulement dans son orthodoxie, mais jusque dans ses goûts artistiques, se débarrasse de ses officiers byzantins et se ligue avec Rome pour secouer à jamais le joug du despotisme oriental. L'exarque est égorgé à Ravenne. Les villes de la Pentapole et de la Vénétie, puis Naples elle-même, proclament leur indépendance et élisent des ducs nationaux (726). Non contentes de se tenir sur la défensive, les mihces de ces petites répubhques confédérées annoncent l'intention de nommer un empereur catholique et d'aller détrôner le persécuteur Léon. Les Langobards, convertis depuis trente ans, excitaient, non sans arrière-pensée, cette insurrection. Leur roi, Liutprand, se flattait d'accroître ses Etats des dépouilles de l'empire. Mais le pape Grégoire II, esprit perspicace autant que caractère loyal, sut conjurer le péril du dedans sans aggraver celui du dehors. Il détourna ses partisans de faire un autre empereur, les engageant à attendre la conversion de Léon et à demeurer dans la fidélité civile qu'ils devaient aux souverains, même hérétiques, de Byzance. Le maintien de cette souveraineté, purement nominale d'ailleurs au point oij. les choses étaient arrivées, paraissait au pape commandé par une tradition que les siècles avaient consacrée, et aussi par l'intérêt des provinces italiennes, que leur isolement eût exposées aux convoitises de leur puissant voisin du Nord. Toutefois, si la crainte des Langobards l'inclinait à un rapprochement avec les Grecs, il n'entendait certes pas transiger avec l'hérésie.

Léon, en effet, effrayé des conséquences imprévues de la

perséculiuii , lui ayanl proposé de remettre à un concile la décision de la querelle : « C'est toi , lui répond sévèrement le pontife, qui es l'auteur du mal; tu n'as qu'à t'arrêter, et le monde sera tranquille; reste en repos, et il n'y aura pas besoin de synode. Ecris seulement dans tous les pays que lu as péché contre le patriarche de Conslantinople et contre le pape Grégoire, et nous te rendrons la paix; nous effacerons ta faute, nous qui avons reçu de Dieu la puissance de lier dans le ciel et sur la terre. » Dût cette ferme attitude servir de prétexte à la défection de l'Orient, le pontife, après tout, savait que l'Eglise n'aurait pas grand'peine à compenser cette perte. Il connaissait bien les ressources de l'Occident, lui, le grand organisateur de l'apostolat parmi les peuples germaniques, et c'est ce qu'il donnait à entendre à son adversaire : « Tu crois nous épouvanter en disant : J'enverrai à Rome briser l'image de saint Pierre, et j'en ferai enlever le pape Grégoire, chargé de fers, comme autrefois Constance fit enlever Martin. Sache que les papes sont les médiateurs et les arbitres de la paix entre l'Orient et l'Occident'. »

Appel superflu à la paix. Ni l'empereur ni les Italiens n'y voulaient entendre. Les cités détachées de Byzance demandaient au pape, non pas de les ramener à leur ancienne sujétion, mais, au contraire, de consacrer leur affranchissement en devenant lui-même le chef de leurs ducs électifs. Les événements qui se pressaient ne permirent pas longtemps à Grégoire de décliner ce périlleux honneur. Déjà, à la faveur de ses premières hésitations, Liutprand commençait à réaliser son plan de royauté unitaire. Il avait envahi Ravenne et l'exarchat. Après avoir supprimé la domination grecque clans la Péninsule, il prétendait la remplacer. Une fois maître du littoral, il pénétra dans le duché de Rome et vint mettre

1 Giegor. Il Episl. XII; ap. Migne, Palrolog. lai. cursus complet., t. LXXXIX, col. 511-521.

Page 1