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CHAPITRE I

LES AÏEUX DE CHARLEMAGNE — LEUR ROLE POLITIQUE SOUS LES ROIS MÉROVINGIENS

'après une tradition fabuleuse rapportée dans la chronique de Frédégaire, la Thuringienne Basine, inspirée de l'esprit prophétique la nuit qui suivit ses noces avec Childéric, père de Clovis, parla ainsi à son nouvel époux : « Lève -toi secrète-

Fig. 9.- B.bl. nationale, Lat. 9428, f° 76. ( IX» siècle.) mOUt , Ct CO qUO tU aUraS VU

dans la cour du palais, reviens l'annoncer à ta servante. .> Et Childéric, étant sorti, vit passer comme des formes d'animaux : un lion, une licorne et un léopard. Il en rendit

compte à Basine, qui lui dit: « Mon seigneur, sors encore, et rapporte à ta servante ce que tu auras vu. » D'autres formes passèrent : elles ressemblaient à un ours et à un loup. Basine le fit sortir une troisième fois. Alors lui apparurent un chien , puis d'autres bètes de moindre grandeur, qui se poursuivaient et se harcelaient entre elles.

« La vision qui a frappé tes regards, dit Basine, est l'image fidèle de la réahté, et en voici la signification : Il naîtra de nous un fils plein de courage , dont le lion est l'emblème; le léopard et la licorne désignent ses fils, qui engendreront des enfants semblables à l'ours et au loup en force et en voracité; mais leurs descendants ne seront dans le royaume que comme des chiens, incapables d'arrêter les luttes des animaux inférieurs, dont la multitude, confusément agitée , figure les peuples affranchis de la crainte des princes ' . »

Quels que soient la source et le sens primitif de cette légende, elle offre une peinture exacte des phases de la décadence mérovingienne. Déjà, après moins d'un siècle et demi, la prédiction de Basine s'était en grande partie vérifiée, et la troisième génération de ses fils, dans les sanglantes querelles dont Brunehilde^ et Frédégonde personnifient les fureurs et les perfidies, n'avaient que trop bien réalisé le type des carnassiers rapaces, quand la révolution aristocratique de 613 vint accélérer l'irrémédiable abaissement de la dynastie de Clovis, en inaugurant l'influence rivale de la famille carolingienne, dans lacjuelle, pour employer les figures de la légende, aUait se manifester désormais la moelle du lion.

1 Ap. D. Bouquet, Recueil des hist. des Gaules et de France , t. II. p. 397.

2 Les historiens modernes emploient plus volontiers la forme romane donnée à ce nom environ cinq siècles plus tard, Brunehaul. Nous croyons devoir lui conserver sa désinence franke, commune à tant d'autres noms de femmes de la même époque que l'on trouvera cités dans cette histoire, tels que Blithilde, Sichilde, etc.

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