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CHAPITRE I

Saint Arnulf de Metz et Pépin l'Ancien, Tun aïeul paternel, l'autre aïeul maternel de Pépin d'Héristal, furent les chefs, les modérateurs, les vrais hommes d'État de cette révolution. Devenus par elle les arbitres des destinées de la monarchie franke , la clairvoyance de leur ambition , si ce n'est la sincérité de leur caractère, leur inspira une conduite pleine d'habileté et de grandeur. Associés à l'exercice du souverain pouvoir comme représentants de l'aristocratie miUtaire, qui avait enfin réussi à mettre la royauté en tutelle, ils surent, avec autant de tact que d'énergie, s'élever au-dessus des passions exclusives de leurs compagnons de fortune, et faire du triomphe d'un intérêt de parti le point de départ d'une politique largement conciliatrice et toute nationale.

Mais, avant d'étudier les ressorts et les tendances de cette politique nouvelle, il est nécessaire de jeter un coup d'œil sur l'ordre de choses qui avait précédé, et de marquer les transformations sociales accomplies parmi les races que les invasions avaient mêlées depuis le Rhin jusqu'à la Loire et à l'Océan.

La rivalité d'influence que l'on voit s'engager, au début du Yif siècle , entre la dynastie mérovingienne et la plus puissante des familles sujettes, n'était que la suite et, en quelque sorte, l'incarnation d'un antagonisme de principes déjà anciens dans la société gallo- franke. Sous des apparences diverses, c'est toujours la lutte entre les germes de la civilisation chrétienne et les restes du paganisme, qui se poursuit depuis l'invasion jusqu'au sacre de Pépin le Bref. D'un côté, la tradition du césarisme impérial et de nombreux vestiges de barbarie germanique se perpétuant dans le gouvernement et dans les mœurs ; de l'autre, la morale de l'Evangile tendant à passer du sanctuaire dans les lois et dans les institutions publiques, afin de réagir de là avec plus d'autorité sur les consciences : tels étaient au fond les deux vrais intérêts en présence. Un long enchaînement d'erreurs et de crimes avait amené la royauté à personnifier le premier : les Carolingiens

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devaient se trouver, par situation non moins que par penchant, appelés à favoriser le second. Les descendants de Clovis, môme les meilleurs, avaient tous échoué dans leurs essais d'organisation sociale, pour n'avoir songé qu'à restaurer les formes antiques de la civilisation , sans souci de la différence des temps et des milieux, bien plus attachés à reproduire le type consacré d'un gouvernement régulier qu'à en rechercher l'essence. Tout au contraire, Arnulf et Pépin associent un grand sens pratique à une sorte d'intuition de l'avenir. Ils ont choisi, comme terrain d'action, le seul où puisse s'opérer l'union des éléments germanique et roman de la nation gallo-franke, celui du catholicisme. Ils emploient leur énergie en môme temps que la puissance publique à soutenir, à étendre l'ascendant de l'EgUse sur les peuples barbares. C'est ainsi qu'ils fondent leur propre puissance et ouvrent des voies fécondes à celle de leur postérité.

Telle était, en effet, la mission de ce nouvel Etat, déjà appelé, dans de moindres limites, de son nom moderne, la France (Francia). Méconnue par ses chefs de sang royal, mais comprise et activement servie par la famille arnulfinge^, cette mission, tout indiquée d'ailleurs par la nécessité même des circonstances, était de succéder au plus beau rôle de l'empire détruit, comme organisateur et centre politique des jeunes sociétés européennes, en attendant la formation des nationalités.

Maîtres de la plus importante de ses provinces au point de vue stratégique, de celle oi^i s'était concentré, sous les derniers Césars , le sentiment le plus intense et l'effort suprême do la résistance aux invasions, les Franks, dans l'intérêt même de leur conquête, en avaient assuré la défense, devenant du

1 C'est-à-dire, des descendants d'Arnulf (comme on appelait agilulfinge la première dynastie bavaroise, fondée par Agilulf). Nous nous sommes permis de créer ce mot plutôt que de commettre l'étrange anachronisme d'appeler Carolingiens [fils de Charles) les ancêtres du premier Charles de celte famille, qui fui Charles -Martel.

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