‹ Charlemagne et sa cour: (742-814)Chapitre 17 sur 89 · Bginhard , Vita Caroli imperatnrif '^han. xxjliii · texte numérisé non relu

Bginhard , Vita Caroli imperatnrif '^han. xxjliii

de la terre et l'image des diverses planètes'. Louis le Débonnaire conserva cette précieuse relique ; mais Lothaire la lit rompre eu morceaux , à l'approche de ses frères, pour en distribuer le métal à ses partisans. Deux autres tables en argent , toutes deux d'un grand prix, représentant la ville de Constautinople et la ville de Rome, furent attribuées par le testament de Charlemagne à la basilique de Saint-Pierre et à l'église cathédrale de Ravenne*. Ces renseignements nous font assez connaître que Charlemagne, malgré la noble simplicité de ses habitudes , avait pris soin d'introduire à la cour d'Occident quelques élégances , quelques raffinements de la vie orientale.

On va le voir maintenant employant toutes les ressources de sa puissance à décorer de splendides monuments sa ville d'Aix-la-Chapelle.

Il se proposait d'élever en ces lieux une basilique plus vaste et plus magnifique que tous « les ouvrages des anciens Romains. » C'est ainsi que s'exprime le moine de Saint-Gall, confondant, comme il nous semble, les Romains et les Grecs. L'entreprise était ambitieuse. Pour la conduire aux meilleures fins , Charles appela de l'une à l'autre frontière de ses domaines des maîtres et des ouvriers

1. Vita Caroliimperatoris ^ chap. xxxiii. — ^Inna/M de saint Bertin, dans les Histor, de France , tome VU, page 61 . ?. £ginhapd, Vita Caroli imperatoris, cliap. ximii

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en toul genre, et mit à leur tête un abbé qui passait pour habile architecte.

Mais c'était aussi, comme on va l'appiendre, un habile fripon. Les travaux de grosse niaçoiinerie étaient alors exécutés à la manière antique. Les (roEiites ou leurs vicaires enlevaient au sol natal les ouvriers des champs , et les transportaient par brigades aux lieux désignés par le roi. Ainsi, le tiésoc royal n'avait pas à payer le travail dt ers pauvres gens ; ils étaient serfs, et devaient par conséquent employer leurs bras à loule besogne qui leur était commandée. Toute la charge de ces travaux était donc, en réalité, supportée par les propriétaires du sol, obligés de négliger la culture de leurs domaines lorsqu'ils envoyaient leurs serfs travailler au service du roi. Or, voici le niaaclié que disait avec eux l'abbé chargé de construbo la basilique d'Aix-la-Chapelle: en l'absence de l'empereur, il les affranchissait de la corvée , à piix d'argent, et leur restituait leurs hommes, accablant ensuite d'un surcroît de labeur les malheureux qui n'avaient pu faire payer leur rançon. ■ 11 avait amassé par cette fraude, suivant le moine de Saint- Gall, une incalculable quantité d'or, d'argent, de vêtements de soie . les objets de peu di: valeur étaient suspendus dans sa chambre ; il avait caché les plus précieux dans des coQres et des écrins, • Mais ce crime fui puni par le ciel. T' incendie

s'étant déclaré dans sa maison, notre abbé courut à travers les flammes au dépôt de ses richesses, el fut écrasé par une poutre, tandis qu'il chargeait sur ses épaules une partie de ses trésors*.

Les chroniqueurs ajoutent d'autres légendes au récit de cette fondation ; mais toutes n'ont pas un égal intérêt, et il nous importe moins de les reproduire que de représenter Charlemagne considérant comme une des grandes affaires de son règne la construction et la décoration de la célèbre basilique. Sur tous les autels, sur tous les nuirs intérieurs, brillaient l'or et l'argent : ici de somptueux candélabres; là des portes d'airain massif; plus loin , des colonnes de marbre et des pavés de mosaïque , opulentes dépouilles du palais des rois lombards , envoyées de Ravennc par le pa|)(»

Adrien ; partout un luxe encore mconnu de vases d'or, et une si grande quantité de vêtements sacerdotaux, « que les portiers eux-mêmes (curieuse remarque d'Éginhard), les portiers, qui sont les derniers dans l'ordre ecclésiastique, n'avaient pas ^besoin de se vêtir de leurs habits particuliers pour exercer leur ministère*. »» Tous les artistes de l'une et de l'autre France, tous les illustres étrangers avaient été chargés de composer quelque pièce de

i. De» faits et gestes de Charles le Grand, par le moine de Saint-GaU^liyrel. ;,- ; Jl, ¥Ma CfOToli imperatoris , chap. xwi.

ce vaste ensemble. Charlemagnc prétendait surpas ser dans cet ouvrage tout ce qu'avait encore prc duit l'art byzantin. Tels sont les détails qu'on nou a transmis sur cette fondation. Ils sont incoiK plets , et nous le déplorons. Ce serait assurémer un des chapitres les plus curieux pour l'histoire d notre architecture, qu'une description de la basi lique d'Aix-la-Chapelle, faite au viii* siècle par u; observateur compétent.

La fondation du palais d'Aix-la-Chapelle fut en eore un des grands travaux de Charlemagne. Il e: fil bâtir deux autres également célèbres au moye âge, le palais d'Ingelheim et celui de Nimègue sur le Vahal. S'il faut en croire le poète saxon les marbres transportés de Rome et de Ravenn^ auraient aussi retrouvé leur place dans les con iitructions d'Ingelheim. On parle encore du por qu'il fit élever sur le Rhin, près de Mayence, 6 (Cependant il ne dura guère. C'était un pont d bois de cinq cents pas de longueur", dont les ar (?hes avaient pour assises, au milieu du fleuve, d vastes amas de pierres, que le poète saxon appell avec emphase de grandes collines, colles ingénies

\. Poetae Saxonici Annales , dans le Recueil de dom Bouquet tome V, page 180;

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