‹ Charlemagne et sa cour: (742-814)Chapitre 16 sur 89 · Le moine de Saint-Gall, Dis faits et des gestes, livre I · texte numérisé non relu

Le moine de Saint-Gall, Dis faits et des gestes, livre I

30ur corriger ce désordre*; mais il n'y avait guère •éussi. En Tannée 787, pendant les fêtes de Pâques, jne vive dispute s'éleva devant le roi parmi les îhantres romains et les chantres gaulois de sa cliax41e. Les Gaulois vantaient l'excellence de leur néthode : les Romains s'emportaient contre eux , léclarant qu'ils avaient altéré toutes les anciennes [)ratiques, tandis qu'on suivait fidèleu)ent à Rome es règles dictées par saint Grégoire. Comme leur juerelle ne finissait pas, le roi dit à ses chantres : « Où faut-il, à votre jugement, aller chercher l'eau la plus pure, à la source ou dans les ruisseaux?

— A la source! dirent -ils d'une seule voix.

— Retournez donc, répUqua Charlemagne, à la source de saint Grégoire, car il est manifeste que, es uns ou les autres, vous avez corrompu le chant îcclésiastique. » Et il envoya demander au pape les clercs disciplinés à la bonne école et capables le former des élèves. Ainsi fat opérée , suivant le noine d'Angoulême, la grande réforme du plain- *hant dans toutes les Églises tle l'empire. Mais tel l'est pas le récit du moine de Saint-Gall. Celui-ci 'aconle que les clercs envoyés par le pape étaient, 'omme tous les Latins, envieux de la gloire des i'^rancs, et qu'au lieu de venir loyalement remplir a mission qu'on leur avait confiée, ils se concer-

!. Fleury , Hist. eccWaiastique ^ livre XLUF, chap.xiv.

torcnl, à peine sorlis de Rome, pour augmenter ta confusion qu'ils (levaient faire disparattre. Distribués par Charleniagne dans ses villes principales, ils enseignèrenl les uns et les autres les pratiques les plus diverses, jurant tous que c'était le vrai chant grégorien. Et cette fraude ne fut pas sur-le-champ «•onnue : alors on ne voyageait guère , si ce n'est ((uand on servait sous les enseignes du roi; les évoques résidaient dans leurs évêchés , et les abbés ne (|uittcûent guère leurs abbayes. C'est Charlemagne qui le premier, suivant le moine de Saint -Gall, <lo'.*ouvrit la coupable manœuvre des clercs latins. Los ayant entendus à Metz et à Trêves, à la fête de Pîlques, il fut swpris, l'année suivante, de voir cx^lébrer la même fôle , à Paris ou à Tflltirs, sur un mode tout à fait différent. Ayant donc averti le pape, il reçut de lui cette réponse : « Si je vous envoie d'autrç^ ^tlcrcs, ils feront comme les premiers, aveuglés par la môme ërme. Envoyez-moi plutôt deux hommes de race gauloise, capables, honnêtes et discrets, et, s'ils se comportent ici de manière à ne pas faire soupçonner qu'ils vous apparliennent, on les rendra bientôt d'une habileté consommée dans tous les secrets du plain-chant. » C'est le conseil que suivit Charlemagne. Revenus (le Rome, les deux clercs gaulois furent placés l'un i\ Metz pour l'Austrasie , l'autre à Soissons pour la Neustiie : tous Içs anciens antiphoniei's leur furent

soumis, et ils les comgèrent. Ainsi l'on apprit en France la note romaine. Cependant il parait qu'après avoir reçu les principes on fut longtemps encore sans en faire bon usage , la voix rude des Francs ne se prêtant guère aux cadences de la modulation latine K

Les historiens nous parlent d'une bibliothèque formée par Cliarlemagne. H avait rassemblé dans son palais, sur le rapport' d'Égiuhard , une grande quantité de livres'. Ce sont des termes qu'il faut interpréter dans le sens le moins large. Déjà Pépin avait réuni plusieurs volumes, présents du pape Paul!" : un antiphonier et un responsal, la dialectique d'Aristotc, les livres de saint Denys l'Aréol>agite /et^autres ouvrages que nous ne saurions désigner d'une manière suffisante en reproduisant les titres vagues que leur impose la lettre du souverain pontife. Gharlemagne aug^ieata ce premier fonds : mais telle était alors la rareté des livres, qu'il ne put certainement, malgré tout son zèle, former une vaste bibliothèque. Pourquoi ne nous a-t-on |)as conservé l'inventaire de ce trésor ? Combien de recherches nous épargnei^ait la possession d'un si

1. Voy. Lebeuf, Dissertât. surVétat des sciences du temps de Charl.f Paris, 1737; et M. F. Monnier, Àlcuin et son influence , p. 159 et suIy.

2. « Similiter et de libris, quorum magnam in bibliotheca sua copiam congregavit. > Vita Caroli imperatoris , chap. xxxiii.

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précieux document* Charleroagne ordonne, doDs son testament, que ses livres soient vendus, et que le prix en soit distribué aux pauvres. Cest une libéralité bien mal entendue.

Le très-glorieux empereur était donc lui-même, pour son temps, très-lettré. Tous ces faits le teamgnent. D*Hutres faits vont nous apprendre qu'il n'avait pas moins de goût pour les arts. Il ihul bien reconnaître , au risque d'offenser Tombragcuse humeur de quelques antiquaires, que les arts n'étaient pas, en ce temp&-là, pratiqués par des mains très-habiles; il est pareillement incontestable que les produits de ces arts novices , pour ne pas dire barbares, étaient peu variés. Charles avait fait orner ses palais, et surtout le palais d'Aixla-Chapelle , de meubles ciselés ou sculptés ; on y voyait aussi des ustensiles domestiques en or et en argent, rehaussés de pierres alors précieuses, devenues , pour la plupart , d'un vil prix. Divisés par son testament en vingt et une parts, ces objets furent, à sa mort, envoyés aux vingt et une métropoles de l'empire ^ La plus riche décoration de sa royale demeure paraît avoir été une table d'or formée de trois cercles et présentant l'assemblage de trois boucliers réunis, sur laquelle étaient figurés en relief, en des espaces distincts, les contours

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