‹ Charlemagne et sa cour: (742-814)Chapitre 19 sur 89 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

historique ; c'est encore , un code digne d'être mis en parallèle avec ceux des empereurs romains. Il faut assurément tenir compte de la différence des temps. Nous n'hésitons pas' à reconnaître que le code ^ de Justinien est une œuvre mieux entendue dans toutes ses parties : mais on remarquera que Justinien ne fit ^uère que rassembler en un seul corps des lois déjà promulguées, ou consacrer des changemepts introduits dans la pratique de la vie civile chez un peuple vieilli , chez un peuple éclairé de longue main par les leçons des philosophes et des révolutions. Le code de Gharlemagnc , dicté pour des nations encore barbares, est, au contraire , plein de nouveautés. L'empereur ne vient pas ici tardivement sanctionner les subtiles distinctions des jurisconsultes; il n'est inspiré que par sa justice , il n'est conseillé que par sa prudence : on toute chose, il précède les jurisconsultes ; il devance même les mœurs et l'opinion , loin di* subir aucune contrainte. Tel est le caractère des institutions de Charlemagne; et, pour les apprécier convenablement, pourrendre un équitable houjmage à la droite raison de celui qui les a faites, il faut toujours le considérer au centre de son empire, constituant , en quelque sorte , l'existence civile des peuples en nombre infini que la conquête avait rendus ses sujets ou ses tributaires. «< On voit dans les lois de ce prince, suivant la iudicieuse observation

de Montesquieu, un esprit de prévoyance qui comprend tout, et une certaine force qui entraîne tout. " Oui, Ton y voit cela clairement; et celle prévoyance générale, cette force entraînante, sont les marques d'une puissante initiative. Mais , d'autre part, comparant Charlemagne à ses sujets, Fabbé Mably le félicite d'avoir su composer avec leur riidesse, et de n'avoir jamais été - sage qu'autant qu'il le fallait pour être utile. « C'est, en effet, en cela qu'il fit preuve de la plus grande sagesse. On signale des contradictions ou, du moins, de notables différences entre quelques-unes de ses lois : il eût été bien téméraire et bien malhabile, s'il eût prétendu soumettre à la même discipline tant di* peuples d'origine et de mœurs diverses. On enseigne aujourd'hui que l'art de bien gouverner consiste à tenir une voie moyenne entre la conservation et le progrès. Charlemagne avait appris cet art sans études, en ne consultant que sa droite raison. Il est le type parfait du réformateur modéré et du conservateur éclairé. «» Homme double d'esprit , Romain et Germain à la fois , « comme le représente avec tant de vérité M. Augustin Thierry* , il m» fut jamais ni trop germain ni trop romain. Et cependant il réussit, en définitive, à latiniser, c'esl-àdire à civiliser la Germanie. On a fait observer avec

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