‹ Charlemagne et sa cour: (742-814)Chapitre 22 sur 89 · I. Éloge historique de Mahly par l'abbé Brizard · texte numérisé non relu

I. Éloge historique de Mahly par l'abbé Brizard

glanles hécalombes qui révoltent noire conscience n'ont pas causé la plus légère émotion aux anciens annalistes ; ils ont presque tous reproduit le même dénombrement des victimes offertes à la sécurité de l'empire et de la religion , et cela ne les a pas du tout empochés d'appeler Charlemagne le lrès-pieu\, très-magnanime, très-clément empereur. Quant aux romanciers, interprètes plus naïfs encore du sentiment populaire , ils ne marchandent pas à la piété de Charlemagne le nombre de ses victimes. Loin de là, aussitôt que le terrible chef des Francs rencontre un des paladins ennemis , il lui crie : n Fais toi chrétienner, ou je t'arrache Fàme. • On compte, dans la chronique du faux Turpin, plusieurs armées de trois cent, quatre cent mille Sarrasins , que Charlemagne ou ses preux massacrent sans pitié , quand leurs chefs ne montrent pas assez d'empressement à demander le baptême.

Laissons un instant les griefs de notre tolérance religieuse et de notre mansuétude internationale , pour ne voir dans Charlemagne que le triomphateur des Huns, des Saxons, des Baïvares, desSorabes, des Moraves, des Esclavons , des Lombards, des Sarrasins, des Corses, etc., etc., promenant de l'une à l'autre frontière de l'Europe des armées cent fois victorieuses , et semant en tous lieux les germes altérés , mais encore vivaces , de Tantique civilisation, transmis aux Francs occidenlaux par

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les peuplades gallo-romaines. Il n'y a pas beaucoup de noms dans l'histoire que la fortune des batailles ait favorisés autant que le sien; il n'y a pas un autre de ces heureux conquérants, si ce n'est Alexandre , qui ait des titres égaux à la reconnaissance et à l'admiration des peuples. Encore peut-on douter qu'Alexandre ait connu sa mission , lui qui avait combattu l'hellénisme dans la Grèce avant de le transporter en Asie, tandis que Charlemagne , constamment pénétré de la grandeur de son rôle, s'est montré dans tous les temps, dans tous les lieux, le vengeur de la civilisation latine, l'apôtre guerrier de la religion chrétienne , identifiant l'une et l'autre avec un instinct profond de l'avenir.

Voilà l'histoire sommaire de sa vie. Nous n'avons pas, il est vrai, raconté ses miracles; mais puisque personne n'y croyait déjà plus au xv' siècle (comme nous l'assure Robcit Gaguin, général des Mathurins et bibliothécaire de Charles VIII, homme de grand savoir et de grande foi, dont l'autorité ne peut être suspecte à l'Église * }, ne nous sera-t-il pas permis de partager cette incrédulité déjà traditionnelle? Bollandus a recueilli avec le plus grand soin toutes les fables qui se rapportent à l'hagiographie de Charlemagne. C'était son affaire; la nôtre est de distinguer l'invention de la vérité dans les sagas

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