LA COUR, I.RS PALAIS. LE DOMAINE DE CHARLEMAGIIE
La cour.
La cour de Charlemagne : ce terme n'est-îl pas impropre? Quand il s'agit des temps dont nous écrivons l'histoire , il ne faut pas qu'on s'imagine sous le nom de cour une de ces grandes assemblées de gentilshommes damerets, de femmes précieuses, de femmes galantes et de poètes musqués, que la France vit se former au xvi* siècle, et briller auxvu* d'un si prodigieux éclat. Voilà la cour de François !•' et de Louis XIV. Celle de Charlemagne n'y ressemble guère. Cependant nous ne savons pas appeler d'un autre nom la suite nombreuse que menait après lui dans ses voyages, dans ses courses militaires, et, plus nombreuse encore, dans ses résidences hibernales , le glorieux triomphateur des Huns et des Saxons. « Que viennent, s'écrie l'évèque Théodulfe, les grands du royaume; qu'ils
CHARLEMAGNE ET SA COUR. ni
arrivent de toutes parts, le visage souriant, pour se ranger autour de leur maître, et que chacun d'eux s'empresse de remplir son oriice auprès de lui M* La formule de celte convocation nous paraît exprimer, môme avec énergie, que les premiers d'entre les hommes libres apprenaient déjà , sous Cfaarlemagne , à devenir courtisans.
I es rois fainéants étaient volontiers sédentaires. Laissant aux maires du palais tout le soin du gouvernement, ils vivaient, comme on l'a dit, en vrais païens, ne songeant qu'à faire uîi agi-éable emploi de leurs jours comptés par la trahison. Connue ils ne pouvaient ignorer que le fer ou le poison devait bientôt venir les surprendre dans leur Ht, ils s'arrachaient par l'enivrement des sens à cette imag(» d'une mort violente et prématurée. Leur cour offrait une grande ressemblance avec celle des califes orientaux. Quand Pépin eut saisi la cauronne, ce furent d*autres mœurs. Toujours agité par de nouveaux desseins , ce roi parvenu ne dormît que sur des champs de bataille. Il n'eut pas de cour ; la tradition le représente occupant ses loisirs à terrasser des taureaux et des lions. Doué d'un esprit plus vaste , sachant conduire sans trouble et sans passion , avec la sérénité du génie , les plus grandes entreprises, Charlemagne ne se laissa jamais en-