Vita Caroli imperaloris , cap. xviii
2. Histoire de Charlemagne^ tome I, page 92, et tome II, page 3*20.
80 CHARLEHAGNE
rédigés daiîs le même esprit et les Diêmes termes. Mais, après le texte, il faut interroger la glose. La glose dit que, chez les Francs ainsi que chez les Romains, la loi même donnait le nom de concubines à des femmes mariées , mais mariées sans dot <»t sans apjiarat, qui n'avaient reçu de l'époux ni Vanneau ni le denier, comme n'étant pas dignes par' leur naissance ou par leur fortune de celui qui les devait rendre mères. Chez les Romains, ajoute-t-on, les enfants nés de ces mariages étaient considérés comme légitimes, et cependant ils ne pouvaient succéder, tandis que , chez les Francs , il n'y avait aucune difléi'ence enli-e les enfants des concubines et ceux des épouses légitimes; ils partageaient les mêmes droits. Cependant, cette explication étant donnée, les mœui's de Cliarlemagne ne seront certes i)as à l'abri de toute censure , car on ne l'excusera pas, sans doute, d'avoir aussi librement répudié les épouses ou les concubines qui cessaient de lui plaire. Il aimait à être appelé par ses com'tisans David ou Salomon. S'il avouait ses faiblesses, il ne négligeait donc pas de les ennoblir.
If.
Les neuf femmes de Gharlemagne.
Quelles furent les neuf femmes de Gharlemagne?
On discuté sur le nom de la première. Une let- Ire d'Etienne III la désigne comme étant de lace franqueS et quelques historiens la confondent avec Himiltrude, mère de Pépin le Bossu. Mais d'autres ne trouvent pas que cette identité soit une hypothèse convenablement justifiée. Etienne parle, disent-ils, d'une épouse légitime, .et tous les témoignagnes historiques s'accordent à nous signaler Himiltrude conmie une concubine. Nous venons de résoudre avec le P. Lecointe et Gaillard cette apparente difficulté. Évidemment, si Charlemagne avait, jeune encore, pris une femme dans quelque famille considérable de la nation franque, et l'avait épousée en observant toutes les cérémonies requises pour les grandes et solennelles unions, Éginhard n'aurait pas ignoré le nom de cette femme. Or, le texte d'Etienne III est très-formel. Charlemagne demandant en maria^^e la fille de Didier, roi des Lombards , le pape lui écrit : ^ Vous êtes engagé déjà, par la volonté de Dieu et l'ordre de votre père, en un mariage légitime avec une femme de votre nation , que vous devez aimer et qu'il ne vous est .pas pennis de quitter pour en épouser une autre. » Cette première femme nous paraît donc être Himiltrude, de qui Charlemagne eut, en effet, plusieurs enfants avant l'année 769. Il est vrai qu'Etienne
1. Historiens de France, tome V, page6i2, — Fleury, Histoire ecclésiastique à Tannée 7C9.
emploie des termes bien emphatiques, s'il s'agit d'une épouse qui n'est pas avouée, d'une concubine; mais il faut considérer que l'Église devait regarder comme légitime un mariage consacré par elle, et que l'intérêt de cette fenune était celui de Rome. Charlemagne devenant le gendre de Didier, quelle main protégera désormais le domaine de l'Église contre la tyrannique avidité des princes lombards? Ces remontrances ne furent pas écoutées. Si le pape avait d'excellentes raisons à donner contre la répudiation d'Himiltrude , la mère du roi, habile matrone, l'exhortait à négliger les intérêts du pape pour servir ceux de la nation franque, qui devait, disait Berthe, trouver de grands avantages dans l'alliance des Lombards; et Charlemagne avait beaucoup de déférence pour les conseils de sa mère. Elle était fille, suivant les Annales de Saint-Bertin, de Charibert, comte de Laon, et Pépin la prit pour femme en 749. A la mort de Pépin , elle s'attacha quelque temps au plus jeune de ses fils, Carloman*: mais celui-ci ne survécut pas longtemps à son père ; une fin prématurée l'enleva tout à coup , en Tannée 771 , dans le domaine de Samoucy. C'est alors que Berthe, revenue vers Charlemagne, ne le quitta plus. Comme elle avait pris part, du vivant de Pépin, à toutes- les grandes entreprises de son
I Eg,inhard, Annales ,^ ad ann. 770.
règne, elle ne voulut pas rester étrangère, dans la nouvelle cour, à la conduite des affaires où l'on pouvait avoir besoin de son expérience. Charlemaghe n'avait pas, il paraît, un goût fort vif pour la fille de Didier, qu'on appelait, du nom de son père. Désirée, ou Désidéra te. Le pape lui disait que le mariage d'une Lombarde et d'un Franc était la société du fidèle et de l'infidèle, l'alliance de la lumière et des ténèbres. Cette rhétorique sacrée touchait peutêtre médiocrement l'esprit de Charlemagne ; mais le pape ajoutait, dans la même épître, que les Lombardes étaient toutes malsaines, et, il faut bien traduire le mot latin, très-puantes ( fœtentissima Longobardorum gente) , et que, d'ailleurs, on savait certainement que la lèpre, l'affreuse lèpre, était un mal venu de la Lombardie ( e/(? cujus natione leprosorum genus oriri certum est.) Voilà des renseignements qui ne recommandaient guère à Charlemagne la fille de Didier. Mais Berthe lui représentait chaque jour, avec la môme insistance , qu'entouré vers le nord d'ennemis puissants, il devait chercher des alliés en Italie , et que le vaillant chef de la dynastie lombarde pouvait être le plus utile de ces alliés. Charlemagne épousa Désirée.
Ce ne fut pas une heureuse union. L'année suivante, Désirée se retirait vers son père, répudiée par son mari. Vainement Berthe avait intercédé pomelle : Charles, pour la première fois rebelle aux vœux
84 GHARLEMAGNE
de sa mère*, avait rompu violemment tout commerce avec la tille de Didier. « Oa ne sait pour quels motifs, » dit Éginhard*. Le moine de Saint-Gall assure qu'elle était toujours malade , et que , d'ailleurs, elle était stérile ; il ajoute même qu'avant de la renvoyer en Italie, Charles interrogea de saints évêques et suivit leur conseil'. Si Ton avait pris, en cette affaire, un aussi droit chemin, Éginhard en aurait parlé sans doute avec moins de réserve. Quoi qu'il en soit, voici déjà deux mariages accomplis et deux répudiations consommées. Or, nous remarquons que Charlemagne , si facile en cette matière lorsqu'il s'agissait de lui-même, n'avait pas, il s'en faut bien, la môme. indulgence pour les faiblesses ou les convenances d'autrui. Nous trouvons, en effet, l'article suivant dans un de ses Capitulaires : « Une femme répudiée ne pourra passer à un second mariage du vivant de son mari , ni le mari du vivant de sa femme*. »
La troisième femme de Charlemagne fut Hildegarde, de la très-noble race des Suèves. Elle descendait de Godefroid , duc des Allemands. Le duc Godefroid avait eu pour fils Houtching ; Houtching