s Regina sed atrox
Ac esevum gestans animi Fastradà tumurcm.
Nous supposons même que le dernier distique de ce panégyrique officiel renferme une ironie tempérée par le respect des convenances : « La meilleure partie de son âme , dit le poCHe , nous est restée ; c'est le roi Charles. Que le Dieu clément lui donne de longs jours M » Cependant, ou cette ironie fut dans la suite mal comprise , ou les rancunes des grands exigèrent que la mémoire de cette reine exécrée fût flétrie par une sentence plus sévère. Le monastère de Saint-Alban ayant été dévasté par un incendie , les restes de Fastrade furent transférés à Téglise métropolitaine de Mayence , et l'on peut lire. dans les Antiquités de Trêves de Christophe Brower ,4'épitaphe injurieuse qui fut alors substituée sur sa pierre funèbre à celle de l'évèque Théodulfe. Après elle, Charlemagne épousa Liutgarde, fille d*un comte allemand dont le nom nous est inconnu. Comme elle avait à peu près le même âge que les filles d'Hildegarde , elle était la compagne assidue de leurs travaux et de leurs divertissements. Elle était belle, suivant Théodulfe, et ne dédaignah pas les atours qui pouvaient ajouter aux grâces de son visage et de son maintien ; c'est ce que nous avons appris encore du poëte anonyme, qui nous l'a représentée sous ses plus beaux habits dans les chasses de Charlemagne. De plus, elle avait la main
1 . Theodulfi , Aurelianensis episcopi , Opéra ; Garminum liber H.
prodigue, le cœur généreux; et la grande douceur de sa voix n'était pas un attrait perfide, car elle obligea beaucoup de gens et jamais ne causa de dommage à personne. Théodulfe la félicite encore d'avoir eu le goût des nobles études*. Elle n'eut pas d'enfants, et mourut à Tours, le 4 juin de l'année 800».
C'est un fait qui paraît sans doute extraordinaire f|ue ce rapide trépas des femmes de Charlemagne. 11 faut croire que les associant aux fatigues, et môme quelquefois aux périls de sa vie militaire, il avait bientôt épuisé leur jeunesse. Pour lui , toujours occupé de grands desseins , toujours impatient de visiter des terres nouvelles , toujours courant de l'une à Tautre frontière de l'empire , il ne connaissait ni l'abattement ni le repos, et ne sentait pas les années s'accumuler sur sa tète. Il était bien, sous ce rapport, tel que nous le représente la vieille épopée : « Parlez-moi un peu de Charleniagne, dit le païen Marsile au traître* Ganelon, il est bien vieux ! il a usé tous ses jours ! je suis sûr (ju'il passe deux cents ans ! Il a traversé en conquérant tant de pays, reçu tant dé bons épieux tranchants, tué sur le champ de bataille tant de puissants rois ! Quand aura-t-il assez de faire la