‹ Charlemagne et sa cour: (742-814)Chapitre 44 sur 89 · Gaillard, Hist. de Charl., tome II, page · texte numérisé non relu

Gaillard, Hist. de Charl., tome II, page

Elle fut , mise au nombre des saintes. Résister aux caprices amoureux du plus puissant des rois, c'était, il paraît, montrer un courage tout à fait extraordinaire et même surnaturel.

Charlemagne n'empêcha pas qu'on rendit hommage à cette éclatante vertu. Cependant il ne s'est trouvé personne pom* louer la sienne. Loin de là :

tous les historiens modernes s'accordent à dire qu'il aimait trop les femmes*; et les poètes anciens ont composé des poèmes satiriques sur son incontinence. Un moine de Reichenau , du nom de Wetin, qui vivait du temps môme de Charlemagne, eut une étrange vision dont on parla beaucoup. Le souverain dominateur des régions occidentales vint se montrer à lui, dans un songe fatidique , enchaîné comme le Promélhée de la fable grecque, et mis aur prises avec un vautour qui dévorait incessamment les organes de sa virilité. Qu'est cela ? dit Wetin. QuO|^:.'Bf.ja;; ..triste victime de cet affreux vautour , n'est-ré . pas le plus grand , et , pour mieux dire encore , le plus juste des princes , celui qui , dans l'âge moderne, se montra le plus énergique défenseur des lois divines, le plus zélé protecteur de la sainte ÉgUse ? Qu'a-t-il donc fait pour mériter

I. «Plusculum mulierosus fuit »> Dom Bouquet, Historiens de France, tome V, page ?"**, "'^*"

un lel supplice? Et un ange répondit à Welin : « Joins donc au récit de ses grandes actions celui de ses honteuses débauches, et tu comprendras alors qu'il devait subir cette pénitence avant d'allervers Dieu goûter l'éternelle béatitude ^ »> Un des meilleurs écrivains du ix« siècle, Walafried Strabon, a mis en vers la vision de Wetin. Et qu'on ne la compte pas au nombre de ces frivoles anecdotes auxquelles les gens d'esprit ne croyaient guère, même en cet âge fort crédule. Hincmar, un des prélats les plus éclairés de la cour de Charles le Chauve, Hincmar avait une entière confiance dans cette légende. Gomme un certain Bernold publiait en tous lieux une vision qu'il avait eue , disait-il , sur le compte du dernier roi, Hincmar déclaji'ait qu'on devait accueillir son propos avec une pieuse déférence, de semblables révélations n'étant pas sans exemple, ainsi que le prouvait l'authentique rapport"idutB^i»e Wetin*.

Le religieux de Reichenau n'avait pas sans doute manqué de bonne foi. Que ne voit-on pas dans les rêves ? Mais on ne les tient pas tous pour divinement inspirés. Celui de Wetin parut l'être, parce qu'on y trouvait une sentence rendue contre les mœurs de Charlemagne, En effet , qui pouvait se

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