‹ Charlemagne et sa cour: (742-814)Chapitre 81 sur 89 · Dans le Recueildedom Bouquet, t. V, p · texte numérisé non relu

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qui entourent le roi, le héros Widbod, Wuibodu$ ' héros, aux larges épaules , au ventre protubérant, qui , pour avoir trop souvent vidé son verre, chancelle sur ses genoux et parle à haute voix sans savoir ce qu'il dit. Nous ne pouvons nous défendre de quelque estime pour le talent poétique de Théodulfe. S'il ne soupçonnait guère les cadences si variées du rhythme latin, il avait un don précieux, la verve; et ses descriptions, tcfujours animées, ont un attrait qui manque à tous les poèmes d'Alcuin et de ses émules. Qu'on lise ses vers au roi Charles, son itinéraire intitulé Parœnesis ad judicesj et son cantique pour le dimanche des Rameaux, on y trouvera d'heureuses images, des vers bien fournis, et même, quelquefois, un ton vraiment original. C'est un poëte encore grossier, mais c'est un poëte.

On n'apprend pas, à la vérité, que Paulin, patriarche d'Aquilée , ait jamais professé dans l'école du palais. Cependant on ne peut raconter l'établissement de cette école sans nommer le saint docleur qui, par ses bons conseils, contribua plus que personne à celte fondation. Né, dit-on, en Austrasie, il se rendit, jeune encore, sur les terres des Lombards, cherchant des maîtres habiles dans les lettres sacrées et les lettres profanes; et quand il eut été formé par leurs leçons, il ouvrit à son tour une école qui devint célèbre. Charlemagne apprit avec

uue vive satisfactiou que les Italiens eux-mêmes, si fiers de leur vieille gloire, se pressaient autour d'un jeune Franc, lui demandant à marcher sous sa conduite dans les rudes sentiers de la science. U lui donna d'abord une terre en Lombardie, et prit bientôt l'habitude de le consulter sur les affaires de son gouvernement. Nous possédons plusieurs lettres de saint Paulin à Charlemagne. Elles ont été dictées par un not^Je esprit , qui place les droits de la force après ceux de la justice. Charlemagne comprenait ce langage.

Ëginhard, Frédégise» etc.

Après les maîtres de l'école du palais, ne nonimsrons-nous pas leurs principaux élèves, Égiiihard, Frédégise, Amalaire?

Éginhard est le plus connu des élèves de l'école palatine. C'est à de fabuleuses amours qu'il doil cette célébrité : comme historien il l'a certainement méritée. Né vers l'année 770 aux environs de l'Odenwald, il passe pour avoir été l'un des chanceliers de Charlemagne. Dans la dernière notice publiée sur sa vie et ses ouvrages , on le voit sim- ])lement exercer, sous le règne de Charles, remploi de chef des travaux pubhcs*. A cause de cela, sans

1. Notice sur Éginhard , par M. Teulet, en tête des OÊuvres complkes (TÉginhard.

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narrations, qu'il nous offense par la barbarie systématique de son langage ! On doit blâmer Éginhard d'avoir trop rigoureusement accommodé son discours aux préceptes de Tancienne rhétorique; mais ne faut-il pas le féliciter hautement d'avoir été le premier de nos annalistes qui ait écrit pour l'intelligence et pour l'oreille , le premier qui ait pris à tâche de composer une histoire, prétendant associer son nom à ceux de Suétone et de Justin? Non certes, il ne les a ])as égalés ; mais, quand nous le voyons comparer à JoinvilleS nous ne trouvons pas que cet éloge soit suffisant. L'historien de saint Louis est plein de grâce ; mais ce qui plaît en lui , c'est principalement sa naïve franchise , son bavardage ingénu ; or il y a, chez l'historien de Charlemagne, des qualités plus sérieuses. Si c'est un Romain de la décadence , il a conservé la noble tenue des écrivains du grand siècle : comme eux , il se propose d'instruire, et la dignité de son discours répond à la noblesse de son entreprise.

Nous avons nommé , parmi les disciples de l'école du palais , Grimald , futur abbé de Saint-Gall et archi-chapelain de Louis le Germanique. Théodulfe nous désigne encore Nardus, Osulfus, et le lévite Frédégise. On a peu de renseignements sur Nardus. Alcuin nous dit qu'il était de petite taille,

1. M. Ampère, Hist. littér. de la France avant le \i\* siècle, tome m , page 164 .

niais qinl avait un grand esprit* ; c'est ainsi que le représente Théodulfe. Osulfus nous est encore UM>ins connu. Quant à Frédégise, c'est à lui qu'est adressé le li-aitè d'Alcuin sur la, Trinité , el Ton |H>sséde un écrit de sa main sur le Néant et les Ténèbres. U souscrivit le testament de Charlemagne el ftU» plus tard, abbé de Saint-Martin de Tours et chamt^ier de Louis le Débonnaire. Enfin nous v^oulerons à cette liste déjà longue le nom de Witzon, qu'on appelait Candide; celui d'Amalaire, plus tard évoque de Trêves ; celui de Gerward , bibliothécaire du* palais, et celui de saint Àdalhard, fondateur de l'école de Corbie.

Telle était cette illustre compagnie de savants et de lettrés, qui, dans les dernières années du vm* siècle, entreprirent, sous les auspices et la conduite de Charlemagne , de restaurer les lettres latines , afin de rattacher à l'ancien monde, par une sorte de communion intellectuelle , le monde nouveau , encore si profondément engagé dans les ténèbres de la barbarie. Les discordes civiles qui vinrent après le règne glorieux de Charlemagne retardèrent le développement de ces études. On peut lire, dans les doctes épîtres de Loup de Ferrières, une triste complainte sur le discrédit des lettres durant l'époque tunmltueuse de Louis le Débonnaire. Ce fut une

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