‹ Charlemagne, ou, La CaroléideChapitre 20 sur 26 · FIN DES NOTES DD CHANT QU.VTRIEME · texte numérisé non relu

FIN DES NOTES DD CHANT QU.VTRIEME

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JL/ANs Eresbourg vaincu, reposant ses lauriers,

Charte contient l'ardeur de ses vaillants guerriers;

Délasse les soldats par des travaux paisibles;

Et relève du fort les murailles terribles.

Quelques guerriers, vaquant à des soins plus sacrés,

Inhumoient des chrétiens les corps défigurés:

Charle les pleure encor... Par sa loi souveraine ,

De pompeux monuments s'élèvent sur la plaine;

Et l'on eût dit, a. voir ces généreux transports,

Que l'honneur du succès n'appartenoit qu'aux morts.

D'autres héros français, ivres de leur victoire, Porloient en foule au roi des preuves de leur gloire: Et comm.e en un beau jour, au retour du printemps , Des abeilles on voit les bataillons volants Rapporter leur butin à leur reine charmée ; Ainsi tous les Français, au héros de l'armée, Produisant leurs exploits, qu'ils vantent avec art, Espèrent un éloge, et cherchent un regard.

A la cour séduisant, à la guerre terrible, Guise, à la fois léger, fier, modeste, et sensible ,

Sur le champ de bataille arrachoit à la mort Son ami le plus cher, le malheureux Montfort. Montfort, brave fameux, et vieilli dans la guerre, Blessé grièvement, expiroit sur la terre; Et sa seule pensée, en ce moment d effroi, S'élevant vers le ciel, l'imploroit pour son roi.

Guise court vers Montfort; dans ses bras il le presse. Montfort du brave Guise éleva la jeunesse; Il l'arma chevalier; et , dès ses jeunes ans. L'instruisant aux combats, le guida dans les camps. Guise admiroit Montfort, et l'aimoit comme un père: Il porte à ses douleurs un secours salutaire; Le conduit dans la ville, et fils reconnoissant , Par ses soins rend la vie au héros expirant.

Déjà du vieux Montfort les forces abattues Renaissoient: ses douleurs devenoient moins aiguës. « — 0 mon père! dit Guise, assez long-temps ton bras, » En illustrant ton nom, brilla dans les combats. » De rhiver sur Ion front déjà tombent les glaces; '> C'est à moi maintenant de marcher sur tes traces; » C'est à moi de voler où m'appelle l'honneur; » Mais toi, sur tes lauriers repose ta valeur : » Laisse à moi seul le soin de servir la patrie: » Daigne achever en paix ta glorieuse vie..

>» Je veriois sans terreur la mort fondre sur moi;

» Mais j'ai trop à souffrir, quand je tromble pour loi.

» Ton fils est à tes pieds... Ecoute sa prière...

» Promets-moi de quitter les travaux de la guerre ;

» De ne plus t'exposer : assez long-temps , héros ,

» Tu cherchas les périls, cherche enfin le repos. »

Mais le noble vieillard, qu'un tel langage blesse,

L'interrompt. — « Est-ce à moi que ce discours s'adresse ?

» Ah ! Guise, si mon cœur t'aimoit moins aujourd hui ,

» De ses yeux à jamais Montforl t'auroit banni.

» Qui? moi ! honteusement bercé par la mollesse,

» J'irois traîner en paix une indigne vieillesse !

» Moi! je fuirois les camps! des tambours, des clairons,

» Montfort au champ d'honneur n'entendroit plus les sons!

» Montfort ne seroit plus l'appui du diadème!

» Non, je vécus guerrier, je dois mourir de même ;

» Ton père aux combats seuls veuf recevoir la mort;

M Mon sang n'est point glacé, si mon sang coule encor.

» Mais c'est trop te blâmer d'un discours téméraire;

» Par trop d'attachement Guise outrage son père:

» Ton cœur est ton excuse... O mon fils! aux combats

« Sois toujours le premier, Monfort suivra tes pas. »

Il dit; Guise, affligé, garde un profond silence :

Le sensible vieillard remarque sa souffrance:

" — Tant d'amour pour la gloire, au déclin de mes ans,

92 CITXRLEAIAGNE.

» T'étonne, je le vois : Guise ! au milieu des camps

» S'écoulèrent mes jours; les camps sont ma patrie;

» Montfort en les quittant croiroit quitter la vie.

» Charlemagne est mon dieu : que n'as-tu , comme moi,

» Sur les rives de l'Ebre accompagné ton roi !

» Là, mieux encor qu'ici, ce dieu de la victoire

« Eût soufflé dans ton sein Tivresse de la gloire,

» Oh ! que n'as-tu connu tous les brillants exploits

» De ce libérateur des peuples et des rois!

>• Quand l'Espagne sous Charle abaissa son audace,

» En vain la renommée , en volant sur sa trace,

« Espéroit raconter tant de faits merveilleux;

» Son aile se lassoit à le suivre en tous lieux;

» Tandis que Charle seul marchoit infatigable.

« Ecoute, ô mon cher fils ! un récit mémorable, » Et bénis le destin, qui donne en nos climats » Le plus grand des mortels au plus grand des Etats. » Ainsi parle Montfort : Guise écoute en silence; Et le vieillard reprend : — « Le héros de la France, » Déjà trois fois vainqueur du maître des Saxons, » Voyoit régner la paix parmi les nations: >> Un calme heureux, déjà répandu sur la terre, » Consoloit les mortels des malheurs de la guerre, » Lorsque, dans Paderborn, le monarque français, »> Espérant mieux encor s'assurer de la paix, » Convoque des Germains les plus ilbistres princes.

» Bientôt de toutes parts, du fond de leurs provinces, " Les chefs les plus fameux qu'ail vu naitre le Nord, » Volent dans Paderborn, d'un mutuel accord: » Mais, ô funeste orgueil ! au camp de notre maître, » Vilikind, un seul prince, osa ne point paroitre; >» Et seul, aux volontés d'un roi triomphateur, » Ce superbe vaincu répondit en vainqueur.

» Alors dans Paderborn, des rivages de l'Ebre, » Un roi de Sarragosse , un Sarrazin célèbre ( i ) , » Ibinal vint de Charle implorer la grandeur: » Banni de ses Etats par un usurpateur, » Ce guerrier malheureux, suivi de plusieurs princes, » Que le même tyran chassoit de leurs provinces, » Ibinal, fugitif, au monarque français, » Yenoit redemander son troue et ses sujets.

» Toujours grand, Charlemagne, à des rois sans défense » Promet, sans balancer, les secours de la France; » Et du lâche Abdérame, usurpateur hautain, » Un seul jour fut la perte, un seul mot, le destin. » Plusieurs motifs puissants animoient Charlemagne: » Ce roi n'ignoroit pas, qu'esclaves en Espagne, » Les chrétiens, gémissant sous un joug odieux, » Payoient aux Sarrazins mille tributs honteux: « Charle espère, vainqueur de ces rives lointaines, » Des peuples du Seigneur faire tomber les chaînes:

» Il part, francliit le Uliin, la Seine et le Liger : w La France fêle en vain son roi... Tel que réilair, «> 11 n'a fait que passer; mais, sur chaque rivage, » Ses bienfaits néanmoins constatent son passage; » Et le peuple partout, sur ses pas répandu, » Vole, et retourne heureux de Tavoir entrevu.

» Dans le lointain bientôt des montagnes bleuâtres, » De la terre et des mers vastes amphithéâtres, » Elevant à nos yeux des obstacles nouveaux, w Paroissent limiter Tempirc des héros.

» Colosses menaçants! antiques Pyrénées!

)) Rocs, qui bravez en paix le torrent des années ! n Vainement vous borniez les regards des Français; » nien n'arrête leurs pas, ninterrompt leurs succès,

» De Paris regrettant les fertiles rivages, » Nous errons nuit et jour dans des landes sauvages ; » Et de ces monts hardis, que l'œil croyoit saisir, * Plus nous nous approchions, plus ils sembloient nous fuir.

» Nous entrons néanmoins dans ces gorges profondes, » Oij les torrents fougueux précipitent leurs ondes; j» Et, du fond de ces lieux, notre œil observateur » A peine entrevoyoit la voûte du Seigneur. » Monts fameux ! chaque instant vous voit changer de face ; » Tantôt, vous couronnant d'une cime de glace.

CHANT V. gâ

» L'hiver est sur vos fronts, le printemps à vos pieds;

» Tantôt vos rocs à pic, nistiquement taillés,

>' Miroirs secs et glissans, élevés vers la nue,

^> Offrent l'aspect affreux d'une aridité nue :

» Ici des ponts de neige, artistement jetés,

» Bravent le poids des chars, et le feu des étés ;

» Plus loin, sur des cailloux, une onde douce et pure,

» Sous des bocages verts, en serpentant, murmure;

» Quelquefois des hameaux, grossièrement bâtis,

» Sur la pente d'un roc arrêtent l'œil surpris :

» Là, partout la nature offre, en ses jeux bizarres (2),

» De sublimes horreurs, et des beautés barbares.

» Douce amante d'Alcide, ô Pirène ! c'est vous (3), » Qui, prenant sur ces bords Hercule pour époux, » Sûtes donner un charme aux déserts insensibles, j» Et le nom le plus tendre aux monts les plus terribles!

» Ravis, nous traversons ces rochers menaçants, » Ces flots dévastateurs que roulent les torrents. » La nature est semblable aux princes de la terre; » Leurs bienfaits sont à peine aperçus du vulgaire : » Leurs ravages brillants, leurs monstrueux efforts, » Seuls de l'enthousiasme excitent les transports.

» Nos pieds foulent déjà le sol de la Navarre (4)^

>» Sol aride habité par un peuple barbare.

» Sur de stériles champs, quelques monts rocailleux

» S'élèvent tristement vers un ciel nébuleux,

» Dont un brouillard glacé cache la cime aride.

» Non loin de Toloza, Charle marchoit sans guide,

j> Quand des milliers de traits pleuvent sur nos héros (5),

» Lancés par ces brigands qui, tels que leurs chevreaux,

» Sur le bord des torrents, lieux aux lâches propices;

» Franchissent, d'un pied leste, et rocs et précipices.

» Les barbares ont fui... Mais, atteints par leurs traits, » Quelques preux ont péri ! Le monarque français » S'éloigne; que voit-il sur ces rives arides? » Au milieu des rochers, poursuivant les perfides, » Un Français seul atteindre , abattre cinq brigands ; » S'orner de leur dépouille, et rentrer dans ses rangs. » Surpris de tant d'audace et de tant de vaillance. » Jusque près du guerrier le monarque s'avance :

« — Français! je suis content; demande une faveur, » A l'instant tu l'obtiens. »Le preux répond: — « Seigneur! » Je demande pour grâce, au dieu de la fortune (6), » De monter le premier à l'assaut de Pamplune... »

« — Le soleil se levoit , de ces monts désastreux » Nous sortons; une plaine enfin s'offre à nos yeux: » Pamplune est devant nous, dont les tours crénelées » Dominent fièrement de riantes vallées:

>• Cliarle y porte ses pas; inlrépide assaillant,

» Jusque sous le fort même il établit son camp (7).

» Te peindrai- je, ô mon fils! nos assauts mémorables! » Contre les Sarrasins, sous leurs murs formidables, » Jamais plus de valeur, plus d'art, plus de travaux, »> N'illustrèrent peut-être et Charlc et ses héros. » Pour transformer leurs tours en informes ruines, » On vit Charle inventer de nouvelles machines (8); »» On vit nos fiers soldats, rivalisant d'ardeur, » Joindre l'art à la force, et la ruse au bonheur; » On les vit, évitant la flèche meurtrière, » Bâtir sous les remparts des murailles de terre; n On les vit, orgueilleux sous cet heureux abri, » Lancer impunément leurs traits sur l'ennemi; » Et se riant entre eux de sa surprise extrême, M Se construire des forts sous les murs du fort même.

» Tour à tour chacun d'eux, machiniste, ouvrier, » Travailloit en manœuvre, attaquoit en guerrier* » Escaladant les tours, ébranlant les murailles, » Ils paroissoient régler le destin des batailles; » Et Charle étoit près d'eux, dictant à tous sa loi, » L'ouvrier, l'inventeur, le soldat, et le roi.

» Bientôt les assiégés, prisonniers dans leur ville, » Déployant contre nous un courage inutile ;

M De la faim, de la soif, ressentent les horreurs:

» Tout leur manque... Cédant au pouvoir des vainqueurs,

» Ils implorent leur grâce; à nos braves cohortes

» Eux-mêmes en tremblant viennent ouvrir leurs portes (9):

» Tout le peuple à la mort craint d'être destiné...

s» Mais le prince a vaincu... le prince a pardonné.

il Aux siècles à venir, ah ! sans doute , l'histoire 1» de ce siège, ô mon fils! racontera la gloire; » Mais, peut-être, mal peint, il sera mal connu: » Malheur à qui décrit ce qu'il n'a jamais vu !

» De Pamplune bientôt quittant le fort célèbre, » Charlemagne , en vainqueur , marche aux rives de l'Ebre: » Tafailla se soumet : Tudèle à ses efforts » En vain veut résister; il rase tous ses forts, }> Et Tudèle n'est plus ! Par de nouveaux miracles, » Charle dans l'Arragon domptant tous les obstacles (10), » Vers Saragosse avance... 0 contre-temps afFreu\! » Un désert infini se prolonge à nos yeux (11): » Point d'arbres, ni d'abri ! point de routes battues! » Une bruyère aride, ou quelques roches nues » Frappent seuls nos regards; et, dans ces tristes champs, » Le soleil sur nos fronts darde ses feux brûlants : » Nous tombons épuisés sur cette terre aride: » Nul toit hospitalier ! point de source limpide!

» 0 France! me disois-je, ô pays enchanté!

» — Pour bien t'apprécier, il faut t'avoir quitté;

» Retraite des beaux arts! séjour de la vaillance!

» En ton sein naît la joie auprès de l'abondance.

» Français, peuple fameux! modèles de guerriers!

» Cherchez -vous le bonheur ?.. Restez dans vos foyers.

» 0 mon lils ! mon cher Guise ! en ce moment horrible » Que n'as- tu vu ton prince, aux douleurs insensible, » Il nous ranimoit tous; et parmi ses soutiens, » Soufl'rant plus de nos maux qu'il ne souffroit des siens, » Seul savoit devenir, par un p juvoir suprême, » Maître de nos douleurs comme des siennes même.

» Quel roi mérita plus de régir l'univers ! » Pendant trois jours entiers, errant dans des déserfs, » Sur un sol desséché, sans eau, sans subsistance, » Je l'ai vu, nous cachant son horrible souffrance, » En ses traits rayonnants de gloire et de beauté, » Montrer la confiance et la sérénitë.

» Mais enfin , ô bonheur! à la troisième aurore, li Au fond de l'horizon que l'œil du jour colore, » S'offrent quelques hameaux : le Français, épuisé, » Sent renaître sa force; et bientôt délassé, » Sous un abri sauveur, ce fils de la victoire, j» Riant des maux passés, ne rêve encor que gloire.

» Cependant Abdérarae apprend avec terreur BIBUOTHECA

loo CHARLEMAGNE.

« L'approche d'un héros partout triomphateur;

» Au devant de nos preux Abdérame s'avance;

» De nombreux Sarrasins, qu'ont armés la vengeance,

j> Le suivent; mais leur rage a courroucé les cieux:

» Charle les aperçoit, il s'élance sur eux;

» Les frappe, les disperse, ordonne le carnage,

» Et de leurs corps sanglants couvre tout le rivage.

» Abdérame effrayé vers Saragosse a fui ;

» Quelque peu de soldats y rentrent avec lui :

»> Là tous jusqu'à la mort jurent de se défendre;

» Mais déjà les Français les somment de se rendre.

j> Sur de fertiles bords de myrthe et de lauriers (12), » Sous un ciel toujours pur, dans des champs d'oliviers, » S'élève Saragosse : aucuns forts redoutables, » Nulles tours, nuls châteaux, obstacles formidables, » N'en défendent l'approche aux soldats assiégeants : w Sa force est dans son sein : ses nobles habitants, « Les fiers Arragonais, que l'orgueil environne (1 3), w Qui, maîtres de leurs chefs, dictent des lois au trône , » Ces monarques sujets, fameux par leurs exploits, » N'ont besoin que d'eux seuls pour défendre leurs droits. » Seule aussi, Saragosse, en son audace altière, » Fut plus longue à dompter que la Navarre entière.

» Répétant mille assauts sans cesse infructueux.

»»»»»«ivt<'^.--''^

CHANT V. . loi

» Jusque dans Saragosse, assaillants furieux,

>» Nous nous précipitons; ô valeur renommée!

» Chaque toit est un fort, chaque homme est une armée,

» Dans la ville vingt fois nous portons nos fureurs;

» Mais les Arragonais, repoussant leurs vainqueurs,

» Nous contraignent vingt fois à rentrer dans la plaine.

» Il n'est point de succès que leur valeur n'obtienne:

» De la faim, de la soif, ils bravent les tourments;

« Sous leurs murs renversés ils s'enterrent sanglants;

» Le trépas plane seul sur leur ville éperdue;

M D'affreux monceaux de morts encombrent chaque rue;

» Et l'oiseau du carnage, errant sur ces débris,

» Aux cris du désespoir joint ses funèbres cris.

» De sépulcrales voix, derniers sons de la rage, » Elèvent vers le ciel le blasphème et l'outrage: » L'œil de Dieu se détourne, et partout en ces lieux » L'homme est l'effroi de l'homme, et la terre des cieux.

» Mais, de tous les fléaux de ce siège effroyable, » L'enfer réserve encor le plus épouvantable: » Un souffle infect s'élève, et s'étend dans les airs... » N'importe! sous leurs murs, écroulés et déserts, » Les fiers Arragonais, que la fureur dévore, » Squelettes ambulants, osent combattre encore (i4)'

» O siège de Sagonte! ô souvenir affreux (i5)! » L'histoire vainement vous rappelle à nos yeux; w Vos maux furent moins grands, votre fin fut plusprompte;

loa CHARLEMAGNE.

» Saragosse aujourd'hui faii oublier Sagonte.

» Les assiégés enfin succombent par degrés; » Tous Jonibent expirants sous leurs toits délabrés: » Le défaut d'aliments, l'horreur des maladies, » N'ont éteint leurs fureurs qu'en éteignant leurs vies. » Nous entrons dans la ville; ô spectacle cruel ! » Nous avons triomphé, mais quel triomphe I ô ciel! » Des cadavres sanglants l'image dégoûtante >> S'offre seule à nos yeux : sur la terre fumante, » Vieillards, femmes, enfants, sollicitent la mort; » Leur langue desséchée à peine parle encor... » En cette vaste tombe, en ce désert immense, « Quelques spectres errants se glissent en silence, » Et se meuvent sans vivre ; hélas, seul, de leurs corps » Un instinct convulsif fait mouvoir les ressorts. » Charlemagne attendri, détestant sa victoire , » Lève les yeux au ciel... Guise, ah! puisse l'histoire » Raconter dignement les secours, les bienfaits, » Qu'il répandit alors sur les Arragonais! M II relève leurs murs , console leur misère, » Les arrache au trépas, veut leur servir de père; n Et, s'attachant les cœurs de ce peuple aguerri (i 6)> 1» S'en fait aimer autant qu'il en étoit haï.

»> Mais en vain J'essaierois de suivre Charlemagne

CHANT V. io5

» Dans les nombreux succès qu'il obtint en Espagne; » Ce récit est trop long, ma force s'affoiblit; » Eh! qui peut ignorer ce que Charle entreprit (i 7) ! » Lërida, Barcelone, Urgel, Gironne, Arnete, » Tout le nord de l'Espagne enfin fut sa conquête. » Du joug de rinfidèle il sauva les chrétiens: » Ibinal recouvra sa couronne et ses biens (18) : » Sauveur des nations, le héros de la France * En tous lieux étendit sa gloire et sa puissance; M Eh! qui peut comme lui, par des coups bienfaiteurs, » Conquérir à la fois trônes, peuples, et coeurs! »

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