FIN DES NOTES DU CHANT CINQUIEME
lia CHARLKMAGNE.
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CHAIST VI.
Amour! fatal Amour! dieu trop cher aux mortels! Que tes plaisirs sont doux! que tes maux sont cruels! Heureux qui, sous tes lois, u'a connu que tes charmes! Roi des ris et des jeux, tu Tes aussi des larmes... Tes bienfaits sont souvent de noires trahisons, Tes guirlandes des fers, tes philtres des poisons. Peu sensible aux tourments, aux pleurs de tes victimes, Dieu des amours, par fois tu fus le dieu des crimes: Tromper est constamment ton but; ta cruauté Souvent bouleversa le monde épouvanté.
Amour! qui ne connoît tes forfaits et tes peines! En pliant sous ton joug qui n'a maudit tes chaînes! On faime, on te déteste; on cherche, on fuit ta loi; Et, malgré tous les maux qui marchent après toi , Souvent Theureux mortel, que tu n'as pu soumettre, Gémit secrètement de ne point te connoître.
Occupé, malgré lui, d'un souvenir trop doux, Charle voyoit sans cesse Ulnare à ses genoux; Mais le ciel a parlé; le ciel veut qu'il la fuie;
CHANT VI. n3
Puisque la posséder, c'est lui trancher la vie.
Simple sauvage, Ulnare adore de faux dieux :
L'hymen, projet absurde, est impossible entre eux...
Hélas! se rappelant sa Druïde chérie,
Le prince s'accusoit de trop de barbarie:
Il la laisse en ses bois, sans appui, sans secours;
Et cependant Ulnare a conservé ses jours!
Pour la sixième fois brilloit déjà l'aurore , Contre un perfide amour Charle luttoit encore; Il a juré de fuir la viere;e des forêfs; Mais, laissant reposer les bataillons français, Charle ne peut encor voler à la victoire; Et quand règne la paix, l'amour endort la gloire.
Sans cesse un dieu perfide à son cœur combattu Semble adresser ces mots : — ■< Insensé, que fais-lu! » Pourquoi craindre l'amour? Ton Ulnare est païenne... » Mais non: son âme est pure, elle est dès lors chrétienne. » Va, les cultes, crois moi, pour tout sage mortel, » Sont différents sentiers qui mènent tous au ciel: » Ce ne sont point les lois que l'Eglise proclame, » C'est la seule vertu qui peut sauver une âme: » Quels que soient des humains la croyance et les dieux, » L'homme juste est toujours le favori des cieux. »> Charle! d'Ulnare à toi rapproche la distance; » Les grâces, la beauté, valent bien la naissance:
jx4 CHARLEMAGNE.
M Eh! qu'importe le rang! amour, charmes, vertus,
» Tout en elle est divin, que te faut-il de plus?
» Préfères-tu des rois les filles arrogantes?
» Que d'époux ont gémi sous leurs chaînes pesantes!
» De leur hymen souvent les chagrins sont le fruit;
» La politique épouse , et le malheur unit.
i» Du ciel crains-tu le blâme? Eclaire ton Ulnare:
» Quelque jour, arrachant le bandeau qui l'égaré,
» Tu briseras son culte aussi bien que son vœu,
» Et ton amour lui-même aura servi ton Dieu. »
Charle résiste en cor; mais de son cœur sensible
Le dieu va triompher. — « Oublie, homme inflexible!
» Ton amour, la promesse, Ulnare et ses vertus ;
» Peut-être déjà même elle n'existe plus. »
A ce dernier penser, sortant comme d'un rêve.
En sursaut Charlemagne épouvanté se lève:
Elle n'existe plus!.. Ces mots, remplis d'horreur.
Semblables à la foudre, ont tonné dans son coeur:
Le dieu qui le poursuit, le presse, lui rappelle
Le serment qu'il a fait de retourner près d'elle,
Le traite de parjure... Ah! c'en est trop! son cœur
Obéit à l'amour, croyant suivre Ihonneur:
Toute raison se tait; Tamour seul le gouverne;
Et plus prompt que les vents il vole à la caverne.
Et la nuit et le jojir pleurant son inconnu.
CHANT VI. ii5
La vierge des forêts croyoit l'avoir perdu ;
Et même en ce moment, prosternée en siience,
De ses beaux yeux des pleurs couloient en abondance.
Soudain Charlemagne entre; Ulnare entend ses pas,
Vole à lui , le regarde, et tombe dans ses bras:
Son trouble est un délire, et sa joie une ivresse.
" — Ingrat! je te revois, dit enfin la prêtresse;
») Oh! combien ton absence a déchiré mon cœur!
» Mes jours sont loin de toi des siècles de douleur :
» D'effroi , de désespoir, mon âme étoit saisie:
» Ah! cruel, me quitter, c'est emporter ma vie. »
Elle dit : trop ému, le héros des Français
Soutient entre ses bras la vierge des forêts;
Et cédant par degrés à Tardeur qui le presse.
Laisse échapper enfin quelques mots de tendresse.
La Druïde aussitôt sent calmer ses tourments:
Un sourire enchanteur brille en ses yeux charmants ;
Et du bord de son voile essuyant quelques larmes,
Ulnare a prononcé ce discours plein de charmes:
« — Regarde! ô de l'olympe, habitant immortel!
» Ici déjà mes mains ont construit ton autel:
» Que ne puis-je avec toi n'être qu'un sur la terre!
» Confondre dans toi seul mon existence entière!
» D'un Dieu se voir aimée ' et d'un Dieu tel que loi !
» C'est le bonheur suprême... Il est trop grand pour moi.
»» Que dis je! Jupiter ne vint-il pas sur terre,
ki6 CHARLEMAGNE.
M Aimer quelques objets peu dignes de lui plaire?
» Pourquoi n'aurois-je pas, sous ce roc isolé,
» L'heureux sort de Léda, d'Io, de Sémélé!
» Que m'importe qu'ensuite on m'arrache la vie!
» Du moins quelques instants j'aurois été chérie...
» Ingrat, tu me verrois, pour ces instants trop courts,
» Céder avec transport le reste de mes jours. »
A ces mots, Charle oublie et promesses et peines; Le feu des voluptés circule dans ses veines: Fréya sourit... Fréya, déesse des plaisirs, Souffle en son cœur brûlant l'ivresse des désirs : Autour des amants règne un amoureux silence: Ulnare adore Charle... Elle est en sa puissance... Un foible demi-jour rassure la pudeur; Il presse entre ses bras l'idole de son cœur; Il ne se connoît plus... Quand soudain de son père Reparoît à ses yeux l'ombre pâle et sévère: Se rappelant du ciel les arrêts menaçants, Charle fuit effrayé de ses désirs brûlants: Mais l'autel quà l'Amour éleva la Druide, A ses regards encor offre un charme perfide: Son désordre s'accroît... En son égarement. Craignant tout de lui-même, éperdu, chancelant, A la hâte il s'éloigne, et parcourt la caverne: Son cœur il le contient, ses sens il les gouverne: Il revient, veut parler, des mots sans liaison
S'échappent de sa bouche, et n'offrent qu'un vain son. De ce déiire étrange, Ulnare consternée, Ne le comprenant pas, le regarde étonnée, Quand vers elle il s'avance, et le regard en feu: « — Ulnare, lui dit il, sensible Ulnare! adieu! »» Cet antre est dangereux. ..^^nge de l'innocence! »> Oui, Je vous aime assez pour fuir votre présence: j> Ah! craignez envers moi de prodiguer vos soins! » Je resterois ici, si je vous aimois moins; •> De votre amour pour moi craignez d'être victime: » Je ne suis point un dieu, votre erreur est un crime; w Charle n'est qu'un mortel, un Français : et ce nom » A ses yeux est plus beau que celui d'Apollon, * Ulnare, ah! l'autre jour, sur mon sort attendrie, » Vous creusiez votre tombe en me sauvant la vie! » Il dit, et dévoré du plus cuisant regret, Charle a déjà quitté la grotte et la forêt.
Mais Fréya l'a suivi; la perfide, en son âme Cherche des voluptés à rallumer la flamme: Ebranlant son esprit, elle attaque son cœur; Et nommant préjugés ses principes d'honneur, La déesse invisible offre à ses yeux sans cesse, D'Ulnare entre ses bras l'image enchanteresse. De sa route écarté, le héros des Français Bientôt, sans le vouloir, seul, au sein des forêts,
»i8 CHARLEMAGNE.
Se laissant entraîner par Tesprit qui l'égaré,
A reporté ses pas vers la grotte d'Ulnare :
Mais, au moment d'entrer en ce fatal séjour,
Par un dernier effort il lutte avec l'amour:
« — C'en est donc fait! dit- il, je vais revoir Uînare,
» Quand son culte, mon rang, le ciel, tout nous sépare...
u Insensé que je suis! Vais je, en vil corrupteur,
M Lui portant le trépas après le déshonneur,
»' M'oublier auprès d'elle, et flétrir l'innocence.'
» Non, c'est trop à l'amour livrer mon existence...
» Adieu, charmant séjour! adieu, sombres forêts!
M Antre, qui me sauvas, mais qui ra'ôtas la paix!
w Adieu! Soignez les jours et les charmes d'Ulnare!
» Loin d'elle pour jamais éloignez tout barbare!
» Arbres, gazons, rochers, vous serez tous, hélas!
" Plus sensibles que moi... vous ne la fuirez pas. »
Il dit; mais l'oeil fixé sur l'antre solitaire,
Le héros s'aperçoit que l'arbre funéraire,
le triste et noir cyprès, seul l'entoure... Il frémit;
A pas précipités au fond des bois il fuit...
Quand soudain sur un tertre, à l'endroit le plus sombre,
D'Ulnare agenouillée il croit entrevoir l'ombre:
II regarde... Les plis de ses vêtements blancs
Traversent le feuillage, et flottent ondoyants :
S'approchant, le héros, qu'un poids cruel oppresse,
De Diane, à ces mots, reconnoît la prêtresse:.
« — 0 Diane! Diane! écoute encor mes cris!
» Avant de m'accabler de haine et de mépris.
i> En Cliarle je crus voir un des dieux que jhonore:
» Si j'en croyois mon cœur, liélas! il Test encore:
» Je l'aperçois partout, le cherche à tout moment;
1» Ce n'est plus un amour, c'est un délire ardent:
» Déjà je Tadorois avant de le connoître:
» Oui, lorsqu ici jadis l'aurore alloit paroitre,
M Où quand de ses coursiers la nuit pressoit les flan es ^
» Errante en ces forêts, seule, au bord des torrents,
» Malgré moi, sans motif, je répandois des larmes:
» Un objet idéal, inconnu, plein de charmes,
» M'apparoissoit alors; et mon cœur, palpitant,
» Gros de soupirs, vers lui s'élançoit en tremblant;
» En mes vagues désirs, en mon délire extrême,
» Confuse, et ne pouvant me comprendre moi même,
» Mon but, je le cherchois; le ciel, je Tinvoquai...
» Tout à coup je vis Charle, et tout fut expliqué.
M Ma vie est plus en lui qu'elle n'est en moi-même; » Oui , son temple est mon cœur, ses vœux ma loi suprême ; » Sur ma foi chancelante il l'emporte en ce Jour: j> Diane! à tes autels j'ose encenser l'amour! » L'ingrat Charle me hait; et moi, plus tendre encore, » En tombant à tes pieds, c'est lui seul que j'adore... » Mais', hélas! vainement je l'appelle en ces bois ; » Puisqu'il a pu me fuir, il est sourd à ma voix,..
lao CHARLEMAGNE.
» De l'enfer qui m'attend, Diane, ouvre l'abîme!
» Pour mon cœur Charle est tout, et j'adore mon crime...
» Tu nous as séparés, je déleste ta loi;
» Qui m'éloigne de Charle est un monstre pour moi :
» Ai-je assez blasphème!.. Tonne enfin sur ma tête;
i> Ma force s'affoiblit, mon supplice s'apprête:
M Les cieux sont des cachots sans Tingrat que je perds;
» Mais l'enfer est un ciel, si Charle est aux enfers. »
Elle dit, et sa voix par degrés s'est éteinte: L'excès de la douleur a fait cesser la plainte: Les roses de son teint se couvrent de pâleur: Ses yeux sont obscurcis d'une sombre vapeur: Comme l'oiseau percé d'une flèche sanglante, Ulnâre sur le sol tombe pâle et mourante.
Charle s'élance... UInare,entr'ouvrant ses beaux yeux, Se retrouve en ses bras. — « Toi , dans ces tristes lieux!.. » Tu m'écoufois, sans doute, et tu viens de m'entendre: » Va, mon cœur t'est connu, rien n'a dû te surprendre: » Ma force se ranime à ton aspect chéri ; w Tous mes maux sont passés... je te vois attendri. « Quand je te crus un dieu, mon amour fut extrême; » Tu n'es plus qu'un mortel, je t'adore de même: » Ah ! sois toujours mon dieu!.. Charle! digne de toi, « Je puis l'offrir un trône... En doules-tu? Suis-moi. »
Au fond des bois alors, au pied des rocs sauvages.
CHANT VI. i
Sur le bord d'un torrent creusé par les orages, Ulnare entraîne Charle... Un vieux temple, désert, Renversé par le temps, à leurs yeux s'est offert: Jetés comme au hasard, voûtes presque magiques, Quelques arcs suspendus sur quelques rocs antiques, De leur base minée osent , bravant les airs , S'élever vers lf*s cieux, et parer ces déserts.
Les vents de la forêt, sifflant sur ces rivages, Semblent la voix des temps pleurant lés premiers âges. Charle, étonné, foulant ces débris orgueilleux, Au fond de ce palais erre silencieux.
Sur la pointe d'un roc, sous un dôme gothique, Non loin à ses regards s'offre un trophée antique. Où brille suspendu le glaive des héros. « — Charle! vois-tu ce dôme, et ces arcs triomphaux? » S'écrie Ulnare, eh bien! maître de ce rivage, » Ici des rois du Nord César reçut l'hommage (i)! » Ici fut adoré ce nouveau Jupiter!
* Ici, maître du monde, il suspendit son fer! » Elle dit; mais déjà vers l'armure romaine, Précipitant ses pas, Charle l'écoute à peine. « — Ton cœur bat à l'aspect du glaive des Césars, » A repris la prêtresse ; ô favori de Mars! » Sous ce faisceau guerrier, caractères magiques, » Vois ces signes tracés! ces lettres druidiques! i» Eh bien! Folla nouvelle, en ce jour,^ tes yeux (2)
i2a CPIARLEMAGNE.
» Je puis en dévoiler le sens mystérieux.!
" Ainsi parle l'oracle... Ecoute son langage:
» Des Césars à ce sceptre est lié l'héritage:
» La pourpre impériale est au guerrier français , » Qui^ digne de ce fer ^ et né pour les succès ,
» Le recevra des mains d'une vierge druide. »
Alors, sur le héros levant un œil timide,
« — Il est à toi ce fer... Prends! Joyeuse * est son nom:
» La gloire te le livre, et l'amour t'en fait don.
n A de simples guerriers, ah! les vierges de Saine (3) » Jadis osoient offrir la pourpre souveraine! » La prêtresse gauloise, en ses antres déserls, n Dictoit sa loi suprême aux rois de lunivers; i> Et la vierge sacrée , arbitre de la gloire,
» Contemploit à ses pieds les fils de la victoire.
w O Charle! je naquis du sang des Velléda (4)! » De la faucille d'or l'Eubage me para (5): » Comme elles, dans les bois, et sous l'antre sauvage, » J'enlaçai sur mon front la verveine au sélage **; » Comme elles je m'enfonce au sein de l'avenir. M Vois-tu ce fer sacré, que j'ose ici l'offrir! » Eh bien! seconde Ulnare, une vierge *** inspirée (0),
" V^oyez sur Joyeuse cette épée de Charle , si renommée , la Chronique AiUWiuée à l'archevêque Turpin.
** Voyez sur le se'lage , plante célèbre , Pline, hlsl. , lib. XXIV, cap. XI.
*** Jeanne d'Arc. Voyez la note du chant.
■ Un jour, au camp français, de ce glaive parée, » Doit vaincre pour un Charle , et sauver ton pays.
« Noble Franc! des Brennus heureux et digne fils! » De tout temps, tu le sais, l'antiquité l'atteste, » Toute vierge du Nord eut quelque don céleste (7): » Ecoute donc ma voix!.. Va, chef des souverains, » Parer du nom français l'empire des Romains : » Tout est possible au brave, et l'arbitre des trônes » A toujours aux Français prodigué les couronnes.
Elle dit ; du torrent le murmure orageux Accompagnoit sa voix : sous l'arc mystérieux, Le vent du soir se brise... Au loin la foudre tonne... O fille des destins! quel pouvoir t'environne! Le torrent, les déserts, et la foudre et les vents, Prêtent leur harmonie à tes divins accentb!!!
Ulnare s'interrompt... Mystérieuse amante , La jeune prophétesse, au héros qu'elle enchante. Remet le fer divin. — « Quand, pnr ce don guerrier, » J'attache à tes destins le sort du monde entier, » Charle ! oh! qu'à toi de même un nœud sacré m'unisse î » Par le ciel, pour toi seul, égide protectrice, »> Ulnare fut créée... O Charle! connois-moi: » Te plaire est mon seul but, t'aimer ma seule loi. » Diane! je me ris de ta fureur jalouse!
» Noble guerrier, réponds!.. Me veux-tu pour épouse? »
A ces mots, vers les cieux déjà levant la main,
Elle semble prêter le serment de Ihyraen,
Au temple de la gloire... Hélas! vaine espérance !
Le monarque français garde un morne silence,
Et détourne les yeux... A l'amour suppliant,
Seul Torage lointain répond en mugissant.
« — Ton silence a parlé... Je t'entends, dit Ulnare:
» Ton cœur n'est point à moi... Ton culte nous sépare...
» C'en est fait... entre nous, ingrat! plus d'entretien!
»» En suivant ton devoir, tu m'as dicté le mien,
j> Efoit ce donc à toi, cruel! à me l'apprendre!..
>> Mais mon sort est fixé... Toujours fidèle et tendre, » Je me voue aux tourments que j'ai déjà soufferts; » Tu connoîtras un jour quelle amante tu perds!!! » Ne crois pas cependant que le ciel nous sépare; » Jamais à l'avenir tu ne verras Ulnare j » Mais elle constamment sur ton sort veillera; » Protectrice invisible en tous lieux te suivra; » Et toujours près de toi, mais toujours inconnue, » Fixée à tes côtés, sera loin de ta vue; M Au milieu des dangers, étrangère à TefFroi, » Se jetant invincible entre la mort et toi.
» Charle,ramour peut tout; l'amour va me conduire... » Ecoute, je le sens, un dieu puissant m'inspire; >» A force de bienfaits je punirai ton cœur;
3 Tu t'es fait mon bourreau, je serai ton sauveur:
» Phare mystérieux, vierge surnaturelle,
» Plus tu seras ingrat, plus je serai fidèle:
« Adieu ; rappelle-toi , qu'évitant ton regard ,
'> Je vais être pour toi partout et nulle part (8). »
Sous Tare impérial, d'altraits éblouissante, Du milieu des éclairs ressortant rayonnante. Image aérienne, ou génie immortel, La prêtresse, à ces mots, semble, en fille du ciel^ Du char de la tempête apparoître à la terre; Ses yeux lancent au loin des rayons de lumière: Jamais autant d'éclat n'orna tant de beauté: Le rocher de César est son trône enchanté.
Dieu ! quel moment pour Charle !.. Eh quoi ! fille sublime, Pour lui, pour son salut, elle s'offre en victime, Et se voue au malheur ! ! . Ah ! c'en est trop ! les cieux Ne défendirent pas un hymen généreux:
Pour la première fois, aux pieds de la prêtresse. Le monarque se jette... — « O fille enchanteresse! » Tu l'emportes... Arrête !.. Ulnare , sois à moi ! » Tout obstacle est levé, Charle veut être à toi. »
Fréya, du haut des airs, à ce nouveau langage, Voit tons ses plans déçus, et frissonne de rage: Des charmes de Diane elle s'orne à l'instant;
Et sur un char d'azur près d'UInare descend:
Ulnare la voit seule, et seule peut l'entendre :
« — Que faites-vous? dit elle, Ulnare, âme trop tendre!
» Vous vous plongez vivante au milieu des enfers:
» J"ai pitié néanmoins de vos tourments amers ;
» Que votre fol amour serve aujourd'hui Diane!
j> Je romps vos vœux sacrés en faveur d'un profane :
» Je vous permets l'hymen; le bonheur vous attend ;
» Mais il faut à mon culte enchaîner votre amant. »
Le char a disparu... Le héros de la France Voit Ulnare pâlir; surpris de son silence, Il s'écrioit : — « Ulnare! exauce enfin mes vœux: » Mes jours, je te les dois, daigne les rendre heureux! » Lorsqu'à ces mots flatteurs, ô changement bizarre! Tel est l'arrêt cruel prononcé par Ulnare : « — Arrête ! il est trop tard! le sort en est jeté! » Mon devoir par le ciel vient de m'être dicté. « L'élan de ton grand cœur t'entraîne, et non ta flamme; » Les regrets quelque jour assiégeroient ton âme: » Qui combat tant Tamour n'aime que foiblement: w Rien en moi n'avoit pu balancer mon amant ; » Autant que je t'aimois, oh! que ne fus-je aimée!
» Diane, en ces forêts, sur mon sort alarmée, » Vient seule à mes regards d'apparoître à l'instant: » Ulnare, a-t-elle dit, le bonheur vous attend,
CHANT VI. lay
» Je romps vos vœux sacrés en faveur d'un profane; » Mais queCharïe se voue au culte de Diane!
» Notre sort maintenant, Charle, dépend de toi: » Aux volontés du ciel cède... ou renonce à moi. » Tu frémis... je t'entends. Adieu donc ; si ton âme n Désire à mes autels prouver un jour sa flamme , >» Jelle cet anneau d'or, et je fapparoîtraiÇ^^)!!! a
A ce fatal discours, Charle, désespéré, La voit fuir... Et déjà, sous les arches antiques, Ne retentissent plus ses accents prophétiques: En vain il veut la suivre , il Tappelle... En ces bois, La Druide à son tour devient sourde à sa voix. Sa tunique ondoyante, au pied du roc sauvage, A disparu dans l'ombre... Au loin a fui Forage. Charle au bord du torrent est seul... L'anneau fatal En ses mains est resté : sur le glaive royal, Ses regards douloureux s'attachent en silence...
Mais la nuit sur la terre étend son voile immense. « — Charle ! jette Vanneau , ton Ulnare est à toi ! » Pensée affreuse !.. Il fuit, troublé, saisi d'effroi, Vers le lieu qu'habitoit une amante sensible : Mais, désert maintenant, l'antre lui semble horrible. Perdant Ulnare, hélas! se peut-il que son cœur N'ait que le choix du crime, ouïe choix du malheur!!!