‹ Charlemagne, ou, La CaroléideChapitre 26 sur 26 · FIN DES NOTES DU CHANT DIXIEME · texte numérisé non relu

FIN DES NOTES DU CHANT DIXIEME

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X* ATALE volupté ! perfide enchanteresse ! Fausse sœur de Tamour! fille de la mollesse ! Malheur à l'insensé qui, perdu pour l'honneur, Dans ta coupe à longs traits croit boire le bonheur! Avec toi, près de toi, pour tout être sensible, Si le présent est doux, l'avenir est horrible : Heureux qui te connut pour apprendre à te fuir !

Mais de l'antre oii parfois, dévoilant l'avenir, L'enfer par ses agents inspire une sibylle, Haéder"" s'est élancé : sa fureur inutile Jusqu'alors contre Charle a peu servi l'enfer: Au temple dirmensul le ténébreux Haéder Vole auprès de Fréya. — « Déesse redoutable ! » Apprenez des destins l'arrêt irrévocable, »> Lui dit-il ,- au Veser, le héros des chrétiens, » Dans un piège attiré, seul, bientôt loin des siens, » Au pouvoir d'Irmensul va tomber sans défense. » Déesse aux larmes d'or! s'il meurt, toute la France,

* Voyez sur Haéder la note 8 du chant II«, la note 5 du XV% et U note 3 du XVIP.

» Même tous les chrétiens, sont perdus à jamais :

M Vous le savez; il n'est dans le camp des Français

w Qu'un héros, dont la voix éloquente, animée,

w Pourroit du roi captif sauver encor l'armée,

» En ralliant ses chefs : ô Fréya! contre lui

» Lancez vos traits vainqueurs! Guise seul aujourd'hui,

» Guise seul est à craindre. » A ces mots, la déesse,

Adoucissant encor sa voix enchanteresse,

Et d'un divin sourire embellissant ses traits,

Lui répond ; — « O Haéder! si mes foibles attraits

» Sur le cœur des mortels conservent quelque empire,

» Guise abandonnera le héros qu'il admire;

» Guise^eontre les siens tournera sa fureur.

» Une jeune beauté, qu'idolâtre son cœur,

» Dévouée aux enfers, servant notre vengeance,

» Va ravir aux chrétiens leur dernière espérance. »

Elle dit; à ces mots d'un vase d'or brillant,

Qui de la volupté contient le feu brûlant.

Elle s'arme, et non loin de la forêt sauvage,

Soudain court du Veser enchanter le rivage.

Rentré dans Héristal, alors le fier Bozon, i De son rocher, en paix, bravoit le roi saxon; Et dans le camp français, toujours prêt à descendre. Du sommet de ses tours veilloit pour le défendre.

A l'envoyé d'Haroiin, ainsi qu'il le promit, Charle vient d'adresser un important écrit : D'Eresbourg, Giafar, à la prochaine aurore, Doit reporter ses pas aux rives du Bosphore.

Sous sa tente, occupé des plus vastes projets, Charle étoit seul. Egbert, ce jeune prince anglais (i), Qui d'Irmensul conquit l'étendard sacrilège, Qu'un tyran a proscrit, mais qu'un héros protège, Qui partout dans les camps suivit son bienfaiteur, Et s'éclaira des feux de l'astre inspirateur, Egbert demande à Charle un moment d'audience. Introduit sous sa tente : — « O héros de la France! » Dit le noble exilé, vous qui dans les combats » Formâtes ma jeunesse, et guidâtes mon bras! » Du ciel enfin sur moi tombe un rayon prospère : » Dix guerriers députés, au nom de l'Angleterre, »> Des bords de la Tamise, ici viennent m'offrir » Le sceptre que Wessex m'osa jadis ravir. « Mais les plus beaux jours même ont encor leurs nuages; » Lorsque j'arrive au port, après de longs orages, » Il me faut quitter Charle!.. Ah! du moins mes sujets » Apprendront de leur prince à chérir les Français; M Et mes concitoyens reconnoîtront peut-être, " Dans Egbert recréé , l'esquisse de son maître. » « — Va régner! répond Charle; Egbert! que sous tes lois

CHANT XI. a47

'> Nos peuples désormais s'aiment comme leurs rois ! « Au Nord et sur les mers, j'ose le le prédire, » De Carthage à ta voix va renaître l'empire.

» Puissent nos descendants, tes peuples et les miens, » Entre eux de l'amitié resserrant les liens , » Dignes de s'estimer, se répéter sans cesse : M Le grand Egbert sous Charle instruisit sa jeunesse; » Ami du fondateur de l" empire français ^ » Il fut le premier roi des sept Etats anglais.

j> Sur le trône avec toi fais monter la sagesse!

» Qu'à l'univers bientôt tongrand peuple apparoisse! » Et souviens-toi toujours, en lui dictant tes lois, » Que la seule valeur ne fait pas les grands rois.

>» Adieu !... le noble Alcuin* naquit en Angleterre, » Jeune prince ! je dois à ton heureuse terre » Un savant, deux amis... » — « Elle vous doit un roi! » O ma patrie! Egbert sera digne de toi! » Grâce au fils adoptif du dieu de la victoire, » Tu devras aux Français l'aurore de ta gloire! »

Charle, tirant son glaive, et s'avançant vers lui. L'interrompt à ces mots : — « Noble et vaillant ami" » Avant de quitter Charle, accepte cette épée** (2)! » Du sang des ennemis il l'a souvent trempée ; » Avec elle, ô mon fils! jamais ne frappe en vain, »

* Voyez sur le savant Alcuin la note 8 du chant I"'. ** Ce n'e'toit çQ\n\ /o) euse.

« — Hélas! répond Egbert, elle a change de main. »

Entre les bras de Charle à ces mots il se jette : L'adieu ne peut sortir de sa bouche muette: De la tente royale il s'arrache en pleurant.

Cependant des Français on reconstruit le camp ; Grâce aux trésors d'Odin, leur perte est réparée; Et dans leurs magasins l'abondance est rentrée.

Guise du nouveau camp dirigeoit les travaux , Quand, par un étranger, une lettre au héros Est, à l'aube du jour, secrètement remise. Le preux rompt le cachet, et lit avec surprise : « — O vous! qu'une inconnue ose en ce jour prier, M Daignez combler mes vœux, illustre chevalier! » J'ai d importants secrets, dont je veux vous instruire; » Vers moi mon messager est prêt à vous conduire : » Ce jour peut vous offrir les plus brillants destius; » Ainsi que mon bonheur ma vie est en vos mains. »

En lisant ce billet, le jeune et vaillant Guise Ne soupçonne aucun piège, et sourit de surprise : Cette aventure plaît à sa crédulité; Il fait signe à son guide, et marche à son côté. Bientôt ils ont franchi le camp du roi de France: Traversant à la hâte une forêt immense, Au fond d'une vallée ils descendent tous deux : Mais quel lieu ravissant se présente à leurs yeux!

A mi-côte, un château de superbe structure, S'élève, orgueil de Tart, amour de la nature: A ses pieds s'étendant, un vaste et long canal Sur des prés pleins de fleurs, coule en flots de cristal : Parfois se divisant, et parfois réunies, Ses ondes dans les bois s'enfoncent rembrunies. Du haut d'un mont voisin, en limpides ruisseaux , D'une source inconnue on voit jaillir les eaux : Elles tombent d'un roc, cascades écumeuses; Traversent en grondant des grottes ténébreuses; Et se calmant plus loin, courant sur le gazon. Répètent dans leur sein les charmes du vallon.

Des arbres orgueilleux, par groupes, sur ces plaines, Ombragent à leurs pieds de limpides fontaines. Le jour paroît : déjà sur le toit des pasteurs, S'élève la fumée en légères vapeurs.

A travers les bosquets et les hameaux tranquilles, L'oeil se promène au loin sur des coteaux fertiles: Le chant des rossignols, par de divins concerts. En saluant l'aurore éveille l'univers; Et l'azur d'un beau ciel, ordonnant l'allégresse, Rajeunit le vieillard, et fête la jeunesse. Le zéphyr du matin, caressant les ruisseaux, Agite en voltigeant le front des arbrisseaux : De leur feuillage verd, sur la terre arrosée, S'épanche en gouttes d'or une humide rosée;

25o CHARLEMAGNE.

Et dans ses tendres flots, en rubis, en saphir,

Les fleurs semblent pleuvoir, et les boutons s'ouvrir.

Du hameau, sur le pré, folâtrent les bergères : Tout est jeux dans les champs, amour dans les chaumières Là, partout, au milieu de ces lieux enchanteurs, Le plaisir avec l'air se glisse au fond des cœurs.

Sur l'horizon pourpré, la renaissante aurore Semble sourire aux fleurs que zéphyr fait éclore : Le printemps dans les airs roule en feux créateurs : Le vallon se transforme en un vase de fleurs: L'astre du jour paroît, la nature s'admire. Le sol devient sensible, et la plante respire.

Doucement attendri des charmes du coteau, Guise arrive à pas lents aux portes du château : On rintroduit, il entre... O merveille imprévue! L'art surpasse en ces lieux la nature vaincue : L'or, Talbàtre, l'argent, brillent de toutes parts; Et leur magnificence éblouit les regards. Des colonnes de marbre élèvent leur noblesse : Un dôme de tableaux étale sa richesse : Tout enflamme les sens... et, sans doute , à grands frais, Le luxe à la mollesse éleva ce palais. Guise est seul... Tout entier à ses douces idées, Il erre avec ivresse en ce temple de fées : De parfums et de fleurs les tapis sont couverts j

CHANT XI. sSi

Le feu des voluptés circule dans les airs.

Déserteurs de Paphos, là, les amours volages

Semblent se balancer sur de légers nuages :

Les saphirs, les rubis s'enchainent en festons;

Aux richesses de l'art Flore ajoute ses dons;

Enfin, soit vision, erreur, ou stratagème ,

Tout enchante en ces lieux, jusqu'au mystère même.

Sur les lambris dorés du palais merveilleux, De séduisants tableaux viennent frapper les yeux : Aux pieds d'Orophale, ici, l'Amour, aveugle guide, Ose d'une quenouille armer le grand Alcide : Là, Diane, au milieu d'un nuage épaissi, Des plus tendres baisers couvre un amant chéri; Ici, se voit Céphale enlevé par l'aurore; Tous ses feux sont versés sur l'amant qu'elle adore: Là, Jupin, sous les traits d'un héros qu'il trahit. Pour mieux jouir d'Alcmène, éternise la nuit. Plus loin, dans une grotte, au milieu d'un orage, Enée ose entraîner la reine de Carthage (3); Et sur un lit de fleurs , tandis qu'Amour sourit, La volupté triomphe, et la pudeur s'enfuit.

Tout entier se livrant au charme qui l'entraîne , Guise de ce palais cherche la souveraine : Un doux ravissement transporte ses esprits Dans les cieiiix, sur l'olympe, en des bosquets fleuris;

aSa CHARLEMAGNE.

Chaque objet le séduit, chaque image Tenivre; Les tableaux vont parler, et les murs semblent vivre. Bientôt, dans le lointain, les plus divins concerts, D'accords délicieux font retentir les airs; Et les plus tendres voix qu'enfanta l'harmonie, Aux plus doux instruments joignent leur mélodie. Hors de lui-même. Guise, ébloui, transporté, S'élance jusqu'au fond de ce temple enchanté: La volupté sourit, et vole sur ses traces. Une porte d'ivoire, oii sont peintes les Grâces, Vient arrêter ses pas... jamais l'art du pinceau N'avoit offert à l'homme un plus vivant tableau: Les trois Grâces sembloient, d'un air doux, mais sévère, De l'amante de Mars garder le sanctuaire.

Extasié, ravi, peut-être peu discret, Guise brûle d'entrer dans l'asile secret... Il ouvre... Mais, ô ciel! en croira-t-il sa vue ! La mère des amours, sur des fleurs étendue, Avec grâce sommeille... et ses traits enchanteurs Eblouissent les yeux, en ravissant les cœurs. Par la r.haleur du jour mollement abattue, Cette jeune beauté repose demi-nue; Et mille appas secrets, trésors voluptueux, Se laissent voir à peine, et charment encor mieux.

CHANT XL a53

A ce nouvel aspect, pour lui trop redoutable, Guise commence à croire aux songes de la fable; Il se croit à Cythère, et de joie enivré, De tous les feux d'amour il se sent dévoré... II s'avance... O transports plus ravissants encore! Guise vient de tomber aux pieds de Léonore.

Elle ouvre alors les yeux, lui jette une doux regard, Rougit de son désordre, et l'augmente avec art : Etincelants d'amour, les yeux du jeune Guise En silence sur elle erroient avec surprise : La perfide l'observe, et d'un air souriant : « — Ah! Guise, c'est donc vous, dit-elle en soupirant, i> Vous que, pour mon malheur, je vins connoître en France, » Vous, qu'il m'a fallu fuir! dont je crains la présence! » Sur qui depuis long-temps j'aspirois à régner! }> Vous, qu'enfin, par amour, je parus dédaigner! » La raison m'ordonnoit d'éviter votre vue... » Mais l'amour parle en maître, et la raison s'est tue. »

O trop doux aveu! Guise, à ce discours trompeur, Ecoute, et n'ose encor croire à tout son bonheur: Ses discours, ses transports, le trouble qui l'oppresse, Tout en lui de l'amour peint la brûlante ivresse ; La reine du vallon, fière de son pouvoir, Jette sur lui des yeux où rayonne l'espoir; Leur douce expression le trompe avec adresse ;

254 CHAÏILEMAGNE.

Quand elle veut sa perte, il croit à sa tendresse.

« — Relevez-vous, dit elle à son crédule amant,

» Vous apprendrez bientôt ma naissance et mon rang.

» Ah! cher Guise, il se peut que l'hymen nous unisse;

» Mais avant cet hymen j'exige un sacrifice. »

« — Vous ! des conditions! dit le fougueux amant,

» Ah! dictez-moi des lois! faut-il verser mon sang !

» Vaincre mille guerrieis! bouleverser la terre!...

» L'amour peut tout vouloir, la valeur peut tout faire :

M Dussiez-vous m'ordonner les plus affreux travaux...

» Le prix est assez grand pour payer tous les maux. »

«1 — Ah Guise! lui répond l'adroite Léonore,

« Je n'attendois pas moins du héros que j'adore :

» Mais dois-je l'avouer!.. Par un tendre lien ,

» Il me tarde déjà d'unir mon sort au tien.

» Cher Guise! je le sens, un cœur aimant sans feinte,

» Ne connoît point l'amour, sans connoitre la crainte. •>

Tel on voit le serpent se glisser sous les fleurs. Telle, s'enveloppant de voiles imposteurs, Léonore avec joie en ces mots continue : <, — Guise! il est temps enfin que je te sois connue; » De la chevalerie, ô toi qui fais l'honneur! » Du noble Vitikind tu vois en moi la sœur: » Princesse, j'aime mieux ton nom qu'une couronne; » Un héros vaut un roi , la gloire vaut le trône. » Guise, de l'avenir pénétrant les secrets,

» Je vois Jes descendants, idoles des Français*,

>) S'élever souverains du char de la victoire :

» A ton nom immortel s'attachera la gloire :

» Quitte cet air surpris, humble, silencieux;

» Ce n'est point ton respect, c'est ton cœur que je veux.

M J'ai peint à Vitikind ta tendresse et la mienne;

M II daigne consentir que l'hymen nous enchaîne ;

» Et pour mieux aujourd'hui t'éléver jusqu'à moi ,

» Il t'accepte pour frère , et des Wulzs'^* te fait roi.

» La seule loi qu'il dicte à ta reconnoissance,

j» C'est de quitter pour moi Charlemagne et la France :

» Ah! cher Guise, réponds, si jamais tu m'aimas,

» Le bonheur aujourd'hui t'appelle entre mes bras;

» Viens gouverner un peuple, et, cher à la victoire,

j) Filer des jours tissus par l'amour et la gloire. »

Elle dit : Guise, hélas! a le regard baissé; Son ardeur s'est éteinte, et le charme a cessé. Déserter lâchement sa patrie et son maître ! Au moment du danger quitter l'armée en traître! Cette idée est horrible, et Guise a dû frémir: Sombre et silencieux, il se lève et veut fuir: Mais, craignant d'un refus le trop honteux outrage, Léonore l'arrête, et contenant sa rage,

* Les fameux ducs de Guise, au i6« siècle. ** Les VN'ulzs, ou Wulzes, ou Vilzs, peuples slaves, étoieuf. au delà de l'Oder.

Soit dépit, soit orgueil, soit ruse, soit détour, Son désespoir ressemble à l'excès de l'amour.

D'un son de voix plaintif, l'illustre enchanteresse S'écrie : — « Eh! voilà donc le prix de ma tendresse 1 » Quand pour toi j'étois prête à tout sacrifier , » Par tes refus, ingrat! tu viens m'humilier: « Va, pars! j'en ai trop fait pour ton âme insensible; » J'en mourrai, je le sens... Sur mon tombean paisible, » Du moins viens dire un jour, attendri sur mon sort ; » Pour prix de son amour je lui donnai la morl. »

Elle dit : et ses pleurs coulent en abondance. Guise la voit pâlir, tomber en défaillance ; Il s'arrête... L'honneur veut en vain résister, Léonore expirante est près de l'emporter: Ses charmes, qu'à former le ciel sembla se plaire, Vnilcs par une gaze entr'ouverte et légère, Brillent éblouissants... et sur eux, à loisir, Laissent avec ivresse errer l'œil du désir. Guise des passions se croit dans l'atmosphère; Il respire leurs feux, s'y plaît, s'y désespère; Ses sens sont en désordre... Amant trop malheureux! Il prononce ces mots en détournant les yeux : « — Qu'exigez-vous de moi, cruelle Léonore! » Ah ! que vous déchirez ce cœur qui vous adore! « Non, je ne puis trahir mon devoir et l'honneur; » Vous m'en estimez plus au fond de voire ctEur :

» J'aurois pu vous donner et mon sang et ma vie; » Je sacrifierois tout... excepté ma patrie. » Léonore ! ah! faut-il qu'en ce funeste jour, « Guise, en vous adorant, maudisse son amour! »

En achevant ces mots, effrayé de hii-même. Guise veut s'éloigner; mais, ô surprise extrême! A la seconde porte un tableau merveilleux Lui ferme le passage... En roi chéri des cieux, Guise est peint sur le trône auprès de la victoire, Entouré des amours, couronné par la gloire; Tandis que Léonore, ivre de son bonheur, Dans ses bras mollement repose son ardeur.

A ce piège nouveau, crédule en sa tendresse,

Le paladin ravi succombe à sa foiblesse :

Il demeure imm^obile, il ne se combat plus.

Pour fixer mieux encor ses vœux irrésolus,

Des guirlandes de fleurs s'abaissent sur sa tête :

C'est l'art qui le retient, c'est l'amour qui l'arrête.

Guise a baissé les yeux... Quel moment pour son cœur!

Léonore à ses pieds expire de douleur;

Elle tient un poignard, elle offre une couronne;

S'il la refuse encor, c'est sa mort qu'il ordonne :

C'en est trop! Guise cède... Il est enfin vaincu...

Soudain s'offre une idée à son cœur éperdu ;

V — Léonore! à tes pieds vois tomber ton esclave :

» Que m'importent les maux, quand pour toi je les brave!

a5S CHARLEMAGNE.

» Chère amante! partons : glorieux de tes fers,

n Je vole, s'il le faut, au bout de l'univers.

" Hélas ! j'eusse aimé mieux des cabanes qu'un trône :

» C'est toi, c'est ton cœur seul que Guise ambitionne ;

M Mais sur un doute encor, sans feinte éclaire-moi ;

»> Vitikind veut qu'ici j'abandonne mon roi ;

»> Mais prétend-il aussi que, prenant sa défense,

» Je tourne dans son camp mon bras contre la France ? »

« — Oui, » répond Léonore. A ce mot, dans son coeur.

Le fier Guise à Tamour sent succéder riiorreur :

« — Vous osiez m'engager à commettre un tel crime!

}) S'écrie avec transport le guerrier magnanime :

» Me l'avoir proposé, c'est m'avoir avili !

1» Qu'à jamais cet affront périsse dans l'oubli!

» Votre amour étoit feint... J'apprends à vous connaître;

M On ne peut que haïr qui l'on veut rendre traître :

■ Adieu. Je ne crains plus votre art ni vos discours;

» Guise a le cœur français, Guise l'aura toujours. »

Il dit : avec dédain repoussant Léonore, Guise arrache les fleurs qui l'entourent encore ; Et de ce lieu perfide, à pas précipités, Applaudi par l'honneur, il fuit les voluptés.

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