PREFACE. XJ
chaque dynastie eut sa bannière , chaque maison royale eut ses couleurs. Honneur à tout Français qui sut illustrer sa patrie , et combattre noblement pour elle, n'importe à quelle époque et sous quel étendard !
Par une bizarrerie vraiment inexplicable, les auteurs français , loin de célébrer leur nation , à l'exemple des Grecs et des Romains , semblent s'être obstinés à ne prendre pour sujets de leurs chants que des guerriers étrangers. Eh quoi! nos héros , notre histoire , nos contrées , nos conquêtes, nos prodiges, sont-ils moins poétiques que ceux des autres peuples ! Les vierges modestes de Lutcce avoient-elles moins de charmes que les nymphes lascives d'Amathonte ! Eh quoi! ces Gaulois, vainqueurs de Tltalie , maîtres de Rome , forçant les Thermopyles, pénétrant dans la Thrace , s'emparant de Byzance, entrant en Asie, soumettant le Midi, gouvernant le Nord ! ces Sicambres altiers , que l'antiquité regardoit comme invincibles ! ces Francs, la terreur du monde! sont-ils moins grands que les rivaux qu'ils terrassèrent?..
Et ces preux courtois, ces vaillants chevaliers,
xij PREFACE.
ces héros de la Terre-Sainte , ne se couvrant de lauriers que pour en faire hommage à leur Dieu, leur prince et leur dame! ces paladins hardis , descendants des Gaulois ! ces troubadours joyeux , nouveaux fds d'Apollon ! offrentils donc à la poésie moins de peintures brillantes que toute celte race éternelle de Priam et d'Agamemnon ?
Mithridate montroit à ses soldats , comme garants de la victoire , quelques Gaulois qu'ils avoient dans leurs rangs : Salluste les déclara supérieurs aux Romains : le grand Frédéric s'écrioit que, s'il étoit né roi de France , il ne seroit tiré en Europe aucun coup de canon sans sa permission. Et nous! nous qui devrions être si fiers , tant de l'héritage de gloire que nous ont légué nos ancêtres , que des hauts faits merveilleux de nos contemporains ; nous , qu'ont admirés, jusque dans nos revers, les peuples les plus jaloux de notre suprématie , nous seuls nous dédaignons de chanter nos grands hommes !
Ah! que désormais les étrangers portent seuls leurs guerriers à la postérité ! mais pour nous ,
PREFACE. XÎij
laissant enfin de côté leurs Achille, leurs César, leurs Brutus , leurs Alexandre ; pleins d'un juste enthousiasme, ne chaulons plus que nos Brennus, nos Clovis, nos Charles, nos Louis, nos Bayard et nos Turenne ! et que tout noble habitant de nos célèbres et poétiques contrées , électrisé par les chants nationaux des bardes de notre âge, étonné de nos propres merveilles , ivre d'orgueil et de joie , s'écrie : — « Et moi aussi je suis Français! »
Jeune et enthousiaste , lorsque j'entrepris mon poëme , tout entier à l'impatient désir de chanter ma patrie , je ne balançai pas dans le choix de mon héros : quel astre sur la terre répandit plus d'éclat que le César français! Sans la lyre d'Homère , qu'eût été Achille auprès de Charlemagne*!
La conquête de la Germanie , la fondation de
* Lorsqu'on érigea la colonne de la place Vendôme , ce fut par suite d'un décret portant qu'il seroit élevé un monument à la mémoire de Charlemagne, monument qui seroit surmonté de sa statue. Pourquoi n'exécuteroit-on point le projet primitif?.. Quel prince a plus que Charlemagne mérité de sa patrie un monument glorieux!..