MADAME DE GENLIS A M. DE FORBIN
Vous désirez, malgré mon âge, Savoir quel est mon jugement Sur le mérite d'un ouvrage Que tout Paris trouve charmant.
Autant vaudrait, assurément, Mettre votre esprit en problème, Et prétendre que sur vous-même Je vous dise mon sentiment.
Mf MADAME DE GENLtS
De maint ouvrage somnifère.
Que le matin voit publier Et que le soir voit oublier, Combien Barimore diffère!
C'est comparer le don de plaire Avec le talent d'ennuyer.
Ici, le sens n'est pas contraire A l'éclat de la diction; Ici, l'esprit, de sa lumière N'obscurcit jamais la raison :
Mais sous un vernis de paresse L'auteur déguisant sa richesse, Des couleurs de la fiction Sait, avec une heueru«s adresse, Farder son érudition.
L'amour des arts, de la nature Se trahit dans plus d'un tableau, Où sa plume brillante et pure Sous ses doigts devient un pinceau. A l'intérêt de ma lecture Faisant participer mon cœur, Je m'attendrissais au malheur Du héros de cette aventure, Et séduit par la douce erreur D'un sentiment involontaire, Sur cette scène imaginaire
A M. DE FORBIX. iV
Je me croyais moi-même acteur.
Cet ouvrage a plus de mérite Qu'il n'en fallait pour réussir ; Trouvant, au gré de mon désir, Qu'il finissait beaucoup trop vite, J'ai su prolonger mon plaisir En le lisant trois fois de suite.
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