‹ Charles Baudelaire, étude biographique. Rev. et mise à jourChapitre 14 sur 38 · LETTRE DE CHARLES VSSELLNEAU · texte numérisé non relu

LETTRE DE CHARLES VSSELLNEAU

[23 ou 24 février i85q.] <( Mon bon ami,

» On voit bien que vous vivez dans une Thébaïde, vous ignorez les révolutions des empires. Edouard Houssaye n'est plus à l'Artiste. Cet administrateur émérite a été remplacé comme dans les intermèdes de Molière (dame ! vous avez cité Dorine) (1), par deux matassins : Arsène Houssaye et de Yauxcelles.

» Tout m'invite donc à faire une retraite honorable, et vous comprenez que ce n'est pas le moment de rien demander. Je dis cela pour vos gravures, car d'ailleurs je suis allé à l'imprimerie Ducessois où il m'a été répondu, entr'autres choses, que vous teniez à ce que vos épreuves fussent communiquées à Théophile (2),

(1) V. la lettre de Baudelaire (20 février 59), à laquelle celle-ci répond.

(2) Th. Gautier, qui voyageait en Russie à cette date. Baudelaire, qui eut toujours la plus grande déférence pour « le parfait magicien es-lettres françaises », voulait lui soumettre l'étude qu'il avait écrite sur son talent et son œuvre, avant tic donner le bon à tirer.

CHAULES BAUDELAIRE

Lequel n'es! pas encore revenu et ne reviendra pas, diton, a\anl avril. Ces Messieurs de l'imprimerie sont assez d'avis de passera l'ordre du jour sur ce point, sauf à communiquer les épreuves au fils de Gautier. Moi, je crois qu'il serait plus simple de ne consulter personne et de vous en rapporter à votre conscience. D'autre part, j'entends dire qu'Arsène Houssaye est . d'avis de faire concorder l'apparition de votre article avec le retour de Théophile. Dans tous les cas, vous recevrez vos épreuves comme vous l'avez désiré. Je vous remercie mille fois de m'avoir envoyé vos vers, qui sont des plus beaux que vous ayez faits.

» Est-ce une épreuve de la Contemporaine? (i) Et comment ètes-vous désolé d'avoir à donner de la copie à de Galonné ? Ceci suppose une évolution que j'ignore complètement.

» Je ne comprends pas comment ils m'arrivent imprimés (2).

» Le tour de Babou n'est pas si cruel puisqu'il vous a valu une lettre de Y Oncle (3).

» Du reste je vous garderai le secret là-dessus, comme aussi sur l'anecdote. Ah ça ! vous voulez donc devenir maire de , que vous craignez les can-

cans ? Qui diable voulez-vous que je connaisse capable

(1) V. plus loin nos notes, sous les lettres de M. de Calonne.

(2) Il s'agit ici de Y Albatros et du Voyage que Baudelaire avait fait imprimer dans une typographie de Honfleur,

(3) Surnom familier de Sainte-Beuve. Y. p. 422-23 nos notes sous une lettre de celui-ci.

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ou susceptible d'aller faire des cancans à ?

» J'ai fait part à Morel i) de vos bonnes intentions pour lui, il vous attend à bras ouverts. La Madelène est convalescent, mais quelle convalescence ! Je l'ai trouvé toussant dans une chambre où l'humidité exige un feu permanent. Ce feu, on le fait de charbon de terre qu'on place, non pas dans, mais hors de la cheminée. Au bout de dix minutes la tête vous tourne. Impossible de lui faire comprendre que ce mode de chauffage suffirait à le rendre malade, songez que sa tisane et la soupe chauffaient concurremment à cette vapeur.

)> La pièce de l'Albatros est un diamant ! Seulement je voudrais une strophe entre la deuxième et la dernière pour insister sur la gaucherie, du moins sur la gêne de Y Albatros, pour faire tableau de son embarras. Et il me semble que la dernière strophe en rejaillirait plus puissante comme effet (2).

» \ ous voyez que, mieux on fait, plus on vous demande. C'est dans l'Ecriture Sainte.

» Permettez-moi de vous exprimer les sentiments que l'empereur Napoléon Ier avait pour la population lyonnaise.

» Votre

Cil. AsSELLNEAX. ))

(1) Le Directeur de la Revue française.

(2) Baudelaire suivit le conseil d'Asselineau : il ajouta la troisième strophe.

3 I y CHARLES BAUDELAIRE

LETTRE DE IUPPOIATE BABOE

<( Mon cher Baudelaire,

» Je n'ai rien à répondre à votre lettre, que ce simple mot : Je ne trouve pas votre procédé amical.

» Rien ne m'étonne dans les relations littéraires, vous étiez parfaitement le maître de choisir votre moment pour rompre avec un journal aussi peu important que le Monde littéraire (x) : mais il me reste la liberté de penser et de dire que ce moment a été mal choisi.

» Si je n'avais été en garde contre de tels accidents, la brusque suppression de votre copie aurait pu me gêner. J'avais heureusement d'autres articles en réserve.

» Recevez mes remerciements très sincères pour les choses aimables qui, dans votre lettre, s'adressent à moi personnellement.

» Quant à ce qui roule sur les frais de voitures et de commissionnaire, quant à la recommandation que vous faites de ne plus vous adresser le journal, on peut, sans être pointilleux, trouver que tout cela était au moins inutile.

(i) Baudelaire avait donné au Monde littéraire, dont H. Babou était directeur, deux études : Philosophie de l'ameublement (Le Monde littéraire, 27 mars i853) et la Morale du joujou (n° 3, avril i853).

Le Charles Baudelaire, Lettres, ne nous fournit pas la contre-partie de ce billet ; en revanche, il témoigne, — v. passim, — que le poète et le critique n'avaient pas tardé à se réconcilier. — V. encore, p. l\ 92-23, nos notes sous un billet de Sainte-Beuve.

)) Je vous prie aussi de ne pas m'en vouloir et de me considérer comme votre ami.

» II. Bàbou.. »

Mercredi, 20 avril [i853].

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