‹ Charles Baudelaire, étude biographique. Rev. et mise à jourChapitre 16 sur 38 · LETTRES DE PIIILOXKXE BOYER · texte numérisé non relu

LETTRES DE PIIILOXKXE BOYER

« Mon cher ami,

» Je me charge auprès de vous d'une supplique très difficile à rédiger, — et au succès de laquelle on tient énormément ! Pourquoi l'on m'en a chargé ? les gens aimables diront qu'ils comptent sur mon style, moi j'affirmerai que c'est pour pouvoir m'imputer l'échec — en cas d'échec î Calculez donc le cas où vous m'induisez.

» Demain samedi, Léontine pend la crémaillère dans son nouvel appartement boulevard du Temple, 28). Ses amis dînent et festoient à 6 heures. Les moins liés viennent le soir. On veut que vous soyez des plus liés et que vous veniez vous mettre à table à coté d'amis et de gens utiles dans l'occasion. Ne refusez pas ! On vous demande comme vous serez, à l'heure que vous voudrez, pour Je temps qui vous sera loisible ! mais on vous demande et on vous exige, fut-ce (sic) une heure? Venez donc à 6 heures demain, et je n'ai pas besoin de vous dire que personne autant que moi n'aura plaisir à trinquer avec vous !

» Philoxène Boyer. »

le n° \l\ par M. Maurice Tourmcux. dans l'Amateur d'Autographes (i5 juillet 1899), les autres par M. Féli Gautier {Mercure de France, icr mars 1906), avec l'autorisation de Mllc Louise Read, dont on sait de quel culte pieux elle honore la mémoire du grand écrivain normand.

Dans nos notes relatives à cette correspondance, nous nous sommes plusieurs fois inspiré de celles de M. Gautier.

LETTRES DE M. DE CAL0NNE (i)

u Mon cher collaborateur,

» Voici l'épreuve de vos vers. Tout va bien. Envoyezmoi votre opium. Vous savez que je suis seul pour tout lire et qu'il me faut un peu de temps.

)) Mille compliments. »

9 Février.

(( Cher Monsieur,

» Vous m'envoyez des vers : c'est fort bien et je vous en remercie. Mais envoyez-moi donc aussi un peu de prose. Votre haschisch sera complètement oublié quand arrivera votre opium (a).

» Bien à vous. »

ii Mars.

Paris, le 20 avril 18G0.

a Monsieur,

» Je trouve votre lettre très impertinente et elle devait me venir de vous moins que de personne. Si vous vous

(i) Communiquées par M. Albert Ancelle.

(2) Le Haschisch avait paru à la Revue contemporaine, dont M. de Calonne était directeur, dans le n° de septembre i858. Les Enchantements et Tortures d'un mangeur (V opium parurent, en deux articles, n° de janvier 1860*

étiez donné la peine de répondre poliment à ma lettre polie, j'aurais pu vous montrer dans vos vers telles chevilles que vous auriez au coup sur (sic) désavouées. Vous ne l'avez pas voulu : je les publierai tels quels,, tant pis pour vous. Mais vous me permettrez de vous, trouver au moins pour la dixième fois une suffisance très déplacée (i).

» Votre serviteur. »

« Mon cher monsieur Baudelaire,

» Je serais désolé de vous être désagréable en quoi que ce fût ; ce n'est ni dans mes intentions ni dans mon

(i) N'ayant pas la date précise de ce billet, nous ne pouvons dire avec certitude de quelles pièces il est ici question.

Les rapports de Baudelaire avec le directeur de la Revue contemporaine furent souvent orageux. Les lettres à Poulet-Malassis en témoignent (v. passini, années 1859-1860 surtout). Même, dans l'une, nous lisons : «... J'ai cru à une affaire effroyable avec Calonne... Me croyez-vous obligé de me battre pour mes vers ? » [mai 1860J.

Il est certain que M. de Galonné avait une fâcheuse tendance à retoucher les textes de ses collaborateurs (v. la lettre à Malassis du 16 février 1869) ; mais il faut convenir aussi que la nervosité de Baudelaire dépassait souvent la mesure... Enfin, pour expliquer pleinement des relations aussf tendues, il faut remarquer encore, — et ta lettre 4 de cette série nous en fait souvenir à propos — que Baudelaire et de Calonne se débattaient l'un et l'autre dans de terribles difficultés où leurs intérêts étaient souvent mêlés, et parfois contraires.

Caractère. .Je constate seulement un fait douloureux pour moi, c'est que je suis saisi de votre fait et que je vais être vendu si je ne paie, d'ici au 20, 3oo fr., plus frais et intérêts. L'huissier m'a fort bien montré un ovdre de poursuivre à outrance. Les reçus que vous avez ne servent à rien et ne seront comptés pour rien, parce qu'ils sont donnés à votre nom et non au mien, comme vous auriez dû le faire. Faites changer ces reçus par M. Gélis, faites -les donner à mon nom et surle-champ je ferai payer les frais et retirer les billets : pour les autres, nous nous arrangerons avec la délégation ; je ne demande pas mieux, vous le voyez, que d'arranger les choses amiablement. J'ai fait payer les frais de Sclrvvartz et l'effet nous est rentré, mais de •ce côté, grâce à vous encore, j'ai perdu tout crédit.

» Allez donc chez M. Gélis, faites modifier les reçus, apportez-les-moi, et je me charge du reste. Je vous attendrai demain et lundi jusqu'à midi, mais apportezmoi les reçus sans lesquels je ne puis rien faire. Tous trouverez toujours bon accueil près de moi. » Mille compliments.

» A. de Caloxxe.»

ii Mai.

lettres de ciiaupfleury (i)

i3 septembre i853.

« Mon cher Baudelaire, » Vous trouverez mon volume sous bande à votre

(1) Communiquées par M. Albert Ancclle.

Nous avons parlé a plusieurs reprises, dans I'Etudé

adresse à la librairie nouvelle ; vous l'auriez reçu à son apparition si j'avais eu voire adresse et si je n'étais pas en voyage.

» Tout à vous.

» Merci de la lettre de 1' Vrehéologue. »

Biographique, des relations de Baudelaire avec Cliampfleury, et renvoyé aux Souvenirs et Portraits de jeunesse de celui-ci. — Nous avons aussi, dans une note, p. 63, cité quelques lignes empruntées aux Aventures de Mademoiselle Mariette, comme relatives à Gérard, un des personnages du roman pour lequel, écrivions-nous, Baudelaire a certainement posé dans l'intention de Fauteur. Faut-il traduire Gérard par Baudelaire ? Là question est discutable, étant certain que le héros des Aventures, s'il ressemble, par certains côtés de son caractère, à Champfleury lui-même, rappelle, par d'autres, le poète des Fleurs. Mais nous devons au lecteur et à nous-mêmes de signaler l'erreur au moins matérielle que nous avons commise dans notre note de la p. G3, et dont nous ne nous apercevons que trop tard pour la faire disparaître à cette place : loin de s'appliquer au personnage de Gérard, les quatre lignes citées concernent certain poète que l'auteur a pris soin d'opposer à Gérard — ce qui ne prouve pas d'ailleurs que cette proposition n'ait eu principalement pour but d'égarer la perspicacité du public. Dans son intéressant ouvrage : L'œuvre de Champfleury (Léon Sapin, 189 1), M. Glouard a signalé deux clefs des Aventures de Mademoiselle Mariette, l'une de l'auteur, l'autre de Baudelaire, que Poulet-Malassis avait jointes à son exemplaire ; mais, ne connaissant pas, — et nous ne sommes pas plus heureux, — le possesseur actuel de cet exemplaire, il n'a pu lui demander l'autorisation de reproduire ces curieux documents.

34o CHARLES BAUDELAIRE

(( Mon cher Baudelaire,

» Une femme, d'une intelligence très curieuseet très allemande, voudrait vous inviter à des soirées dont la prochaine aura lieu samedi prochain (demain 28 février), à 8 heures 1/2 du soir. Mais comme elle désirerait vous entretenir à fond des idées philosophiques d'Edgard Poe (sic) et aussi de ses poésies, et aussi des vôtres qu'elle a étudiées, j'ai pensé qu'il vaudrait mieux que vous la voyiez vers 1 heure de l'après-midi. Il est rare qu'elle soit sortie à cette heure. En allant demain soir chez elle, à 8 heures 1/2, la foule ne sera pas encore arrivée et nous causerions tranquillement. J'irai demain du reste. Mais si vous voulez vous entretenir seul avec elle, allez-y vers les 1 heures (sic) de l'aprèsmidi.

)) C'est Mme O'Connel, dont vous connaissez la peinture, mais qui s'occupe beaucoup de philosophie. Elle demeure place Yintimile (sic), 19.

» À vous cordialement. »

37 février 63.

» Mon cher Baudelaire,

» Vous jouez toujours admirablement et « en parfait comédien » les forts premiers rôles de sphynx.

» Je n'avais pas compris le sens caché de votre lettre 1) et je m'étais engagé innocemment à vousamener.

» Puisque cette visite vous coûte, je ne m'en occupe plus et je n'irai pas vous déranger dimanche.

» Ayez seulement la complaisance de m'écrire quelques lignes sur un dépari quelconque qui vous empêche d'aller là où on admire Edgard Poe et son traducteur. Au moins je serai dégagé et j'aurai prouvé que j'ai rempli mes promesses.

» Mais quant à ma dignité compromise, je vous récuse. N'allez pas dans de plus mauvais lieux ; essayez d'imiter ma vie de travail, soyez aussi indépendant que moi ; n'ayez jamais hesoin des autres et alors vous pourrez parler de dignité.

» Toutefois je ne donne pas plus d'importance au mot, le mettant sur le compte de votre bizarrerie factice et naturelle à la fois.

G mars 63.

» Y vous cordialement (2). »

8 mars i863.

« Mon cher Baudelaire,

» Impossible ce déjeuner et croyez-moi sans rancune. Je travaille beaucoup et le moindre changement dans mes habitudes de nourriture sobre m'empêche de travailler le lendemain.

(1) Nous n'avons pas cette lettre.

(9) V. la réponse de Baudelaire, 6 mars i8G3.

» A <ms et Malassis voulez à boute force me faire passer pour on terrible mystificateur, preuve de faiblesse d'esprit. Votre rencontre avec Mme O'Connel m'intéressait si peu que je vous invitais «à y aller seul. Relisez ma première lettre si vous l'avez gardée ; j'ai d'autres comédies plus importantes à voir jouer :

» "Voilà ma seule défense.

» V vous cordialement.

» CïIAMPFLEURY. »

LE CHEVALIER DE CHATELAIN (i)

Correspondant des journaux étrangers à M. Ch. Baudelaire.

Londres, le 26 mars i803.

Castelnau Lodge Warwick Crescent. W. London.

« Monsieur,

■» Je n'ai pas l'honneur de vous connaître personnellement, mais grâce à un jeune ami, — M. Stéphane Mallarmé, — je viens délire votre belle traduction des contes de Poe, et je l'admire beaucoup. "Votre introduction dans le premier volume et vos notes nouvelles dans le second forment un travail très remarquable; et si ma bonne fortune me fait un jour faire votre connaissance personnelle — ce qui, hélas ! est fort aléatoire — j'aimerais à causer à ce sujet avec vous longuement.

» Aujourd'hui, voici le but de ma lettre, c'est de vous •demander si vous voudriez bien échanger avec moi

(1) Communiquée par M. Albert Ancclle.

APPENDICE 3Zf3

vos deux volumes contre ma traduction V édition) des « Beautés de la Poésie Anglaise » dans lesquelles se trouvent le Raven (1 et les Cloches du grand poète?

» Si vous aviez l'occasion de me faire passer votre ouvrage, je ferais en sorte de vous faire tenir le mien. En attendant, je copie for yonr acceplance, comme on dit ici, une traduction des cloches — que trouverez sous ce pli.

» Agréez, Monsieur, l'assurance de ma haute considération.

« Le Chevalier de Châtelain. »

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