‹ Charles Baudelaire, étude biographique. Rev. et mise à jourChapitre 23 sur 38 · LETTRE DE MADAME VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

LETTRE DE MADAME VICTOR HUGO

u Comment ètes-vous? cher Monsieur. Je vous envoie ce mot pour rassurer votre inquiétude, non que je vous crois sérieusement malade, mais c'est déjà trop que de ne pas avoir sa santé complète. Qu'au moins vos ennuis soient adoucis par la conviction que vous avez en nous des amis d'un dévouement absolu.

» Votre couvert est toujours mis ici, ne laissez donc pas votre place vide.

ci, Baudelaire laisse pleinement éclater l'antipathie qu'il nourrissait contre les idées philanthropiques d'Hugo et contre le caractère du romancier des Misérables. Les ennemis de notre poète, qui ne sont pas moins passionnés que ses amis, ne manqueront certainement pas cette occasion de le taxer d'hypocrisie, et feront ressortir de quelle monnaie il paya les services rendus... Ce faisant, ils négligeraient singulièrement un document d'un intérêt capital : La lettre au directeur du Figaro à propos de l'anniversaire de Shakespeare. (i4 avril i864-)

On sait ce que fut le banquet organisé à cette occasion : une manifestation politique masquée sous un prétexte littéraire, et aussi le premier acte d'une comédie destinée à lancer le dernier livre d'Hugo... Baudelaire, seul, eut le courage de protester. Et, dans sa lettre ouverte, — dont il ne demandait pas que la signature fût retranchée, — il qualifiait Hugo : « Ce poète (en qui Dieu, par un esprit de mystification impénétrable, a amalgamé la sottise avec le génie).., » il annonçait du Shakespeare : « Ce livre... comme tous ses livres pleins de beautés et de bêtises, va peut-être encore désoler ses plus sincères admirateurs... »

11 n'a guère dit autre chose dans ses Lettres. D'ailleurs, c'est un trait de caractère que nous retrouvons souvent

)> A vous de cœur, cher Monsieur.

« Adèle Victor Hugo (i). »

lettre de lecoste de lisle

Paris, l\ avril 1861.

<( Mon cher ami,

» Lacaussade a dû vous prévenir que j'avais l'intention de parler des Fleurs du mal dans la Revue Européenne ; mais il est indispensable que vous arrachiez à de Broise un exemplaire de votre dernière édition que je n'ai pas. Je suis très heureux de l'occasion qui m'est offerte de dire tout ce que je pense de vous, et j'insisterai particulièrement, bien entendu, sur certains points que vos critiques, ou plutôt vos insulteurs, ont négligés par ineptie naturelle.

» rV oubliez pas mon exemplaire.

)) Tout à vous,

)) LeCOXTE DE LlSLE (2). ))

chez lui, cette liberté d'appréciation gardée envers ceux qu'il admire le plus : ne le voit-on pas prendre parti pour Flaubert à propos de Salambo, contre « l'oncle Beuve » lui-même ')

(1) Nous n'avons pas la date de cette lettre, mais son texte indique suffisamment qu'elle fut écrite à Bruxelles et quand Baudelaire était déjà gravement atteint. Il faut donc la placer entre i865 et 1866.

(2) L'article annoncé parut dans la Revue Européenne, le iCl décembre 18G1. Celui de Baudelaire sur Leconte de Lisle avait paru trois mois auparavant à la Revue fantaisiste. — Lettre communiquée par M. A. Ancclle.

LETTRES DU COMMANDANT LEJOS>"E (i)

4 janvier i864.

u Mille remerciements, mon cher Baudelaire, de votre aimable lettre et du bon souvenir que vous nous avez gardé. Nous parlons souvent de vous, le soir, au •coin du feu, et vous nous avez beaucoup manqué, le premier de l'an, jour où nous avons en effet dîné avec quelques intimes et où tout le monde a regretté votre absence. Mon cher ami, si la Belgique est pour vous l'antre de Polyphème, faites donc comme Ulysse, crevez l'œil de Cyclope et sortez.

» Je me suis occupé, hier, de l'affaire Malespine. J'ai vu M. Guéroult (2) qui m'a conduit dans le bureau dudit Malespine (3) , lequel a déclaré :

» i° Que Marie Roget était trop psychologique pour le journal, qu'elle conviendrait parfaitement à une Revue, mais que Y Opinion nationale ne pouvait admettre des développements de cette nature.

» 20 Que la scène du roman ayant été déplacée, et

(1) Nous savons peu de choses du commandant Lejosne, qui était des amis de Manet, Delacroix, de Mim Meurice. etc., et s'était offert pour seconder Baudelaire dans ses négociations avec les éditeurs parisiens. — Théophile Silvestrc lui dédia son Eugène Delacroix. — V. Lettres, iG novembre i865.

(2) Le directeur de V Opinion Nationale.

(3) Rédacteur au même journal, et fondateur, sur la fin de l'Empire, de la Presse libre.

l'action transportée de New-York à Paris, il en résultait des bizarreries typographiques inacceptables, etc. ,ctc. . . je vous fais grâce du reste...

» Il n'y avait pas à marchander ni à raisonner avec ce personnage. Je me suis donc purement et simplement retiré. Le soir, je dînais chez Magnoncourt qui doit parler aujourd'hui à M. Guéroult, et battre en brèche le Malespine... Si, ce qui pourrait bien arriver, Guéroult se ravise, je vous en informerai de suite ; d'ici à peu de jours je serai fixé sur ce point.

» En attendant, les feuilles imprimées de votre nouvelle sont chez Michel Lévy, entre les mains de W. Noël Parfait qui les tient à ma disposition ou à celle de tel mandataire qu'il vous conviendra de désigner. Si donc vous vous décidez à traiter, soit avec Yillemessant, soit avec La Madelène, vous pourrez leur indiquer l'endroit où sont vos feuillets, et la personne qui les remettra, soit à l'une, soit à l'autre, sur production d'une autorisation de vous.

» Il m'est bien difficile de vous renseigner sur la situation financière de la Revue de Paris. Dans le cas où vous voudriez savoir si le paiement de ces articles vous est assuré comptant, ou dans un court délai, je crois que vous feriez bien de le demander tout bonnement à La Madelène (i). C'est une question qu'il est très naturel de poser, et à laquelle il peut répondre mieux que personne.

» Je n'ai pas vu Manet depuis le jour de l'an ; le jeudi d'avant, nous a\ ions dîné chez sa mère avec Fiou-

(i) Y. plus loin les lettres de La Madelène.

pon(i); Bracquemond était venu dans la soirée. Je leur ferai part de vos amitiés à la première occasion. Manet travaille toujours beaucoup à son Christ insulté ; mais je n'ai pas vu sa toile depuis assez longtemps. Martinet ouvre son exposition du i5 au 20 janvier. Fioupon collectionne de plus en plus ; il a maintenant de quoi tenir boutique de marchand d'images ; à quel prix, grand Dieu !

)) Adieu ! mon cher Baudelaire, si vous avez encore besoin de moi, ne craignez pas de me donner vos instructions. Ma femme a été très sensible à votre souvenir ; elle vous adresse ses meilleures amitiés, ses vœux pour le succès de vos affaires à votre prochain retour. » Tout à vous. »

a Le docteur L. Mabira vous serre la main. » 1

Le 20 septembre i865.

Place de Paris.

u ... J'ai vu Julien Lemer, hier soir, il revenait de Fontainebleau où il était allé passer huit jours. Voici ce qu'il m'a dit :

» Auguste Garnier se soucie peu de conclure l'affaire en question. Son frère Ilippolyte en a, au contraire, la plus grande envie, et comme c'est lui qui

(1) M. Joseph Fioupon, que Monselet, dans sa Lorgnette littéraire, définissait : « Paresseux d'abord, homme de lettres ensuite. » M. Fioupon collectionnait les livres rares et les estampes de choix.

mène la maison et dirige effectivement les affaires, il est très probable que la conclusion aura lieu... Lemer ira le voir et lui mettra l'épée dans les reins. . . Je vous, tiendrai au courant...

» Il parait que les Garnier ne comptent pas éditer votre ouvrage sur la Belgique ; ils craignent, dit Lemer, de nuire à leurs opérations commerciales avec cepays ( î . »

22 janvier 65.

(( . . . Marie Roget ne passe décidément pas à l'Opinion* J'ai chez moi les feuilles imprimées. Dites-moi, s'il vous plait, ce que j'en dois faire.

» Hier, nous avons eu, chez Manet, une petite soirée musicale où assistaient La Madelène, Fioupon^ Stevens, Bracquemond, Fantin, etc. Sachant que je devais vous écrire, tous vos amis m'ont chargé de mille choses pour vous. Comme toujours, on a regretté votre absence. Abrégez, mon cher ami, cet exil beaucoup trop prolongé... n

3o janvier i865.

u Tranquillisez-vous, mon cher Baudelaire, les

(i) Dans le magnifique dossier baudelairien de M. Àncelle, nous avons trouvé aussi les lettres de M. Julien Lemer. Mais leur substance toute se retrouvant dans celte lettre du commandant Lcjosne, nous n'avons pas cru utile de les reproduire.

3 8 G CHARLES BAUDELA1UE

nouvelles ne sont pas mauvaises ; je comptais vous écrire aujourd'hui quand bien même je n'eusse pas reçu votre lettre. Je devais avoir, samedi a3, réponse de Villemessant au sujet de l'insertion de Marie Roget, cl j'attendais cette réponse pour vous expédier ma lettre ; malheureusement Villemessant ne s'est pas trouvé, ce jour-là, comme il me l'avait promis, aux bureaux du journal, et, sur cette affaire, je ne puis vous dire autre chose, sinon que je lui ai remis moimême les feuilles imprimées, et qu'il a paru parfaitement disposé à les insérer soit dans le Figaro, soit dans le Grand Journal.

» Quant à l'affaire Michel Lévy,, voici ce qui a eu lieu.

»Quand j'ai vu Noël Parfait, le 25,.. le tirage de la fin du volume (i) était en voie d'exécution. Mais, que cela ne vous inquiète pas : d'une part il n'y avait d'argent que le tirage du livre, sa publication n'est aucunement pressée, et l'époque de cette publication n'est pas encore fixée ; elle n'est pas même prochaine. D'ici là, vous aurez tout le temps, plus que le temps nécessaire pour faire paraître les articles destinés aux journaux. D'un autre côté, M. Noël Parfait a reçu toutes les épreuves du livre ; il s'est parfaitement débrouillé dans vos corrections, qu'il a toutes reçues et exécutées.

» II dit que vous pouvez être sur que l'ouvrage sera bien et consciencieusement fait. Il n'y a pas lieu de songer, d'après ce qui précède, à ce qu'on vous ren-

(i) Histoires grotesques et sérieuses, traduites d'Edgar Poe, par Gh. Baudelaire, Paris, Michel Lévy, i865, in-i8.

APPENDICE 38y

voie les épreuves que vous demandiez à relire. C'est absolument impossible... et inutile, ajoute Parlait, attendu que les corrections sont complètes et ne laissent rien à désirer. Celles relatives à Marie Roget, envoyées après le bon à tirer, ont été exécutées.

)) Vous voyez, mon cher ami, que vous pouvez à peu près dormir sur les deux oreilles. Ne vous mettez donc pas martel en tète et occupez-vous de chasser la fièvre et la diarrhée... »

3 février i865. « Mon cher Baudelaire, » Mauvaise nouvelle du côté de Yillemessant. Il refuse l'insertion de Marie Roget, soit au Figaro, soit au Grand Journal. Rien à faire avec lai, absolument rien. » J'ai repris les feuilles imprimées. Que décidezvous ?

n N. Lejosxe. »

LETTRES DE IIFXHV DE LA M.VDELÈ.VE (i)

Ci, rue Pigalle.

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