‹ Charles Baudelaire, étude biographique. Rev. et mise à jourChapitre 22 sur 38 · LETTRES DE M. ARMAND FR1ISSE · texte numérisé non relu

LETTRES DE M. ARMAND FR1ISSE

Lyon, 9 août 1860.

« Monsieur et ami,

» Je vous envoie, en même temps que cette lettre, le compte rendu, dans le Salut public, de vos Paradis. Soulary a du vous dire les causes de mon retard ; maladie d'abord et paresse ensuite. Je serai plus diligent pour la prochaine édition de vos Fleurs du mal que j'attends avec une vive impatience. Je ne connais aucune des nouvelles pièces, je sais cependant que vous en avez publiées (sic) plusieurs dans divers recueils. Mais je ne les ai pas sous la main et la difficulté de

en souvenir, à Croisset. Flaubert la remercia par ce billet encore inédit :

3i décembre 18G9.

« Madame,

» J'ai été fort sensible à l'envoi des œuvres de votre fils que j'aimais beaucoup et dont j'appréciais le talent plus que personne.

» Je me rappelle la gracieuse hospitalité que vous m'avez offerte à Gonstantinople dans l'hiver de i85i. C'est donc une double reconnaissance que je vous ai, Madame, et une double raison pour vous de me croire, en recevant l'assurance de mes respects, -

» Votre obligé et très humble. »

Sur les rapports de Baudelaire et de Flaubert, v. le Flaubert, Correspondance, passirn (E. Fasquelle,éd.) et les Lettres, passirn.

les chercher m'a privé du plaisir de lire vos beaux vers.

» Avez- vous suivi le procès de Saint-Cyr? Jamais le principe de Y Esprit de perversité pose par E. Poe n'a reçu une plus forte confirmation. Ces trois hommes n'avaient aucune preuve contre eux ; ils n'avaient qu'à nier pour être acquittés. Tous les trois sucessivement ont avoué, le plus béte le premier et le plus fort à la lin. La dernière scène (à huis clos) où Joannon, mis en face d'un co-détenu révélateur, a été mis aux abois cl a fini, par se livrer, a eu un caractère d'horreur qui complète le drame. Il y aurait une curieuse étude à faire sur ce très horrible et très bizarre procès. Si vous ne l'avez pas suivi, lisez-le, vous y trouverez un puissant intérêt dans la façon dont tout cela a été peu à peu découvert.

» J'ai essayé un jour de fumer du haschisch ; j'ai éprouvé un assez violent mal de tête et rien autre. Où trouve-t-on cet extrait gras dont vous parlez ? Je ne serais pas fâché d'en faire l'expérience une fois et de devenir Dieu à mon tour (i).

» Il existe à Lyon une feuille hebdomadaire de la plus parfaite nullité, intitulée la France littéraire, qui a publié un article venu de Paris sur vos Paradis. Ce n'est pas très méchant, mais c'est très vertueux. Si vous y tenez le moins du monde, je me procurerai le n° et je vous l'enverrai.

(i) Nous avons donné dans une note, p. 193,1111 curieux passage d'un billet, — on ne le trouve pas dans les Lettres, — où Baudelaire dissuade son correspondant de tenter aucune expérience de cet ordre.

» Je vous écris à Honfteur.ne sachant pas si vous êtes en ce moment à Paris.

» Croyez à mes sentiments très dévoués. »

A la direction de l'octroi, 2. Sala, 44, Lyon,

Lyon, 21 mars i865.

« Monsieur,

» Je vous remercie du volume de Poe que vous m'avez fait parvenir. J'ai déjà les précédents. Je ne puis vous envoyer les articles que vous me demandez sur les Fleurs du mal. Ils remontent à 1807 et ne se trouvent plus que dans la collection reliée du Salut Public. Je ne pourrai que les faire copier si vous tenez à les avoir Ce sera très facile.

w J'aurai l'honneur de vous écrire après avoir lu ce dernier volume de Poe. A première vue, il me parait dans d'autres conditions qu' Eurêka, où je n'ai rien compris, je l'avoue à ma honte. Je n'ai pu qu'admirer votre courage d'avoir mené à honne fin, avec votre talent accoutumé, cette terrihle traduction.

» Vos petits poèmes en prose ont -ils paru en un volume ? Si cela est, où peut-on les trouver et sous quel titre ?

» Je parlerai du volume Poe bientôt et vous enverrai l'article.

» Votre très dévoué,

» All\ï\M) Kk.USSE (i). ))

Rue Duchanel,8.

(1) Lettres communiquées par M. Albert Ancellc. — Parmi

LETTRES DE M, ALFRED GUICIION (l

Paris, le 23 mai 1860.

« Monsieur,

» C'est avec un profond intérêt que j'ai lu les notes relatives à Edgard Poe (sic), contenues dans votre admirable traduction de ses Histoires extraordinaires.

» Votre talent littéraire et l'élévation de votre pensée étaient seuls capables de définir et d'analyser les belles et étranges conceptions de ce poète ; aussi est-ce à vous, Monsieur, que je dois en grande partie les ineffables jouissances que j'ai trouvé (sic) dans la lecture de ses ouvrages.

» Si Edgard Poe a franchi les hauteurs les plus arides de ï esthétique et plongé dans les abîmes les moins explorés de V intellect humain, vous avez la gloire de l'avoir suivi dans ces étonnantes perspectives en nous les révélant dans toutes leurs splendeurs.

» Vivement désireux de connaître plus intimement Edgard Poe, je me suis adressé à MM. Michel Lévy, qui m'ont répondu qu'il n'y avait que les deux volumes : Histoires extraordinaires et la Relation d'Arthur

les articles publiés par M. Armand Fraisse sur la vie et l'œuvre de Baudelaire, nous renvoyons le lecteur particulièrement à ceux des 4, 24 et 29 mai 1869. (Salât public de Lyon).

(1) Communiquées par M. Albert Ancelle. — Alfred Guichon de Grandpont, auteur de deux plaquettes sur les choses maritimes, a traduit du latin la « Dissertation sur la liberté des mers », de Hugo Grotius.

APPENDICE 36o

Gordon Pym qui fussent traduits. Je supposais que Le Corbeau existait en français, parce que j'en avais lu un fragment placé en épigraphe. Aussi viens-je auprès de vous, Monsieur, dans l'espoir d'obtenir de votre obligeance de plus amples renseignements.

»En terminant ces lignes, permettez-moi, Monsieur, de vous présenter l'expression de mes sympathies avec l'assurance de ma considération la plus distinguée. »

Paris, le 12 juillet 1860.

« Monsieur,

» Il y a quelques [sic) temps que j'eus recours àvotre obligeance pour obtenir des renseignements sur les oeuvres d'Edgard Poe, vous avez bien voulu m'honorer d'une réponse contenant de précieuses indications, et ainsi j'ai complété ma collection par : L'Ange du bizarre, Un Evénement à Jérusalem, Eléonora, et la Genèse d'un Poème.

» Permettez-moi donc, Monsieur, de vous en exprimer toute ma reconnaissance, car sans vous, je n'aurais pu augmenter ma richesse.

» Je suis avide de tout ce qui se rattache au grand Poète, et, en lisant votre intéressant ouvrage : Les Paradis artificiels, j 'ai été heureux d'y rencontrer les lignes traitant de Poe et de ses personnages. Aujourd'hui la somme de mon admiration pour ce génie s'est tellement accrue, que mon désir serait de connaître quelle forme terrestre revêtit une telle âme ? En con-

tcmplant ses traits,, il me semble qu'on peut y voir briller le principiam individuationis de son étrange nature ? Je l'ai vainement cherché, ce portrait, sans avoir pu recueillir vestige qu'il existe seulement, et je viens vous prier, Monsieur, de bien vouloir encore m'aider de votre direction dans cette recherebe.

» Je saisis l'occasion que me procurent ces lignes pour me recommander à votre souvenir bienveillant dans le cas où vous feriez paraître de nouvelles notes sur cet auteur, dont la beauté sinistre ne peut revivre que sous votre inspiration.

» Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de ma plus haute estime avec mes respectueuses salutations. »

Paris, le 16 juillet 1860.

« Monsieur,

» C'est avec effusion que je viens vous remercier pour le plaisir que m'a causé votre lettre (1). Je suis heureux d'apprendre qu'un recueil de morceaux inédits paraîtra bientôt, et cela par vos soins, ce qui à mes yeux en assure la perfection.

» Quant aux trois œuvres que vous mentionnez, il est vrai que vous m'aviez prévenu qu'elles étaient inexactes, aussi les ai-je lues comme telles, ce qui me fait désirer de les connaître dans leur correcte beauté.

» Je vous remercie pour les deux portraits que vous

(1) V. le Charles Baudelaire, Lettres, i3 juillet 1860.

me tracez de l'auteur, et la pensée de les reproduire l'un et l'autre aura le mérite de représenter Poe sous deux types bien différents.

» De même il est nécessaire dans ses œuvres de le connaître dans tous ses genres si opposés entre eux. En cela, Eléonoram'à révélé un genre nouveau, plein d'ineffable suavité, de paix et d'angélique douceur dans le dénoûment. Quel contraste avec l'Amontillado ! Ici les caresses d'un ange et là une vengeance odieusement sata nique. L'on s'étonne qu'un même homme ait créé de tels extrêmes, et surtout qu'il les ait traités avec une si parfaite intelligence.

» Aujourd'hui la mort prématurée d'Egard Poe serait pour moi une source d'éternels regrets si votre nom n'était pas aussi intimement lié au sien.

» Agréez, Monsieur, mes sincères remerciements avec mes respectueuses "salutations.

» Votre dévoué.

» Alfred Guiciion. »

lettres de c0xstaxt1x guys (i)

Dimanche, 3o décembre 1860, 28, boulevard des Italiens.

« Dear Sir,

» Dites-moi franchement !

)) Ça vous dérangc-t-il que j'aille vous voir là où vous êtes maintenant ?

(1) Lettres communiquées par M. Albert Ancelle. —

)) J'aurais à vous parler affaire, sans compter tout le plaisir que ça me ferait de passer quelques heures avec vous.

» Réponse s. v. p. Dites-moi le jour et l'heure.

» Pas le matin !

» Bonjour, bon an.

0 Your's friendly. »

4 heures.

« Yous voyez, je ne m'appartiens pas ; j'allais profiter de votre aimable invitation, je m'en faisais une joie, mon anglo-saxon me tombe sur le dos, et comme c'est pour urgente affaire, je ne puis shake him off décent ly.

» Excuses et regrets bien sincères.

» Je suis enchanté pour mon compte du retard dont vous me parlez, j'ai dix jours de plus à vous voir.

» Your friendly old » G. Guys. »

On sait que M. Constantin Guys est le héros du Peintre de la vie moderne, et que, parmi les Fleurs du mal, le Rêve parisien lui fut dédié. — Sur les rapports de Baudelaire et de Constantin Guys, voyez les Lettres, passim, et notamment a3 décembre 1869, 8 janvier, 4 et 16 février 1860.

APPENDICE 3y3

LETTRE DE AI. IIOSTEIN i)

Paris, le il novembre i854.

« Monsieur,

» Je vous remercie de la confiance que vous avez en moi.

» Je vous remercie également d'avoir pensé à mon théâtre pour lui offrir ce que vous considérez, et ce qui est en effet, sous beaucoup de rapports, une bonne fortune littéraire (2).

» Mais permettez-moi de vous exposer en peu de mots ce qui m'empêche de donner suite à cette offre bienveillante.

» D'abord je ne partage pas complètement votre enthousiasme pour cette œuvre de Diderot.

)) Yauriez-vous pas été séduit par le paradoxe plus que par la réalité des situations et des caractères ?

» Certes, il y a une notable dépense de fantaisie, d'entrain, d'humour, dans cette pièce si mal intitulée : Est-il bon ? etc.

)) Mais est-ce là une pièce de théâtre? Je n'entends pas seulement parler du théâtre de la Gaîté, mais du théâtre en général.

» Peu ou point d'intérêt, des caractères plutôt exprimés que finis, des situations où l'intrigue — et quelle intrigue ! — supplée à la passion et à la combinaison. Voilà pour le fonds.

(1) Publiée par le Charles Baudelaire, Souvenirs- Correspondances .

(2) V. le billet de Baudelaire du 8 novembre i85/j, auquel cette lettre répond.

» Quant à la forme, je me montrerai plus disposé à la louer. \on pas que le dialogue étincelle de traits philosophiques, satiriques ou comiques ; mais à défaut de ces qualités précieuses, le style a une allure vive, animée, pressée d'aller au but, ce qui ne manque pas de charme pour nous autres Français, toujours si affairés quand nous écoutons, et si disposés à tenir en grande estime la brièveté de ceux qui nous parlent.

» Voilà une opinion sur l'œuvre dans son application à la scène française en général ; en ce qui concerne la Gaîté, en particulier, permettez-moi de vous déclarer que nous ferions une bien triste, bien déplorable épreuve, si nous soumettions à ce public l'œuvre de Diderot.

» Oh î Monsieur, venez-vous si peu dans notre théâtre que vous ayez pu vous faire un seul instant d'illusion sur ce point !

» Je n'entreprendrai pas de vous décrire l'esthétique de notre genre. Qu'il me suffise de vous affirmer que je fais fausse route toutes les fois que je ne me borne pas purement et simplement à être le continuateur (je dis continuateur et non imitateur) des Pixérécourt, Gaignez, etc.

,) Toutes les tentatives engagées par moi, en dehors de ce genre, m'ont été nuisibles ou funestes.

) Maintenant, est-ce un bien, est-ce un mal qu'il en soit ainsi ?

» Au premier abord, on regrette le résultat ; à une seconde réflexion, on s'en console.

» En effet, si le mouvement littéraire procédait de bas en haut, c'est-à dire de la Gaîté à la Comédie- Française, le progrès deviendrait bientôt impossible.

La Gaîté serait bientôt le Théâtre-Français, et le Théâtre-Français, que serait-il?

» — Tout enseignement veut d'abord des écoliers, et non une classe de professeurs. Réjouissons-nous donc d'avoir encore dans le peuple un public d'écoliers.

» C'est pour ce public, c'est pour ces écoliers que le théâtre de la Gaîté est fait. Il y a tout un enseignement relatif, et voilà pourquoi notre genre, ridicule ailleurs, est encore si bon chez nous, que certaines pièces dites progressives n'y ont pas fait le sou.

» Ceci posé, je vous offre, pour Y Ivrogne (1), tous mes bons offices.

» Votre dévoué,

» Hostein. »

lettres de m. edouard iiol ssaye (2)

Paris, le 3i janvier i85g.

L'Artiste

Direction

2 5, rue Louis le Grand.

« Cher monsieur, » Décidément, voulez -vous faire l'étude sur Gautier ;; Si oui, donnez-la cette semaine; si non, je vais la faire faire par un autre ami de Gautier. » Une réponse, je vous prie.

» Et tout à vous. »

(1) V. ce projet de drame clans ÏEtude b'uHjrapJiique, p. il\o, et, plus loin, la lettre de Tisserant.

(2) Communiquées par M. Albert Ancelle.

Mardi, le i5 février i85c).

(( Cher monsieur, » Tout est pour le mieux. Je vous enverrai votre article lorsqu'il sera composé et je le publierai dans l'un des prochains numéros. Théo est toujours à Saint-Pétersbourg ; on prétend qu'il revient, je n'en ai aucune nouvelle, mais il est inutile, je crois, de lui envoyer votre article qui sera pour lui une charmante surprise au retour (1).

» Votre très dévoué,

» Edouard Houssaye. »

lettres de victor hugo

Ilauteville-House. 6 octobre 1869.

« Votre article sur Théophile Gautier, Monsieur, «est une de ces pages qui provoquent puissamment la pensée. Rare mérite, faire penser; don des seuls élus. Vous ne vous trompez pas en prévoyant quelque dissidence entre vous et moi. Je comprends toute votre philosophie (car, comme tout poète, vous contenez un philosophe) ; je fais plus que la comprendre, je l'ad-

(1) L'article sur Théophile Gautier parut dans VA r liste du 19 mars i85o. — V. à son sujet la lettre d'Asselineau à Baudelaire, que nous avons donnée en tête de ce chapitre, et, dans les Lettres, la lettre de Baudelaire à M. Théophile Gautier, fils (27 février 1869).

mets ; mais je garde la mienne. Je n'ai jamais dit : l'Art pour l'Art ; j'ai toujours dit : l'Art pour le Progrès. Au fond, c'est la même chose, et votre esprit est trop pénétrant pour ne pas le sentir. En avant ! c'est le mot du Progrès ; c'est aussi le cri de l'Art. Tout le verbe de la Poésie est là. Ite.

9 Que faites-vous donc quand vous écrivez ces vers saisissants : Les Sept Vieillards et Les Petites Vieilles que vous me dédiez et dont je vous remercie? Que faites-vous? Vous marchez. Vous allez en avant. Vous dotez le ciel de l'art d'on ne sait quel rayon macabre. "Vous créez un frisson nouveau.

» L'Art n'est pas perfectible, je l'ai dit, je crois, un des premiers, donc je le sais ; personne ne dépassera Eschyle, personne ne dépassera Phidias ; mais on peut les égaler, et pour les égaler il faut déplacer l'horizon de l'Art, monter plus haut, aller plus loin, marcher. Le poète ne peut aller seul, il faut que l'homme aussi se déplace. Les pas de l'Humanité sont donc les pas mêmes de l'Art. — Donc, gloire au Progrès.

» C'est pour le Progrès que je souffre en ce moment et que je suis prêt à mourir.

» Théophile Gautier est un grand poète, et vous le louez comme un jeune frère, et vous l'êtes. Vous êtes, Monsieur, un noble esprit et un généreux cœur. Vous écrivez des choses profondes et souvent sereines. Vous aimez le Beau. Donnez-moi la main.

u Et quant aux persécutions, ce sont des grandeurs. — Courage! 1) »

(1) Celte lettre a paru, comme on sait, en tête de la

3yS CHARLES BAUDELAIRE

Hauteville-house, 29 avril 1860 (1).

« Vous m'avez envoyé, cher poète, une bien belle page ; je suis tout heureux et très fier de ce que vous voulez bien penser des choses que j'appelle mes dessins à la plume (2), j'ai fini par y mêler du crayon, du fusain, de la sépia, du charbon, de la suie et toutes sortes de mixtures bizarres qui arrivent à rendre à peu près ce que j'ai dans l'œil et surtout dans l'esprit. Gela m'amuse entre deux strophes.

» Puisque vous connaissez M. Méryon, dites-lui que ses splcndides eaux- fortes m'ont ébloui. — Sans la couleur, rien qu'avec l'ombre et la lumière, le clairobscur tout seul et livré à lui même : voilà le problème de l'eau-forte. M. Méryon le résout magistralement. Ce qu'il fait est superbe. Ses planches vivent, rayonnent et pensent. Il est digne de la page profonde et lumineuse qu'il vous a inspirée (3). Vous avez en vous, cher penseur, toutes les cordes de l'art ; vous

plaquette : Théophile Gautier (1859). Baudelaire l'avait sollicitée par deux billets au moins, que nous n'avons pas trouvés dans le recueil du Mercure ; il était fort désireux de l'obtenir. (V. ses Lettres, 26 mirs, 7 août, 19 septembre, icr octobre 1859 ) — On se rappelle que nous avons donné, dans I'Etude biographique, une première lettre d'Hugo, écrite au lendemain du procès des Fleurs.

(1) Publiée dans les Souvenirs-Correspondances.

(2) Salon de 1809, Œuvres complètes, II, p. 338.

(3) Ibid., p. 336.

démontrez une fois de plus cette loi, que dans un artiste le critique est toujours égal au poète. Vous expliquez comme vous peignez, granditer.

» Je vous serre la main. »

Bruxelles, 10 avril 1861.

(( Monsieur,

)> La petite bibliothèque de Hauteville-house vous remercie ; elle a désormais votre beau volume complet. Je ne puis vous dire à quel point ce gracieux envoi me touche.

» Me voici voyageant ; on m'a cru très malade cet hiver, mais le changement d'air me remet ; je vais d'horizon en horizon, je quitte l'Océan pour la terre ; je cours à travers monts et vaux, et la grande nature du bon Dieu me guérit.

)) Votre poésie aussi est un dictame.

» C'est elle qui a commencé ma guérison.

» Les vers calment et charment. Je vous rends grâce el je vous serre cordialement la main.

» Victor Hugo (i). »

(1) Cette lettre, à la différence des précédentes, ne figure pas dans le recueil Victor Hago, Correspondance, qu'ont édité MM. Calmann Lévy (1898, in-8°) ; nous devons à M. Ancclle sa communication, et à M. Georges Hugo l'autorisation de la publier.

Sur les rapports de Hugo et de Baudelaire, v. nos notes des p. 5o et 167, l'incident causé par l'article de Jean Rousseau (Figaro, G et i3 juin 1 858) et, passim, les Lettres, principalement aux années 1809, i865,i86G. Dans celles-

38o CHARLES BAUDELAIRE

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