‹ Charles Baudelaire, étude biographique. Rev. et mise à jourChapitre 27 sur 38 · LETTRE DE PAUL DE MOLENKS · texte numérisé non relu

LETTRE DE PAUL DE MOLENKS

« Mon cher ami,

» J'ai reçu votre lettre et je n'a; pas besoin de vous dire que votre protégé 1 sera le bienvenu auprès de

(1) Il s'agit ici d'Albert Glatigny, qui d'ailleurs ne re-

moi. Je crains seulement de ne pas lui être bien utile. Le jour où je deviendrai chef d'escadron, je cesserai probablement d'appartenir au 6e lanciers, et même si je reste à ce régiment, je ne pourrai pas enlever à votre poète les aspérités de la vie militaire à ses débuts. Enfin, je vous le répète, il sera le bienvenu, et s'il a une intelligence digne de votre amitié, je lui donnerai quelques conseils (non point littéraires mais guerriers), dont il pourra faire son profit.

» Je vous remercie de vos bonnes intentions à mon endroit. Ce que vous direz sur moi (i me sera agréable, j'en suis sûr. Vous êtes touché par les choses qui me remuent ; et pour marcher sans nous perdre dans ce grand labyrinthe de l'art, nous prenons parfois les mêmes fils entre nos mains. J'attends donc avec confiance votre critique et vous en remercie dès aujourd'hui.

» Je vais publier mes commentaires d'un soldat sous peu. Le mois prochain probablement je ferai pa-

joignit jamais le 68 lanciers. Cette lettre est en réponse à celle de Baudelaire, en date du 12 mai 1860, dont nous avons parlé à propos de la rectification de Mme la comtesse de Molènes (Appendice, IX).

(1) Baudelaire parle souvent dans sa correspondance d'un grand article sur les Dandies, où il aurait Iracé notamment un médaillon de Paul de Molènes. Nous ne savons pas que cet article ait jamais été publié ni même écrit, quoique son auteur l'ait proposé àDutacq dans une lettre du 2 décembre i863. Mais l'étude biographique de La Fizelière et Decaux, attribue à Baudelaire, § 83, un article nécrologique anonyme : Paul G. de Molènes, publié par la Revue anecdo tique, n° 2 de mars 1862.

APPENDICE 4l&

faître l'Italie dans la Revue des Deux-Mondes ; puis je livrerai le tout à l'impression du volume.

» Envoyez-moi le plus promplement possible le livre dont vous me parlez. Tout le temps que je ne passe pas à cheval, dans cette garnison excentrique de Maubeuge, je l'emploie à la lecture. Vous savez combien j'aime votre tour d'esprit. Vous avez ce don dunouveau qui m'a toujours paru chose précieuse et je dirais presque sacrée. À ce sujet j'ai conservé toutes les passions de ma jeunesse, toutes les ardeurs dont sont nés Valperi et Briolan. Je corrige en ce moment même les épreuves de ce dernier livre qui reparait avec Tréfleur sous le nom d'Aventures du temps passé. Dites, je vous prie, àLévy, de vous donner ce volume aussitôt qu'il sera paru, vous y trouverez des choses1 qui vous plaisent.

» Adieu, mon cher ami. ou à revoir; bientôt, je l'espère, nous nous retrouverons dans cette grande vallée de Josaphat qui s'appelle Paris. Si je dois y passer uik mois de suite, l'automne ou l'hiver prochain, je vous le ferai savoir. Je jouirais avec d'autant plus de plaisir de votre entretien, que je vois à l'horizon bien des choses.

» Si votre lancier est animé des sentiments que je lui souhaite et dont il trouvera le foyer en moi, j'espère qu'il pourra faire un bon usage de sa lance. n Mille amitiés,

» Paul de Molènes. »

i4 mai 18G0.

&l4 CHARLES BAUDELAIRE

Page 1