Lesbos (pièces condamnées, CXXX
la nuit, invoquer Bacchus dans les ruines des temples; d'autres enfin, dans les forêts, mêlent l'écume du plaisir aux larmes des tourments ^ Hélas ! voluptés qui sont un long martyre, criminels plaisirs qui portent en eux leur châtiment, jouissances interdites et stériles : en vain le vent furibond de la concupiscence fait claquer les chairs comme de vieux drapeaux. Rien ne peut rassasier ces ombres gémissantes ; et le poète, saisi d'une immense pitié, s'écrie :
Loin des peuples vivants, errantes, condamnées, A travers les déserts courez comme les loups ; Faites votre destin, âmes désordonnées.
Et fuyez l'infini que vous portez en vous ^ !
L'heure de se rembarquer sonne. Lesbos s'éloigne et disparaît ; la mer est calme, sans nuages le ciel ; le poète sent la joie redescendre en son cœur. Mais une île nouvelle émerge à l'horizon :
Quelle est cette île triste et noire ? — C'est Gythère. — Cythère : des myrthes et des roses, les doux secrets, les fêtes du cœur, les temples aux ombres bocagères, les jeunes prêtresses aux robes entrebâillées, - et, debout au milieu des colonnes blanches et légères, la statue majestueuse de Vénus? Non; une âpre côte sous un ciel d'orage ; on y entend croasser les corbeaux. Et le poète aperçoit un gibet à trois branches, où, le ventre ouvert, à moitié pourri, châtré par les becs impurs, pend, sinistre et ridicule, un cadavre. Alors, dans son