‹ Charles BaudelaireChapitre 105 sur 257 · Le Poison, XLIX · texte numérisé non relu

Le Poison, XLIX

Il sait que ces plaisirs « plus aigus que la glace et le fer ^ », sont en réalité une damnation nouvelle. Il sait que, dernière apparition, cette « molle enchanteresse » dont les seins sont des boucliers provoquants armés de pointes roses, dont les bras sont les solides émules des boas luisants, est un navire appareillé pour le conduire vers la mort :

Quand tu vaâ balayant l'air de ta jupe large,

Tu fais l'effet d'un beau vaisseau qui prend le large,

Chargé de toile, et va roulant Suivant un rythme doux, .et paresseux, et lent ^.

Pourtant il s'embarque. Mais ce beau navire, où va-t-il aborder ? Quelle est cette île, au milieu des vagues tempétueuses, où l'on entend des pleurs et des gémissements ? C'est Lesbos, mère des jeux latins et des voluptés grecques, où les baisers sont chauds comme les soleils, frais comme les pastèques, et pareils aux cascades qui s'abîment dans des gouffres sans fond ; — et voici que la vague rejette sur la grève le cadavre de Sapho \

Le poète s'enfonce dans l'intérieur. Sur les gazons des corps de femmes s'enlacent et se tordent. D'autres, couchées sur le sable, tournent, bétail pensif, leurs yeux vers l'horizon des mers ; d'autres cherchent le mystère des bosquets; d'autres errent dans les roches pleines d'apparitions, ou vont,

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