‹ Charles BaudelaireChapitre 108 sur 257 · Les deux bonnes Sœurs, La Fontaine de sang, CXII, et · texte numérisé non relu

Les deux bonnes Sœurs, La Fontaine de sang, CXII, et

rien ne pourra désormais l'étouffer ; Tespérance est soufflée comme la dernière chandelle qui brillait encore au carreau de l'auberge '. C'est le calme plat, « grand miroir de son désespoir - ». Le voilà désormais dans la tombe des poètes maudits :

A l'heure où les chastes étoiles Ferment leurs yeux appesantis, L'araignée y fera ses toiles, Et la vipère ses petits ;

, Vous entendrez toute Tannée

Sur votre tète condamnée Les cris lamentables des loups

Et des sorcières faméliques,

Les ébats des vieillards lubriques

Et les complots des noirs filous •*.

Ce poète maudit, non seulement il accepte la mort, — et quelle mort : la mort spirituelle dont la mort physique n'est ici que l'image ! — mais encore il la salue avec le rire sinistre du « mort joyeux » :

Dans une terre crasse et pleine d'escargots

Je veux creuser moi-même une fosse profonde,

Où je puisse à loisir étaler mes vieux os

Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde...

0 vers ! noirs compagnons sans oreille et sans yeux, Voyez venir à vous un mort libre et joyeux ; Philosophes viveurs, fils de la pourriture,

A travers ma ruine allez donc sans remords,

Et dites-moi s'il est encor quelque torture

Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts * I

i. L'irréparable, LIV.

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