Le mort joyeux, LXXII
N'est-il pas, irrémissiblement :
Un de ces grands abandonnés Au rire éternel condamnés ? '■
Et ce rire, ce rire de la damnation et du désespoir, est le grand châtiment de ce quatrième cercle qui a la forme d'un sépulcre où l'on tombe dans Foubli, dans la décomposition totale :
Ainsi, quand je serai perdu dans la mémoire Des hommes, dans le coin d'une sinistre armoire Quand on m'aura jeté, vieux flacon désolé, Décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé,
Je serai ton cercueil, aimable pestilence !
Le témoin de ta force et de ta virulence,
Cher poison préparé par les anges ! liqueur
Qui me ronge, ô la vie et la mort de mon cœur ' !
Il ne lui reste donc plus que le goût, le désir du néant ^ Et il sent peser sur lui le ciel,
ce mur de caveau qui l'étouffé,
Plafond illuminé pour un opéra bouffe
Où chaque histrion foule un sol ensanglanté ;
Terreur du libertin, espoir du fol ermite, Le Ciel ! couvercle noir de la grande marmite Où bout rimperceptible et vaste Humanité *.
Et pourtant, jusque dans cet anéantissement dont il est responsable, ce cadavre, ce damné sent