‹ Charles BaudelaireChapitre 127 sur 257 · Hymne, Suppl. III · texte numérisé non relu

Hymne, Suppl. III

l'art et l'œuvre 195

Désormais, il a trouvé le recueillement et le calme :

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille. Tu réclamais le soir : il descend ; le voici : Une atmosphère obscure enveloppe la ville, Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile. Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci, Va cueillir des remords dans la fête servile, Ma Douleur, donne-moi la main, viens par ici '.

Purifié maintenant par l'amour, le poète s'éloigne de toute son existence antérieure. Il appartient à un autre monde que le monde ; il se sent immortel : il peut braver la mort. Et si, par hasard, au détour du sentier, il heurte une charogne infâme, brûlante et suant les poisons comme une femme lubrique, à moitié dévorée par les chiennes, toute bourdonnante de mouches, toute g-rouillante de vers, il pourra s'écrier, en songeant sans terreur qu'un jour viendra où le corps adoré sera semblable à cette ordure : « J'ai gardé la forme et l'essence divine de mes amours décomposées ^ ! »

On a très mal compris le sens de la fameuse Charogne. Bien des lecteurs se sont scandalisés, et peut-être se scandalisent encore, de cette écœurante description. Ont-ils songé que l'Eglise, dans ses cérémonies funèbres, dans des psaumes comme le Miserere, dans ces représentations de cadavres qu'on voit sur les tombeaux du xv" siècle, prend le chrétien par la nuque pour lui faire sentir l'hor-

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