Le Reniement de saint Pierre, CXVIII
Baudelaire donne et commente la définition de son « Beau ' ».
Cette note a son importance et il vaut la peine de la commenter à notre tour, car elle nous apprend ce que le grand poète français cherchait dans la poésie anglaise. Il y cherchait du romantisme," mais un romantisme que les romantiques de son pays et de sa langue ne pouvaient pas lui donner, c'est-à-dire un individualisme viril, énergique et fort, car. Baudelaire avait la nostalgie de la force, de l'énergie, de la virilité.
Or voici précisément en quoi des héros comme ceux de Byron, comme Hamlet, malgré sa folie, comme le Satan du Paradis perdu ^ — voici en quoi ces individualistes et ces révoltés diffèrent d'un René, d'un Obermann, d'un Adolphe, d'un Joseph Delorme, ou d'un Amaury ; ils agissent de toute la puissance de leurs énergies tendues jusqu'à la chute, jusqu'à la mort, et, vaincus, ne capitulent jamais. Ils se révoltent, ils ne se lamentent point. C'est qu'ils appartiennent à une race que le climat et l'histoire, la terre et l'océan, les lointains et barbares ancêtres-saxons ou Scandinaves, les luttes pour les libertés individuelles et pour la domination des mers, tout, jusqu'aux viandes saignantes dont elle se nourrit, au sel qu'elle respire, aux sports violents dont elle s'est fait des jeux nationaux, — tout a préparée à la lutte, à la conquête, à l'empire. Les Anglais, a-t-on dit parfois, sont des Romains : oui, moins le soleil d'Italie et l'azur de la Méditerranée ; des Romains qui ne sont point asservis au