LE CARACTÈRE CLASSIQUE
Nous aurions une idée fort incomplète des Fleurs du Mal, si, après les avoir étudiées dans leur inspiration, dans leur ensemble ; après avoir déterminé certaines affinités, certaines influences, nous omettions de les considérer avant tout comme une œuvre d'art.
Or, quand on étudie les Fleurs du Mal comme œuvre d'art, — versification, forme, expression, style, — on y découvre trois caractères : le caractère classique, le caractère plastique, le caractère musical. Nous allons essayer de définir le premier.
Baudelaire, on le sait, a été défini lui-même d'une manière un peu brutale, mais fort juste au fond, par Leconte de l'Isle : « C'était un bon garçon qui affectait un rictus féroce, et un écrivain né classique qui
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se barattait la cervelle pour trouver de l'étrange \ » Né classique, en effet : Baudelaire avait hérité de son père, non seulement cette politesse ancien régime que nous avons déjà signalée et dont nous retrouverons le langage dans ses vers, mais encore le goût classique. Il admirait par exemple David et son école : ne loue-t-il pas Delacroix d'avoir su continuer « la grande école républicaine et impériale - »? Il allait jusqu'à découvrir des beautés dans l'éloquence de Saint-Just et de Robespierre ', dans les redondances de Marie-Joseph Chénier dont il se plaisait à déclamer avec emphase telle strophe :
Camille a'est plus dans vos murs, Et les Gaulois sont à vos portes ' !
C'est la part de l'atavisme, elle est importante : Baudelaire n'était pas en vain le fils d'un jacobin devenu fonctionnaire impérial, d'un « philosophe » qui se plaisait à faire de la mauvaise peinture dans le style classique du ternps \
Une seconde influence devait être celle de l'éducation. Au Collège Royal de Lyon, puis au Lycée Louis-le-Grand à Paris, on faisait de fortes études.