‹ Charles BaudelaireChapitre 195 sur 257 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

l'art et l'œuvre 317

Cherchez-vous, en revanche, une eau forte, signée Albert Durer ? prenez la Gramire fantastique \ Mais quand le poète évoque sa Béatrice dont la chair spirituelle a le parfum des anges, dont l'œil « nous revêt d'un habit de clarté », et dont la bouche, impérieuse et souriante, dit :

« Je suis belle, et j'ordonne « Que pour l'amour de moi vous n'aimiez que le Beau ; « Je suis l'Ange gardien, la Muse et la Madone ^ ; »

c'est une figure du Vinci, une Joconde qui apparaît dans un horizon où se dessinent vaguement des montagnes :

On dirait ton regard d'une vapeur couvert; Ton œil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert?)... Réfléchit l'indolence et la pâleur du ciel. "

Tu rappelles ces jours blancs, tièdes et voilés, Qui font se fondre en pleurs les cœurs ensorcelés...

Tu ressembles parfois à ces beaux horizons Qu'allument les soleils des brumeuses saisons *...

Voici, par contraste, une femme de Rubens :

C'est une femme .belle et de riche encolure.

Qui laisse dans son vin traîner sa chevelure...

Elle marche en déesse et repose en sultane;

Elle a dans le plaisir la foi mahométané.

Et dans ses bras ouverts, que remplissent ses seins,

Elle appelle des yeux la race des humains *.

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