‹ Charles BaudelaireChapitre 194 sur 257 · Baudelaire, sa vie, son œuvre, 1869, p · texte numérisé non relu

Baudelaire, sa vie, son œuvre, 1869, p

évolution se fit dans l'esprit public. Les luttes littéraires étaient closes ; V. Hugo désormais incontesté consacrait son triomphe par les Burgraves et les Rayons et les Ombres. L'intérêt qui toujours déserte les causes gagnées, se tourna d'un autre côté : la Peinture détrôna la Poésie. » Autant la peinture avait été littéraire, autant à son tour la poésie allait devenir plastique : on avait composé un tableau comme un drame ou un poème épique, on allait composer un poème comme un tableau. Théophile Gautier donnait l'exemple. Quant à Baudelaire, son véritable maître, n'est-ce point un peintre, Delacroix ^?

Le caractère plastique est le plus apparent des Fleurs du Mal. Beaucoup de poèmes sont exécutés, doivent être par conséquent étudiés et compris comme des tableaux. Après nous avoir suggéré toutes les sensations du goût et de l'odorat, Baudelaire nous suggère toutes celles des arts plastiques.

Lisez la Beauté ^ : vous aurez l'impression de palper respectueusement une statue de Michel- Ange.

Je suis belle, ô mortels! comme un rêve de pierre...

Eternel et muet ainsi que la matière...

Je hais le mouvement qui déplace les lignes,

ces trois vers ne vous donnent-ils point la sensation du marbre?

1. M. Cassagne, (La Théorie de l'art pour l'art en France^ Paris, 1906, p. 369-370), fait observer qu'alors les litres des recueils de vers ne sont plus Méditations, Harmonies, Consolations, etc., mais Emaux et Camées, Cariatides, Améthystes, elc.

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