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4. Cf. le célèbre tableau de Delacroix : La Barque de don Juan- M. Mauclair C'/i. Baudelaire,]}. 79) fait observer finement que ce poème est plutôt conçu comme un Rembrandt : « point de taches de couleur, la gamme de ce clair-obscur du maître d'Amsterdam auquel la pnnture baudelairienne se réfère sans cesse. »
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Un tableau tout à fait admirable, c'est Une mm'tyre \ Baudelaire s'est plu à donner à ces strophes un sous-titre : « dessin d'un maitre inconnu », bien qu'il s'agisse évidemment d'une inspiration, d'une évocation originale. Mais il avait ses raisons- Le thème, comme celui de la Charogne ou des Femmes damnées^ est fait pour effaroucher le lecteur mal averti : un crime de sadisme. Mais, de même que, pour parler comme les classiques, Baudelaire a « purgé » le sujet de la Charogne par le spiritualisme, celui des Femmes damnées par un style, un tact dignes du Grand Siècle; de même il a transformé sa Martyre en un chef-d'œuvre de composition plastique, — en un dessin rehaussé de couleur.
Le poème est en deux parties, deux « mouvements » : d'abord, la vision, le « dessin du maître inconnu » ; puis le commentaire lyrique, ou plutôt psychologique.
Au milieu des flacons, des étoffes lamées
Et des meubles voluptueux, Des marbres, des tableaux, des robes parfumées
Qui traînent à plis somptueux.
Dans une chambre tiède où, comme en une serre,
L'air est dangereux et fatal, 0\x des bouquets mourants dans leurs cercueils de verre
Exhalent leur soupir final,
Un cadavre sans lète épanche, comme un fleuve,
Sur l'oreiller désaltéré Un sang rouge et vivant, dont la toile s'abreuve
Avec l'avidité d'un pré.
Semblable aux visions pâles qu'enfante l'ombre Et qui nous enchaînent les yeux.
Sa tête, avec l'amas de sa crinière sombre Et de ses bijoux précieux,
Sur la table de nuit, comme une renoncule, Repose ; et, vide de pensers,
Un regard vague et blanc comme le crépuscule S'échappe des yeux révulsés...
Un bas rosâtre, orné de coins d'or, à la jambe, Gomme un souvenir est resté ;
La jarretière, ainsi qu'un œil secret qui flambe. Darde un regard diamanté...
Et cependant, à voir la maigreur élégante
\^ De l'épaule au contour heurté, La ^anche un peu pointue et la taille fringante Ainsi qu'un reptile irrité,
Elle est bien jeune encor !
Etudions le sujet pour lui-même, en dehors de toute préoccupation morale. Donc, il s'agit d'un dessin, ou plutôt d'une eau-forte qu'avive un peu de couleur. Pour nous donner l'impression grise de cette eau-forte, le poète emploie volontairement des termes abstraits, un langage convenu de vieux classique : meubles voluptueux, robes parfumées, plis somptueux, chambre tiède, bouquets mourants, cercueils de verre... Le rythme lui-même est d'une harmonie monotone. Mais voici que sur le fond sombre se détache, plus précis, plus clair, le cadavre, — maigreur élégante, épaule au contour
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heurté^ hanche un peu pointue, — près duquel, par contraste, s'étale en masse noire la chevelure abondante de la tète décapitée. Alors, sur tout cela,rar- * liste plaque trois taches de couleur :1e sang rouge, le bas rose orné de coins d'or. M. Mauclair, que nous suivons ici, a raison de voir en ce poème « une eau-forte rehaussée qui procède de Goya et présage Félicien Rops », un véritable modèle pour un graveur auquel Baudelaire livre tous les documents '.
D'autres pièces annojncent, l'impressionnisme. Ainsi le Crépuscule du matin ^ que M. Mauclair commente de la sorte ^ :
« On entend la diane des casernes et le chant du coq. On voit la lampe faire une tache rouge et palpitante sur le jour qui monte. On voit « l'aurore grelottante — en robe rose et verte
— s'avancer lentement sur la Seine déserte. » Cette tache pourpre, cette teinte rose et verte, sont les deux touches, les deux rehauts de cette large esquisse bistrée, diffuse comme une toile de Carrière, embrumée par les fumées naissantes des maisons et la« mer des brouillards qui baignent les édifices ». Mais, dans ce décor, sous ces quelques indications d'ordre plastique, s'en situent d'autres: on. voit et on sent tout ensemble « le sommeil stupide des femme» de plaisir, paupière livide, bouche ouverte », la douleur accrue des accouchées « parmi le froid et la lésine », les râles des agonisants dans les hospices, à l'aube, les pauvresses maigres rallumant en claquant des dents un feu misérable
— et on voit passer, se croisant, « les débauchés rentrant, brisés par leurs travaux », et les ouvriers qui, se frottant les yeux, empoignent leurs outils. Tout y est, avec une simplicité et une plénitude du "trait qui sont admirables. Emotion et aspect, tout est prêt pour un peintre, avec un minimum de mots.