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Une pièce capitale doit encore nous retenir : les Phares '.
Le poète y évoque ceux qui représentent pour lui les plus hauts génies, les phares de l'humanité. Or, ces « phares » ne sont ni des philosophes, ni des poètes ; ce sont des artistes : Rubens, Léonard de Vinci, Rembrandt, Michel-Ange, Puget, Watteau,Goya,Delacroix, — ne venons-nous pas de constater que leur art et leur vision, à chacun d'eux, ont trouvé à^ns les Fleurs du Mal des transpositions lyriques admirables ?
Le procédé est ici analogue à celui à' Une Martyre : huit stances pour caractériser par des images chacun de ces huit grands maîtres, puis mouvement lyrique. Malgré quelques inégalités, quelques faiblesses de détail, les Phares n'en demeurent pas moins un chef-d'œuvre, sans équivalent dans toute la poésie française, Baudelaire y réalise ce qu'il nomme « la critique d'art poétique » : celle qui est un « tableau réfléchi par un esprit intelligent et sensible ^ ».
Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse, Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer. Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse, Gomme l'air dans le ciel et la mer dans la mer;...
Rembrandt, triste hôpital tout rempli de mifrmures, Et d'un grand crucifix décoré seulement, Où la prière en pleurs s'exhale des ordures, Et d'un rayon d'hiver traversé brusquement ; .