‹ Charles BaudelaireChapitre 202 sur 257 · II · texte numérisé non relu

II

telots, pour se distraire, ont pris un albatros et l'ont déposé sur le pont du navire :

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! Lui, naguère si beau, qu'il est conjique et laid ! L'un agace son bec avec un brûle-gueule, L'autre mine, en boitant, Tinfirme qui volait !

La quatrième et dernière stance achève la comparaison :

Le Poète est semblable au prince des nuées Qui hante la tempête et se rit de l'archer; Exilé sur le sol au milieu des huées, Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

La comparaison est belle, mais l'exécution médiocre ; il traîne dans ces vers de vieux oripeaux : « gouffres amers », « rois de Tazur », « voyageur ailé », qui contrastent assez désagréablement avec une épithète comme « veule » et sa rime « brûlegueule ». C'est d'ailleurs une œuvre de jeunesse; Baudelaire ne l'a recueillie que dans la seconde édition (1861), des Fleurs du Mal \

Une autre « comparaison développée » est, dans la série des Spleen, la pièce qui débute ainsi :

Je suis comme le roi d'un pays pluvieux^...

Les successeurs de Baudelaire abuseront parfois de ce procédé.

Un quatrième moyen plastique est ce que nous appelons 1' « image développée ». Ce n^est plus la comparaison : Baudelaire supprime toute formule

1. L'Albatros fut rapporté par le jeune poète de son voyage en mer ; cf. Crépet, p. 32 et 42, et l'éd. van Bever, 341-42.

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